ANNUAIRE DE L'lNSTiTUT DES PROVIDES. &801*u H ANNUAIRE DE L'INSTITUT DES PROVINCES ET DES CONGEES SCIEKTIFIQUES. 1857. ?arai: tens Us MM , du I er . M 13 tarrUr. ^DEriNSTITDT^j J DERACHE , RUE DU BOULOY , 7 ; ' (DENTU , PALAIS-ROYAL ; CAEN, A, HARDEL, RUE FROIDE , 2. WW PERSONNEL DE L'INSTITUT DES PROVINCES EN 1856. Plusieurs membres de Flnstitut des provinces sont morts dans le cours de 1'annee 1856. Quelques autres ont du, par deliberation du Conseil, etre ravels de la iiste faute de s'elre conformed aux circulaires du bureau et aux prescriptions du reglement. Les membres dont la mort a prive l'lnslitut des pro- vinces sont au nombre de huit : MM. Bella, Chavin de Mallan , Arthur Martin , Schwilgue , Couturat , Viricel , baron de Hammer. M. Bella, officier de la Legion-d'Honneur , ancien o'flicier superieur d'eHat-major et ancien directeur de Grignon , dont on connait les nombreux services , etait un des six membres du Conseil general de Tagriculture qui furent elus membres de Tlnstitut des provinces en 1841. M. Chavin de Mallan , ancien bibliothecaire du Luxembourg , est mort a Dole (Jura) , ou il s'etait re- tire depuis quelques annees. La Societe francaise d'ar- ch^ologie n'oubliera jamais le concours que lui avait prete M. Chavin : l'lnstitut des provinces lui devait beaucoup plus encore pour l'extrfime obligeance avec laquelle il avait mis a sa disposition la bibliotheque VI PERSONNEL DE L'iNSTITUT DES PROVINCES du Luxembourg. On se rappelle que , sous le ministere de M. le baron La Crosse , cette Compagnie avait recu , dans ce palais , un local pour sa propre bibliotheque , qui e"tait destined a r^unir line collection complete des me"moires des Soci^tes de province : le premier noyau de cette collection int&ressante est encore de- pose* dans une des armoires du palais, mais on n'a pas autorise I'lnstitut des provinces a accroitre ce depot, depuis que le S6nat a ete mis en possession du Luxembourg. M. Chavin de Mallan avait pris de tout coeur part aux travaux du Congres des delegues des Soctetes savantes dirig6 par I'lnstitut , qui , apres s'6tre re"uni dans un local prive, obtint l'autorisation de sieger dans la grande salle de la Ghambre des pairs. II y lut entre autres me- mories un travail tres-remarquable sur la classification des bibliotheques , travail imprime dans YAnnuaire de I'lnstitut des provinces. Quand I'lnstitut des provinces se de^cida , sur la demande du Congres des delegues , a publier un bulletin annoncant les publications des Societes savantes et des litterateurs des departements , M. Chavin de Mallan vouiut bien etre Farchiviste de la Commission : elle se reunissait dans son cabinet particulier. Le bulletin a paru pendant deux ans. Le dernier ministre de Tinstruction publique, frappe de Tutilite de cette publication , dont M. de Caumont voulait bien faire les frais , s'est charge de la continuer. M. le comte L. de Kergorlay et M. Du Chatellier , qui avaient dirige le. bulletin, ont toujours trouv6 dans M. Chavin de Mallan un concours devoue. M. de Mallan 6tait un des bibliographes les plus en 1856. vn savants de France ; il a enrichi le Luxembourg de plu- sieurs ceuvres tres-rares , notamment du Monasticon (jallicannm. II avait remis en ordre des parties consi- derables de la bibliotheque et, grace a lui , grace a sa complaisance, pour faciliter les recherches, la biblio- theque du Luxembourg etait celle ou Ton pouvait tra- vailler avec le plus de fruit ; aussi y voyait-on sou- vent des savants du premier ordre. M. Ghavin de Mallan , de'core' de plusieurs ordres Grangers, fut remplace lors de la creation du Senat. Ce fut alors qu'il se retira *a Dole , sa ville natale , ou il possedait des proprietes. A cette epoque , M. de Mallan qui avait ete" marie et qui avait un fils, etait veuf depuis plusieurs annees : avant de quitter Paris , il recut la pretrise apres avoir passe quelques jours au s^minaire. Jeune encore , M. de Mallan est mort par suite de la rupture d'un vaisseau du cceur. Le R. P. Arthur Martin , un des arch^ologues les plus e'minents de France, membre de la Societe francaise d'arch^ologie , vient de mourir a Ravenne , en revenant de Rome. Une lettre adress^e a M. de Caumont, president de la Societe francaise d'arch^ologie , par le proprietaire de Thotel de la Spada , donne des details circonstanci6s sur la courte maladie qui a enleve" le savant archeologue francais. M. de Caumont s'est empress^ de faire passer cette lettre au direcleur de la maison des Jesuites , rue des Postes, 18, qui ignorait cette perte bien douloureuse pour Tetablissement. M. Martin etait chevalier de la Legion-d'Honneur. Il a publie une magnifique monographie des vitraux VIII PERSONNEL DE i/lNSTITUT DES PROVINCES de Bourges, en collaboration avec le P. Cahier. Les Melanges cCareheologic , recueil in-folio , public par It Martin et qui parait depuis plusieurs annees , est une des plus curieuses publications qui aient ete ddit^es en Europe. M. Martin avait 6te" couronne par l'lnstitut de France, il y a quelques annees. Enfin , e'etait lui qui avait bien voulu se charger de dinger la construction de la cathedrale de Notre-Dame-de-la-Treille, a Lille. Architecte et dessinateur du premier merite, M. Tabbe Martin a construit plusieurs eglises en France et donne" un grand nombre de modeles pour rameublement des edifices religieux. II avait parcourn toute TEurope et rapporte* de ses voyages une immense quantite de dessins et de notes. Partout les tresors des cathedrales lui avaient ete ou- verts, et il avait pu y etudier des objets d'une grande rarete que personne n'avait dessines avant lui. M. Schwilgue , l'habile inge"nieur auquel on doit la 1 estauration de Thorloge de Strasbourg , est mort, cette annee, dans un &ge avance. L'lnstitut des provinces avait decerne" une medaille a cet habile ing6"nieur pen- dant la memorable session du Congres scientifique de France tenue a Strasbourg en 18/i2, sous la presidence de M. de Caumont. L'lnstitut des provinces se reunit dans cette ville pendant la duree du Congres sous la presidence de M. le vicomte de Cussy , pour remettre solennellement a M. Schwilgue la medaille qui lui avait ete decernee. Quelques mois apres , M. Schwilgue" fut elu membre de la Compagnie. M. Schwilgu6 6tait officier de la Legion-d'Ilonneur. en 1856. ix M. Couturat, chevalier dela Legion-d'Honneur et de i'ordre de saint Maurice, ingenieur en chef des bords du Rhin, avait fait des etudes approfondies sur le regime des fleuves , sur les alluvions et sur tout ce qui touche aux grands travaux d'endiguement. II avait siege* au Congres scientifique de Strasbourg , en 18^2 , et avait ete nomme* membre de l'lnstitut des provinces sur la presentation des bureaux de cette grande assemblee , la plus importante de toutes les reunions scientifiques qui aient eu lieu en France. M. le docteur Viricel , medecin en chef des hospices de Lyon , 6tait un des doyens du corps medical de cette grande ville et un des hommes les plus justement considered. Au Congres scientifique de France ( lX e . session j qu i se tint a Lyon , en 18/U , M. le docteur Viricel fut ap- pele a la pr^sidence de la section de medecine et pr6sent6, comme candidat , a l'lnstilut des provinces qui l'admit quelque temps apres. M. Viricel a public un grand nomdre de memoires et d'observations sur les sciences medicales ; il etait depuis long-temps chevalier de la Legion-d'honneur. Le celebre orientaliste du Hammer , membre etranger de Tlnstitut des provinces , est mort a Vienne , age de 83 ans ; c'etait une des grandes notabilites scien- tifiques de TAllemagne , et TAcad^mie imperiale de Vienne, a la fondation de laquelle il avait beaucoup con- tribue , s'est reunie long-temps sous sa pr^sidence. M. le baron de Hammer fut mis en relation, il y a X PERSONNEL DE E'iNSTITUT DES PROVINCES. trente ans, par feu M. Spencer Smith, avec les Societes savantes de Caen. M. de Canmont avait correspondu constamment depuis cette 6poque avec ce savant que rAllemagne vient de perdre. M. de Hammer fut elu membre etranger de Tlnstitut des provinces lors de la creation de celte 6minente Compagnie; il appartenait aux principales Societes savantes de TEurope , et divers souverains l'avaient d^core" de leurs ordres. Jusqu'a sa moit, M. le baron de Hammer a conserve ses facultes intellectuelles. Vingt-un membres titulaires nouveaux et cinq mem- bres etrangers ont 6te elus par Plnstitut des provinces dans le cours de Tannee 1856. XI COMPOSITION DU BUREAU. Directeur-general : M. de Caumont ^ O $fc C ^<, fondateur des Congres scientifiques de France. Pour la classe des sciences, M. Ecdes-Deslong- champs ^, doyen dela Faculte des sciences, a Caen, correspond 1 , de l'lnstitutde France. Pour la classe des lettres, MM. Bordeaux, docteur en droit , a Evreux ; Renault , inspecteur divisionnaire de TAssociation normande, conseiller a la Cour imperiale , a Caen, Secretaires- generaux. Tresorier: M. Gaugain >^:, inspecteur de TAssociation nor- mande , rue de la Marine , a Caen, Sous-directeurs regionaux : MM. Le Gall 3fc, conseiller a la Cour impe*riale, sous-directeur pour le Nord-Ouest, a Rennes. Des Moulins, inspecteur-divisionnaire des monuments, sous-direcleur pour la region du Sud-Ouest, a Bor- deaux. P.-M. Roux & C >g< , membre de TAcad^mie , sous- directeur pour la region du Sud-Est, a Marseille. Victor Simon $, conseiller a la Cour imperiale, sous- directeur pour la region du Nord-Est , a Metz. Challe >$:, sous-directeur pour la region du Centre , a Auxerre. LISTE DES MEMBRES DE L'lUSTITUT DES PROVINCES (1). S. M. NAPOLEON III , Empereur des Frangais. MM. Le prince Lucien Bonaparte 3, senateur, membre de plusieurs Academies. Le prince Charles Bonaparte. J. Giraruin &, correspondant de l'lnslitut de France, a Rouen. Le vicomte de Cussy ^:, G $j<, membre de plusieurs Academies, a Paris, et a Vouilly ( Calvados \ Lb Grand $, D.-M., ancien maire de St.-Pierre-sur- Dives. Lambert , conservateur de la Bibliotheque publique de Rayeux. Baron de La Fresnaye $, membre de plusieurs Aca- demies , a Falaise. Etoc-Demazi, ancien secretaire-general de l'lnstitut, au Mans. L'abbe Lottin , ancien tresorier de l'lnstitut, id. L'abbe Bouvet , ancien membre du Conseil, id. De Marseul, chef destitution , a Laval. Acber, chanoine titulaire de Poitiers. Bouillet^, membre de plusieurs Society savantes, a Clermond-Ferrand. Lecoq ^, secretaire perpetuel de I'Academie, a Cler- mond-Ferrand. Leon de La Sicotiere, avocat, a Alencon. Taillard 3, conseiller a la Cour imperiale de DouaL Guerrier de Dumast >^<, membre de I'Academie, a Nancy. (4) On a suivi pour cette liste Vordre chronologique des nominations*. LISTE DES MEMBRES DE L'iNSTITUT DES PROVINCES. XIII MM. Bonnet $, professeur d'agriculture, a Bcsancon. Buvignier ^ , membre de plusieurs Academies , a Verdun. Commarmond ^< ^ , bibliothecaire du Palais des Arts, a Lyon. D'Hombres-Firmas & , a Alais (Gard), correspondant de rAcademie des Sciences. Soyet-Willemet $, tresorier-archiviste de l'Academie , a Nancy. Croizet & , cure de Neschers , pres d'Issoire. Weiss O &, bibliothecaire, -correspondant del'Institut de France, a Besancon. Gerault, cur6 de Laval ( Mayenne). Millet, naturaliste, president de laSociete d'agricullure, a Angers. Bonnet $, D.-M. , professeur a l'ficole de m^decine, correspondant de l'lnstiiut de France, a Lyon. Fournet ^, professeur d'histoire naturelle a la Faculte des sciences, correspondant de l'lnstitutde France, a Lyon. Seringe $, professeur de botanique a la meme Faculte". Victor Simon *$ , ancien secrtaire-gneral du Congres , conseiller a la Cour imperiale , a Metz. Mougeot O $ , correspondant de l'lnstitut de France, a Bruyeres ( Vosges ). Hepp !^, professeur a la Faculty de Droit, a Strasbourg. Mg r . Donnet O ^t, cardinai-archeveque de Bordeaux. Mg r . Gousset O ^:, cardinai-archeveque de Reims. Feret, conservateur de la Bibliotheque, a Dieppe. Mg r . Cousseau $, veque d'Angouleme. De la Farelle ^, ancien representant du Gard, a Nimes. L'abbe Desroches, cure d'Isigny (Manche). De Cayrol ^ , ancien depute , a Compiegne. Bizell, membre du Conseil general , a Blain ( Loire- Infer ieu re). XIV LISTE MM. Drouet, inspecteur divisionnaire de la Soci6te francaise d'archeologie , au Mans. Marquis de Vibrate, gSologue, a Cheverny, pres Blois. Dochatellier, ancien secr6taire-g6ne>al de l'Association bretonnc , a Pont-PAbb^ (Finistere ). De La Balme $S conseiller a la Cour impe>iale, a Nismes. Comte db Montalembert $, ancien pair de France, inspecteur divisionnaire de la Soci6t6 francaise d'ar- cheologie pour la conservation des monuments, a Paris. Reidet, conservateur des Archives de la Vienne, a Poitiers. V. Hucher , membre de plusieurs Soctetes savantes, au Mans (Sarthe). Comte de Tocqueville >g<, ancien ministre, membre de TAcademie francaise, a Tocqueville (Manche). Teissier, membre de plusieurs Academies, a Anduse. Comte A. de Gourgues, membre de plusieurs Society savantes, a Lanquais (Dordogne). Valz ^, directeur de TObservatoire , correspondant de Tlnstitut de France , a Marseille. Goglel >g< , membre de plusieurs Academies , quai Schoepflin, 3, a Strasbourg. L'abbe Voisin, membre de plusieurs Academies, au Mans. Lb Glak ^ yfc conservateur des Archives, correspondant de l'Academie des inscriptions , a Lille ( Nord). Kuhlman O ^, directeur de la monnaie, membre du Conseil general du commerce, a Lille (Nord). Hermand, membre de plusieurs Academies , de la Societe des Antiquaires, etc., a Saint-Omer (Pas-de-Calais). Jourdain, cbanoinede lacathedrale, a Amiens. L'abb6 Duval, membre de la Societe francaise d'archeo- logie pour la conservation des monuments, a Amiens. F. Woillez, membre de plusieurs Academies, a Saint- Quentin. DES MEMBRES DE L'iNSTITUT DES PROVINCES. XV MM. Baron du Tata >g<, president de la Societe" d'agriculture des C6tes-du-Nord , a Saint-Brieuc. Desnoyers , vicaire general d'Orleans, inspecteur des mo- numents du Loiret. Malherbe, president de la Society d'histoire naturelle, a Metz , conseiller a la Cour imperiale. Ballin $fc archiviste de l'Academie des sciences, arts et belles-lettres de Rouen. Bally >fe , ancien president de l'Academie de m^decine, a Villeneuve-le-Roy (Yonne). Petit $, proviseur du lycee de Rennes. Comte de Tristan $, membre de plusieurs Academies, a Orleans. Comte de Lochart ^, directeur du mus6e d'histoire na- turelle , a Orleans. Bayle-Mouillard >$<, membre de l'Academie de Cler- mont, conseiller a la Cour de cassation. Beaudet La Farge ^<, ancien sous-prefet, membre de l'Academie de Clermont. Petit-Lafitte, membre de l'Academie de Bordeaux, L'abbe" Blatairou, chanoine, professeur a la faculte de theologie de Bordeaux. Barthelemy :$:, conservateur du mus^e d'histoire natu- relle, a Marseille. Bertulus^:, medecin de la marine, a Marseille, membre de plusieurs academies. Coquand ;$, inggnieur des mines, professeur de ge"ologie, a Besancon. ** Castel, agent-voyer chef, a Saint-Lo. L'abbe Devoucoux , secretaire perp&uel de la 8001616 aca- d&nique, et vicaire general d'Autun. Niepce, procureur imperial a Brignoles ( Var). Baron de Contencin 3, directeur general de l'admi- nistration des cultes , a Paris. XVI LISTE MM. Comte Olivier de Sesmaisons, ancien directeur de l'Asso- ciation bretonne, a Nantes. Champoiseau >g<, secretaire general de !aXV e . session du Congres scientifique, a Tours. De Sourdeval $, id., juge destruction , a Tours. J. deFontenay, membredeplusieurs Academies, a Autun. Mg r . Parisis O >^<, eveque d 1 Arras, ancien representant du Morbilian. DeGlanville, inspecteur des monuments de la Seine- Inferieure, president de TAcademie, a Rouen. L'abbe Le Petit, chanoine honoraire de Bayeux , secre- taire-general de la Societe franchise d'archeologie pour la conservation des monuments , a Tilly (Calvados). E. de Blois , ancien representant du Finistere , president de la classe d'histoire de TAssociation bretonne, a Quimper. L'abbe" Lacurie, chanoine honoraire de La Rochelle , inspecteur divisionnaire des monuments historiques, a Saintes. Matheron , Ph. $ , ingenieur , membre de plusieurs Societes savantes, a Marseille. De La Terrade, directeur de la Society Linneenne, a Bordeaux. De Buzonniere, secretaire-general de la XVIII e . session du Congres scientifique de France, membre de plusieurs Academies, a Orleans. La Crosse C ^ ^<, s6nateur, ancien ministre destravaux publics, a Paris. Dufaur de Montfort :$:, ex-presulent de la Society de statistique des Bouches-du-Rhone, a Marseille. General Remond GO$, ancien depute , membre de plu- sieurs Academies , pres Gisors. Godelle ^<, membre de plusieurs Academies, conseiller d'fitat. DES MEMBRES DE L INSTITUT DES PROVINCES. XVII MM. Moriere, secretaire-general de l'Association normande, directeur des Cours speciaux du lycee, a Caen. Lefebvre-Dlrufle G &, secateur, inspecteur division- naire de V Association normande , ancien ministre, a Pont-Authou. LeNormand, ancien sous-prefet , membre de plusieurs Societe\s savantes , a Vire. Vicomte de Falloux e$, ancien ministre de Tlnstruction publique , a Segre ( Maine-et-Loire ). De Kerdrel, ancien reprsentant d'He-et-Vilaine , ancien eleve de l'ficole des chartes, a Rennes. Alp. Le Flaguais, membre des Academies de Caen et de Rouen, a Caen. L'abbe Crosnier, protonotaire apostolique du Saint- Siege, vicaire-gn6ral de Nevers, inspecteur des monu- ments de la Nievre , a Nevers. Aussant, membre de plusieurs Academies, professeur en medecine, a Rennes. Tarot ^fc, president de chambre a la Cour d'appel de Rennes, secret, general de la XVI e . session du Congres. Comte Louis de Kergorlay , ancien secretaire-general de l'Association bretonne , a Fossieux (Seine-et-Oise). A. Tasle Jjfe , conseiller a la Cour d'appel de Rennes. Barre, sculpteur, laureat de l'exposition regionale de 1'Ouest, a Rennes. Baron de Girardot &, :$<, membre de plusieurs Aca- demies, sous-preTet, a Nantes. Gueranger , ancien president de la Societe academique de laSarthe, au Mans. L. De La Motte, membre de l'Academie, inspecteur des etablissements de bienfaisance, a Bordeaux. Marechal &, ingenieur des ponts-et- chaussees , & Bourges. Machard $, ingenieur en chef, id. XVIII LISTE MM. Bertrand ^, maire de Caen, doyen de la Faculty des lettres , a Caen. Vallat , ancien recteur de PAcademie du Lot , membre de TAcademie , a Bordeaux. Boucher de Perthes ^ , president de la Societe d'emu- lation, a Abbeville. Rainal $, avocat general presla Cour de cassalion. De La Monneraye, president du Conseil general du Morbihan , a Rennes. Pottier $ , conservaleur de la Bibliotheque publique de Rouen. Thevenot , chef d'escadron , secretaire de section a la VI e session du Congres scientifique de France , a Clermont-Ferrand. Marquis de Chennevieres-Pointel >{, membre de plu- sieurs Academies, inspecteur-general des musees de province , a Paris. Guillort aine & , secretaire-general de la X e . session du Congres scientifique de France, president de la Societe industrielle , a Angers. Baron Chaillou des Barres O &, G >^<, ancien preTet, president de la Soci6t academique d'Auxerre, De Verneilh-Puirazeau, inspecteur divisionnaire de la Societe franchise d'archeologie pour la coNservation des monuments , a Nontron (Dordogne). De Surigny, membre de l'Academie de Macon, a Macon (Saone-et-Loire). Flechet , architecte , a Lyon. M. Canat, president de la Societe academique de Chalons-sur-Saone. Boulange, ingenieur des ponts-et-chaussees , rue Olivier, 27 , a Paris. Comte de Mellet, inspecteur divisionnaire des monu- ments, membre de plusieurs Academies, a Chaltrait (Marne). DES MEMBRES DE L'iNSTITUT DES PROVINCES. XIX MM. Victor Petit , membre de plusieurs Soctetes archeolo- giques , a Sens (Yonne). Travers, professeur honoraire de lilterature latine a la Faculty des lettres de Caen, secretaire perp&uel de l'Academie des sciences, arts et belles-lettres , a Caen. Dupre La Maherie, docteur en Droit, secretaire de section a la XVI e . session du Congres scientifique de France, substitut, a Caen. Rostan, inspecteur des monuments historiques, maire de St.-Maximin (Var). Hardel, imprimeur de l'lnstitut, membre du Conseil de la Sociele francaise d'archeologie pour la conser- vation des monuments, a Caen. De Quatrefages ^, ancien professeur d'histoire natu- relle a la Faculty de Toulouse, membre de Tlnstitut , a Paris. Pauffin , ancien magistrat , membre de plusieurs Aca- demies , a Paris, boulevard Beaumarchais, 6. Mahdl $, ancien preTet, membre de plusieurs Soci6ts savantes , a Carcassonne. Marquis Eugene de Montlaur $, membre de plusieurs Academies, a Moulins (Allier). L'abb6 Boudant , curde Chantelle (Allier). Le Pelletier-Sautelet^, docteur-medecin, a Orleans. Comte de Vigneral, president du Cornice agricole, a Ry (Orne). De Behague 3, membre du Conseil general de l'agri- culture, a Dampierre (Loiret ) ; rue des Saussaies, a Paris. Le Vot 3fc, biblioth6caire de la marine, a Brest. L'abbe Cirot de Laville, membre de TAcademie de Bordeaux. Comte Achmet d'Hericourt $ , membre de l'Academie d'Arras. XX LISTE MM. Baron de Montreutl ^, depute, a Gisors. Comte de Niewerkerke ^ , G ^< , direcleur gne>al des m usees , a Paris. Quantin, archiviste du d^partement de l'Yonne, mem- bre de plusieurs Society savantes , a Auxerre. D'Espaulart, president de la Soci&e academique du Mans , adjoint au maire de la raerae ville. Gomart, membre de plusieurs Academies, secretaire du Cornice agricole de St.-Quentin ( Aisne ). De Verneuil e$S G $, membre de l'lnstitut de France, a Paris. Baron James de Rothschild C ^< , membre de plusieurs Academies, a Paris. Ricard , secretaire de la Society arche"ologique de Mont- pellier. Arrondeau, inspecteur de TAcademie de Rennes, en residence a Vannes. Du Bois O ^, de la Loire-Inferieure, inspecteur-g6ne>al de l'Universite. Comte de Vaublanc 3fc, membre de plusieurs Academies a Paris et a Munich (Baviere). Gayot, ancien depute, secretaire de la Soctete" d'agri- culture, sciences et arts de TAube , a Troyes. L'abbe Tridon, inspecteur des monuments de l'Aube , chanoine honoraire , a Troyes. Alluacd aing & , membre du Conseil gne>a1 de {'agriculture , president des Socie"tes savantes de Li- moges. Mosselman, membre de plusieurs Soci&6s savantes , a Paris , passage Sendrie. A. Rame, inspecteur divisionnaire des monuments, a Rennes. Vicomte Du Moncel 2j, membre de plusieurs Academies, 5 Caen. DES MEMBRES DE l'iNSTITUT DES PROVINCES. XXI MM. Pifteau, membre de plusieurs Society savantes, a Toulouse. Bouet, membre de plusieurs Academies, a Caen. Mg r . Rivet 3, 6veque de Dijon, president de la XXI e . session du Congres scientifique de France. Henri Beaudot , secretaire-general de la meme session , president de la Commission archeologique de la Cote- d'Or. Le marquis de Saint-Seine , vice-president general de la meme session du Congres. De La Greze ^fc, chevalier de l'fitoile-Polaire de Suede et de Tordre de Charles III d'Espagne, conseiller a la Cour imperiale de Pau. Frantin , membre de 1' Academic de Dijon. Besnou $fc, pharmacien en chef de la Marine, a Cher- bourg. Le Vicomte de Juillac , inspecteur divisionnaire de la Society francaise d'archeologie pour la conservation des monuments, a Toulouse. ComteDE Pontgibault, membre de plusieurs Academies a Fontenay (Manche). Denis aine, membre de la Societe francaise d'archeologie pour la conservation des monuments, a Fontaine- Daniel (Mayenne). Gustave de Loriere $$, docteur en droit, chevalier de Tordre d'Isabelle-la-Catholique , au Mans , et a Paris, ruede l'Est, 7. Calemard de Lafayette , membre de plusieurs Acade- mies, au Puy (Haute-Loire). Le comle Georges de Soultrait >k>^, inspecteur des monuments de l'Allier, membre du Conseil general de la Nievre, a Lyon. Mabire^, maire de Neuchatel, inspecteur de TAssocia- tion normande, a Neuchatel. XXII LISTE MM. Sellier^, Hiembre du Conseil g6ne>al de la Marne, president de la Society d'agriculture, sciences et arts, de Chalons. LevicomteDE Genouillac, merabre de plusieurs Society savantes, a Rennes. Albert de B rives $, secr6taire-g6neral de la XXII C . ses- sion du Congres scientifique de France, president de la Soci&e" d'agriculture, sciences et arts , au Puy. Dumon , C ^, ancien minislre, rue de la Ferme-des-Ma- thurins, a Paris. De Bouis, D. M. P., membre de plusieurs Academies, a Paris. Baron Doyen 3, membre de plusieurs Academies, rece- veurgne>al de TAube, a Troyes. Comte de Vander Straten Ponthoz, membre de plusieurs Academies, aMetz. D'Albiginy de Villeneuvb, secr6taire-gneral de la Society academique de Saint-Etienne et inspecteur des monu- ments de la Loire , a Saint-Etienne. E. de Beaurepaire, ancien e"leve de lMcole des Ghartes , a Avranches. Mg r Landriot, 6vque de la Rochelle, president g6ne>al de la XXIIK session du Congres scientifique de France. L'abb6 Person , secretaire-general adjoint de la XXIII e . session du Congres. Jodvin, ^, professeur de la marine, a Rochefort. Nau, architected inspecteur des monuments de la Loire- Infeneure , a Nantes. Valere Martin, D. M., membre de plusieurs academies, a Cavaillon (Vaucluse). Caillaud ^fc, conservateur du musee d'histoire naturelle, a Nantes. De la Borderie, membre de plusieurs Soctetes savantes, ancien eleve de I'^cole des Chartes , a Nantes. DES MEMBRES DE L'iNSTITUT DES PROVINCES XXIII MM. Semichon, membre de p!usieurs Academies et du Gonseii general de la Seine-Inferieure, a Neufchatel. De Longuemar ^, membre de plusieurs Academies, an- cien capitaine d^tat-major , a Poitiers. Ollivier , & , ingenieur en chef des Ponts et Chaussees , a Caen. BlavierO^, ingenieur en chef des mines, a Paris. Campion , chef de division a la prefecture de Caen, membre de plusieurs Academies. L'abbe Jouve, chanoine, inspecteur des monuments, a Valence (Drome). J. La Barte ^, membre de plusieurs Academies, a Paris. Albert du Boys, secretaire general de la XXIV e . session du Congres scientifique de France, a Grenoble. Membres Strangers. S. M. le ROI DE SAXE, president honoraire des Soci&es acad6- miques deDresde etdu Congres archologique allemand. MM. Comte de MerodeG ^^<#, ministre d'fitat de Belgique, inspecteur divisionnaire de la SocieHe franchise d'ar- cheologie, au chateau deTrelon, pres d'Avesnes, et a Bruxelles. Lopez, C $:, conservateur en chef du musee, a Parme. Gazzera $<, secretaire de TAcad^mie, a Turin. Mg r . Rendu >^<, 6veque d'Annecy. Marquis Paretto C ^, a Genes. Marquis de Ridolfi C ^< , ancien ministre, a Florence. Pasteur Duby ^, a Geneve. Baron de Selis-Longchamp^S, a Liege. Whewhel, professeur, a Cambridge. James Iates, a Londres. XXIV LISTE San Quintino ^<, conservateur honoraire du muse, a Turin. Despinrs C ^c, directeur-g6nral des mines du PiSmont, a Turin. Warnkoenig ^, professeur a TUniversite de Tubinge. Baehr ^ , professeur a TUniversite" de Heidelberg. Schadow O >^<, directeur de P6cole des Beaux-Arts, a Dusseldorf. Kupfer O ^<, professeur de physique, a St.-P6ters- bourg. Krieg de HochfkldenO ^<, ancien directeur des fortifi- cations du grand-duche de Baden , a Baden. De Brinckeu , conseiller d'Etat , a Brunswick. D'Homalius-d'Halloy G >k, correspondant de Tlnstitut de France, a Namur et a Paris , rue Mondovi, 6. Maravigna , professeur d'histoire naturelle, a Catane (Sicile). Due Serra di FalcoG^, prince de St.-Pietro, a Flo- rence ( Toscane ) et a Paleraie. Bertini G ^, merabre de la Chambre legislative de Sar- daigne, conseiller a la FacultC de medecine, membre de plusieurs Academies, vice-president-general du Congres scientifique de France , a Turin. Baron de Roisin ^>^<, au chateau de Kurens, pres Treves ( Prusse Rhenane). Marquis de Santo-Angelo G ^<, ministre de S. M. le roi des Deux-Siciles, a Naples. Gomte de Furstemrerg O >^, chambellan de S.M. le roi de Prusse , a Stanheim , pres Cologne. Baron de Quast >k , inspecteur-general des monuments historiques de Prusse , chevalier de l'ordre de St. -Jean de Jerusalem , a Berlin. Roulez >g<, professeur d'archeologie a rUniversit6 de Gand. DES MEMBRES DE L'lNSTITUT DES PROVINCES. XXV MM. Sismonda j^<, professeur de geologie a P University de Turin, membrede PAcademie de la meme ville. Comte de Selmour O &, gentilhomme de la Chambre du roi de Sardaigne, president de P Association agricole de Piemont. Jacquemont O $fc ^<, raembre du Senat et president de la Societe acad&nique de Chambery. Mg r . Mullek , eveque de Munster, Reichenspergeu , conseiller a la Cour royale et membre de plusieurs Academies, a Cologne, vice-president de la Chambre legislative de Berlin. Mg r . Geissel ^<, cardinal-archeveque de Cologne. Botowski , ancien secretaire de Pambassade russe , a Paris. Comte de La Marmora G ^< , directeur de Tecole de ma- rine, a Genes. Donalston , secretaire de Tlnstitut des architectes, a Londres. Le Maistre-d'Anstaing dfc. , president de la Societe" archgo- logique , a Tournay. Quetelet 0&, secretaire perptuel de PAcademie royale de Belgique, a Bruxelles. Jobard ej, membre de plusieurs Academies , a Bruxelles. De Wilmoski, chanoine de la cath&lrale de Treves, a Treves. Thurman, membre de plusieurs Academies, a Porentruy. Baron de Plancket , docteur en Droit , membre de plu- sieurs Academies , a Bruxelles. Murchison , membre de la Societe" royale de Londres, correspondant de l'lnstitut de France, a Londres. Parker, membre de la Society des Antiquaires de Londres, a Oxford. Comte Ernest de Beist C >$<, directeur-g^neral des mines, a Berlin. XXVI LISTE MM. L'abbe Bariiffi >$$$<> professeur de geometrie a l'Univer- sit6 de Turin. Comte Avoyardo de Quaregny C $fa , professeur de phy- sique a I'Universite de Turin. Comte Cesar Balro C ^<, depute, ex-pr6sident du conseil des ministres , a Turin. Cibrario C ^c, senateur de Piemont, professeur de chimie a FUniversile de Turin. Ragozini Roch, secretaire perpetuel de TAcad&nie royale d'agriculture de Turin. Baron Joseph Manno C^< , president du Senat du royaume de Sardaigne et de la Cour d'appel de Turin, membrede l'Academie. J. Morris ^<, senateur du royaume de Sardaigne, profes- seur de botanique a TUniversite de Turin. Professeur Cantu , ^ senateur du royaume de Sardaigne, a Turin. Le comte Joseph Teleki C :$<, membre de l'Academie imperiale k, procureur-gene"ral , a Bruxelles. Mitter-Mayer $fc ^c, professeur a PUniversite de Hei- delberg. Ducpetiaix $, inspecteur-gene>al des prisons, secre- taire-general du Congres de bienfaisance, a Bruxelles. CONGRES DES DELEG13ES DES SOCIfiTES SAMCTES DES DEPARTEMENTS, SOUS LA DIRECTION DE L'INSTITIT DES PROVINCES DE FRANCE. SESSION DE 1856. SEANCE GEN^RALE D'OUVERTURE. (PrSsidence de M. de Caumont, directeur de l'lnstitut des provinces.) La stance est ouverte a 2 heures 1/2 , dans la grand e salle de la Society d'encouragement pour Pindustrie nationale. Sont appetes au bureau : MM. Dumon , ancien mi- nistre; le comte de Vigneral, delegue de l'Orne ; le vicomte de Cussy, president de PAcademie industrielle , agricole et commerciale ; Le Serrurier , conseiller a la Gour de cassation; Bougon, maire de Chantilly, membre du Jury international ; d'Otreppe de Bouvette, ancien inspecteur-general des mines du royaume de Belgique; de La Chauvinjere , membre de plusieurs Societes savantes. Secretaires-generaux : MM. Gomart, de St.-Quentin; R. Bordeaux, d'fivreux; Rame, de Rfcnnes; de Bodis, de Paris. Secretaires des sections : MM. Valat, ancien recteur; Jules Pautet, ancien sous-prefet. On remarque dans la 2 INST1TUT DES PROVINCES DE FRANCE. salle un grand nombre de delegues des Societes savantes des departements : MM. Gosse , boulevard Bonne-Nouvelle , 26 , delegue" de Bayeux. Paris d'Illins, rue des Beaux-Arts , 8 , delegue" de Pont-PEveque. Vigneral (le comte de ), de Tlnstitut des provinces. Bertin de La Hautiere , ancien sous-prefet, delegue" de la Societe d' Agriculture et d'industrie d'llle-et- Vilaine. Grandval (le marquis de) , delegue" de l'Association normande. Dumon, ancien ministre, delegue" de la Sociele d'Agriculture, commerce , sciences et arts d'Agen. Bryas ( le marquis de ) , delegue de Bordeaux. Borrelli ( le general vicomte de ) , id. Sedaige ( le vicomte de ) , delegue du Puy-de-Dome. Le Sobre (Charles), de Fontainebleau. Pecard, delegue" de la Sooiele archeologique de Touraine. Gayot (A. ), membre de Tlnstitut des provinces, a Troyes. Pautet du Parois du Rozier (Jules), ancien sous- prefet. Leger , architecte , delegue de la Ferte-Mace. Thierry (Mouard), delegue" de TAcademie de Cherbourg. Clocheville ( le comte de ) , delegue" de la Societe" academique de Boulogne-sur-Mer. BEAULiEu(de), delegue de la Sociele d'emulation des Vosges. CONGRES DES ACADEMIES. 3 Chauviniere (de La) , detegue" de la Sociele" indus- Irielle d' Angers. Taigny ( Paul ) , receveur des finances. Mailly ( le comte de ) , delegue de la Society d'agri- culture , sciences et arts du Mans. Baudouin ( Auguste ) , delegue et president des Co- rnices de Tarrondissement de Rouen. Letot, inspecteur de TAssociation normande, a Caen. Cussy ( vicomte de ) , de l'lnstitut des provinces. Vendeuvre (vicomte de) , delegue de la Societe de Falaise. Coussemaker ( de ) , dengue du Comite" flamand et de la Societe" Dunkerquoise. Marchal, ingenieur des ponts et chaussees. Dreolle, dengue" de Libourne. M. Beaulieu, de Niort, correspondant de l'lnstitut de France , president de la Sociele" de statistique des Deux-Sevres. Otreppe de Bouvette ( d' ) , de Liege , delegue" de plusieurs Societes savantes de Belgique. Bougy (marquis de), delegue de 1' Association nor- mande. Bergerot , delegue de la Sociele" Dunkerquoise pour l'encouragement des sciences , lettres et arts. Paris (Louis) , delegue de l'Academie impe"riale de Reims. Raimbault , architecte, delegue" de Reims. Jacob, de Laval, delegue de la Societe" d'industrie dela Mayenne. Godard Desmarest , depute" , delegue" de la Socie" te archeologique d'Avesne. Gomart , de l'lnstitut des provinces , delegue' du Cornice agricole de St.-Quentin. 1NSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. Gosse , detegue" de la Societe d'histoire et d'archeo- logie de Geneve. Oudinot de La Faverie , delegue" de la 8001616 pour la conservation des monuments. Mahul , ancien prefet , de Tlnstitut des provinces , delegue de la Societe des arts et sciences de Carcassonne. Charlier, delegue de TAcademie imperiale de Reims. Mellet (le comte de), de Plnstitut des provinces, delegue de la Societe" d'agriculture , commerce , sciences et arts de Chalons-sur-Marne. Gourcy (le comte de) , delegue de l'Association nor- mande. Geslin de Bourgogne , delegue de la Societe des G6tes-du-Nord. Le Serrurier, conseiller a la Cour de cassation, delegue de la Societe imperiale d'agriculture de Douai. Chaubry de Troncenord ( baron de ) , delegue de la Societe academique de la Marne. Montlaur ( le comte de ) , de l'lnstitut des pro- vinces, delegue de la Societe" d'emulation de l'Allier. Desvaux , maire de Beauchene , delegue du Cornice de Vendome, Tanlay ( le marquis de ) , delegue de la Societe des sciences historiques et naturelles de l'Yonne. More ( Emile de ) , de Serverette , delegue de la Lozere. Andelarre ( le marquis d' ) , depute de la Haute- Saone , delegue de la Societe d'agriculture de la Haute-Saone. CONGRES DES ACADEMIES. 5 Gerard de Blincourt, president de la Society d' Agriculture de Clermont (Oise). Chatelain , architecte , membre de la Societe d'ar- cheologie, a Paris. Villecour ( Charles de ) , delegue du Cornice de Thionville. Porriquet ( de TOrne ) , inspecteur et delegue' de i'Association normande. Loriere ( L6on de), delegue de la Societe Linn^enne d'Angers. Bonneuil ( de ), de la Societe francaise d'archeologie. Maurenq, delegue de la Societe d'agriculture de Plndre, de la Societe d'horticulture de Cosne. De Bouis, membre de l'lnstitut des provinces, a Paris. Bertrand (Ernest), delegue de la Societe" acad6- mique de l'Aube. Valat, ancien recteur, membre de l'lnstitut des provinces. Vignon , ingenieur en chef, a Paris, delegue de la Societe archeologique de Sens. Chardin , rue des Champs-filysees , 15 , delegue de T Association normande. Millard, delegue' de la Society d'agriculture de 1' Aube. Sellier, de l'lnstitut des provinces , delegue' de la Societe d'agriculture , commerce , sciences et arts de la Marne. Hennocque (le colonel), depute, delegue' de l'Aca- clemie et de la Societe d'histoire naturelle de Metz. Martin (Henri), delegue de la Societe academique de St.-Quentin. Lemaire ( Charles ) , delegue de la 8001616 acade- mique do. St.-Quentin. INST1TUT DES PROVINCES DE FRANCE. Hericourt (leC ,e . d'), delegue de l'Academied' Arras. Anisson-Duperron (le comte ) , president du Cornice agricole du Neubourg. Wint (Paul de), delegue de la Societe francaise d'ar- clteologie pour la conservation des monuments. Vogue ( le marquis de ), delegue de la Society d' Agri- culture du Cher et du Cornice d'Aubigny. Duval de Fraville , delegue de la Haute-Marne et de la Societe francaise. Pernot, delegue" de la Societe arclteologique de Langres ( Haute-Marne ). Dubois (de la Loire-Inferieure), membre de l'lnstitut des provinces , dengue de la Societe" academique de Nantes. Gadebled , delegue du departement de l'Eure. Teste-Douet, de la Societe pour la conservation des monuments. Thiollet , delegue de la Societe des beaux-arts de Paris. Passy ( Antoine ) , delegue de la Societe imperiale et centrale d'agriculture. Romanet (le vicomte de), dengue de la Societe d'agriculture du Cher. Tocqueville (de) , delegu6 de la Societe d'agricul- ture de Compiegne ( Oise ). Pomereu ( le vicomte Armand de ) , dengue de l'As- sociation normande (Seine-lnferieure). Rossey , delegue de l'Associalion normande (Eure). Challes , president de la Societe des sciences histo- toriques et naturelies de l'Yonne. Du Boys (Albert), dengue de l'Acade^nie Delphi- nale de Grenoble. CONGRES DES ACADEMIES. 7 Lavergne (de) , membre de Flnstitut, delegue" de la Societe centrale d'agriculture. Loriere (Gustave de), delegue de la Society d'in- dustrie de la Mayenne. Toussaint-Bougon , maire et delegue de Chantilly. Ancelon , delegue de Nancy. Semichon , delegue du Cornice de Neufchatel. Jesse-Charleval (le marquis de), delegue des Bouches-du-Rhone. Langsdorff ( le baron de) , ancien ministre plenipo- tentiaire, delegue de la Society d'agriculture , commerce, sciences et arts d'Agen. ALViMARE(d'), delegue" dela Societe des monuments historiques du departement d'Eure-et-Loir. Godefroy (le marquis de), detegue" de la Societe des antiquaires de la Morinie. Peron , detegue de la Societe libre d'emulation , du commerce et de Findustrie de la Seine-Inferieure. Chandon de Romont , detegue" du Conseil agricole de Farrondissement de Reims. Harembert (Armandd'), delegue" du Comiee de Verneuil. Curmer , delegue" de la Societe centrale d'agriculture de la Seine-Inferieure* Doyen , president et delegue de la Societe acade- mique de FAube. Destourbet , president et dele'gue" de la Societe: d'agriculture de Dijon. Alexandre, detegue de la Societe academique de FAube Keridec (de ) , delegue de FAssociation Bretonne. Durand (Paul) , delegue" de Chartres. INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. Boucher de Molandoh , delegue de la Society ar- cheologique de FOrleanais. Montreuil (le baron de), de Flnstitut des provinces, depute", delegue du Cornice agricole de Gisors. Rame ( Alfred ) , de Flnstitut des provinces, delegue de la Societe archeologique d'Jlle-et-Vilaine. Bonaparte ( le prince Charles-Lucien ), meinbre de Flnstitut. Erceville ( le comte d' ) , delegue de la Societe francaise d'archeologie pour la conservation des monuments. Olivier de Sesmaisons , de Flnstitut des provinces , directeur honoraire de FAssociation bretonne. IVIillet , inspecteur des forets , delegue de la SociCte zoologique d'acclimatation. Saint-Seine ( le marquis de ) , de Flnstitut des pro- vinces , delegue de la Societe de Dijon. Tellot , delegue de Dreux. Glanville ( de ) , de Rouen , membre de Flnstitut des provinces. Mallet , delegue de la Societe de Bayeux. Vroil ( Jules de ) , delegue du Cornice agricole de Reims David, depute, delegue de la Soctete de statistique des Deux-Sevres. Le Cadre , delegue de la Societe llavraise d'etudes diverses. Louvet, maire de Saumur, membre du Conseil gene- ral de Maine-et-Loire, depute au Corps tegislatif. Joly, delegue de FAssociation norrnande. Chennevieres (le marquis de), membre de Flnstitut des provinces. C0NGRES DES ACADEMIES. 9 Roger de Beaufort (le comte) , delegue" de la So- ciete des monuments historiques. Ponsard , president du Cornice agricole de Chalons- sur-Marne. Bourjot de Saint-Hilaire , ancien professeur de TUniversite. Denis, de Tlnstilut des provinces, president des Cornices agricoles de la Mayenne. Buyer (Jules de) , inspecteur des monuments de la Haute-Saone , a la Chaudeau ; Bordeaux ( Raymond ) , de Tlnstitut des provinces. Gueranger, de Tlnstitut des provinces, delegue de la Societe d'agriculture , sciences et arts de la Sarthe. Truelle Saint-Evron , delegue de TAube. Bommart, inspecteur general des ponts-et-chaussees, delegue de la Societe centrale d'agriculture de Douai. Oilliamson ( le marquis d' ) , delegue de l'Asso- ciation normande. Van der Straten Ponthoz , de Metz , delegue" de la Societe" d'agriculture de la Moselle. Legrand (Pierre), depute au Corps legislatif, delegue de la Societe" d'agriculture , des sciences et des arts de Lille. Villebresme (le comte de) , id. Parker , de Londres, membre de Tlnstitut des pro- vinces. Wit ( de ) , delegue de TAssociation normande. Courcelles ( le comte de), delegue de la Societe" d'agriculture , des sciences et des arts de Lille. Boulatignier , conseiller d'Etat. 10 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. M. de Caumont ouvre la seance par le discours suivant : Messieurs , Depuis notre session de l'annee derniere , nous avons correspondu activement avec les societes academiques et les societes d'agriculture des departements. De nouvelles adhesions nous sont parvenues; et vous voyez, dans cette enceinte , des delegues qui represented ces com- pagnies nouvellement associe"es a notre Congres. Les Assises scientifiques convoqu6es a Glidlons-sur* Marne, a Amiens, a Aix s a Avignon, a Roc tie fort et dans d'autres villes, ont produit d'importants resultats; et, partout ou vous avez porte Texciiation intellectuelle , les sympathies de tous ont accueilli vos efforts et les ont secondes avec empressement, Ces faits , que nous avons constates avec joie , nous ont revele de plus en plus Futilite des reunions qui portent en meme temps, sur plusieurs points de la France, Tetude et la discussion des questions acade- miques formulees par votre bureau central ; aussi , des mesures sont prises pour que , cette anne , les Assises scientifiques se tiennent dans cinq villes ou elles n'ont pas encore ele convoquees et ou elles doivent donner une puissante et nouvelle impulsion aux recherches utiles. Le Congres des delegues aura surtout a etudier, dans la session qui s'ouvre aujourd'hui , une serie de ques- tions, que vous connaissez par le programme imprime : elles ont toutes un grand interet ; d'autres questions ont 6te proposees et acceptees par votre commission cen- trale, depuis la publication du programme. Parmi ces CONGRES DES ACADEMIES. 11 questions , trois devront particulierement occuper la sec- tion d'agriculture ; elles sont ainsi concues : Quels sont les besoins les plus pressants de Tagri- culture ? Par quels moyens pourrait-on donner un nouvel essor a la production agricole en France? Si Tenseignement agricole doit etre introduit dans v les colleges, quel devrait etre le plan suivi par les professeurs qui en seraient charges? Son Excellence le Ministre de Tlnstruction publique ayant annonce, dans un recent rapport , Tintention de u faire professer Tagriculture dans les ecoles normales des instituteurs primaires , quel devrait etre cet ensei- gnement ? Quel plan le professeur qui en sera charge devra-t-il suivre pour rendre ses lecons pratiques et vraiment utiles aux jeunes instituteurs ? Votre section d'agriculture examinera quelle solution peut tre donnee a ces trois questions , qui en soulevent incidemment plusieurs autres. M. Marchal, ingenieur des ponts et chaussees , doit vous faire plusieurs communications de la plus haute importance , qui meritent un serieux examen. L'agricul- ture est arrivee a une epoque ou elle doit, comme les grandes industries, user de tous les moyens de production que les progres de la mecanique , de la chimie appliquee et des transports mettent aujourd'hui a sa disposition. Malheureusement l'esprit des populations rurales s'eleve difficilement a des idees qui sortent de la routine an- cienne; il se plait a augmenter les difficultes, a resister , par Tinertie, aux efforts desinteresse's des hommes qui comprennent ce que devrait etre, chez nous, ragricul- ture et ce qu'elle doit devenir dans un temps prochain ; mais ces resistances cederont quand nous les aurons 12 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. victorieusement combattues par les resullats qui doivent convaincre les plus incredules. Depuis quelques annees, nos departements ont fail des progres dans le gout des arts : un fait conside- rable le prouve encore aujourd'hui meme : je veux parler de Fexposilion d'architecture , ouverte a Lille, pour le choix du meilleur plan d'une cathedrale que Ton doit construire dans cette ville. Quarante-un projets sont offerts depuis dix jours a rexamen du public : on voit une foule compacte se presser dans la vaste enceinte consacree a Fexposition et discuter avec un interet et un bon sens que Ton n'aurait pas trouve dans les masses il y a quinze ans , le me rite rciatif des plans exposes. II y a certainement progres dans les idees d'art en province , et vous revendiquez a bon droit, Messieurs, votre part de cette heureuse direction des idees. L'interessante exposition artistique , ouverte a Caen , au mois de juin dernier, avec la cooperation devouee de deux artistes eminents qui siegent au milieu de nous , MM 1 , Oudinot de La Faverie et Le Harivel-Durocber ; Fexposition d'objets anciens , qui a eu lieu au Puy , au mois de septembre dernier ; mais, bien mieux encore, la large part prise par la province dans ce vaste concours des arts et de Findustrie du monde, a Paris, ce grand evenement de I'annee 1855 , montrent que la semence jetee par les congres a fructified qu'elle repand, dans les contrees les plus reculees de Fempire francais , de fecondes pensees, et qu'elle produira au centuple, pour peu que vous entreteniez cet esprit qui anime les societes savantes de Paris et des departements ; que vous sachiez leur persuader qu'un premier succes en amene toujours CONGRES DES ACADEMIES. 13 un autre ; qu'il ne faut jamais s'arreter dans la bonne voie , et qu'il y aura long-temps encore et peut-&tre toujours des progres a accomplir en toutes choses. La methode suivie les annees precedentes pour Porga- nisation des travaux du Gongres , sera suivie cette annee comme par le passe, aucune deliberation de Tlnstitut des provinces n'ayant modifie celles qui regissent le Congres des d&egues depuis son origine. Nous aurons consequemment , de 10 heures a 1 heure, la reunion de la premiere section, presidee, pour Tagriculture , par M. le comte de Vigneral ; pour les sciences physiques et naturelles, par M. de Verneuil ou par celui que nous designerons en son absence. A 1 heure siegera la seconde section , presidee , pour Parcheologie , par M. le comte de xMellet; pour les beaux- arts et la litterature , par M. Dumon ou par les membres que le bureau designera chaque jour. A 3 heures commencera la seance generate , dans la- quelle piusieurs membres eminents de Tlnstitut de France , notamment M. Payen , ont promis de se faire entendre. Ainsi, notre temps sera employe sans interruption, de 10 heures du matin a 5 heures du soir. Trois seances seront particulierement consacrees a Taudition des rapports faits par les delegues, sur les travaux de leurs societes respectives : ce seront les seances generales d'aiijoard'hiri 2Zi , de jeudi 27 et du dimanche 30 mars. II importe que les rapports soient entendus de tous , au lieu d'etre faits, comme Tannee derniere, en presence d'une simple commission. 14 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. Tel sera, Messieurs, l'ordre de nos travaux. Nous comptons sur votre concours devoue pour leur dormer autant d'interet et d'activite" que les annees precedentes , et eel espoir ne saurait etre decu. Ce discours est accueilli par d'unanimes applaudisse- ments. M. le President donne, a l'Assemblee, communication des delegations des Society savantes qui ont envoys des membres au Congres : La Societe des sciences historiques et naturelles de TYonne a delegue M. le marquis de Tanlay et M. le baron Chaillou-des-Barres. La Societe imperiale d'agriculture , sciences et arts de Douai a delegue" MM. Bommart , inspecteur-general des ponts et chaussees; Lequien, membre du Corps legis- latif; Le Serrurier, conseiller a la Gour de cassation. Le Cornice agricole central du departement de la Marne delegue au Congres MM. A. de Pinteville-Cernon , pro- prietaire a Cernon , pres Chalons , et Ponsard , proprie- taire a Omey, president du Cornice de Chalons. La Societe d'agriculture , des sciences , arts et belles- lettres de l'Aube a delegue" au Congres MM. le baron Doyen , son president ; A. Gayot , secretaire ; Ernest Bertrand, juge a Paris; Jacquet, employe a la prefecture de. la Seine; A. Millard , ancien representant; Clement- Mullet , archiviste de la Societe de geologie ; Alexandre, membre correspondant. La Societe d'agriculture, commerce, sciences et arts du departement de la Marne a delegue au Congres MM. le baron Chaubry de Troncenord, ancien conseiller a la Gour imperiale de Paris; Dozon, id. ; Le Brun, inspecteur des CONGRES DES ACADEMIES. 15 ecoles (Tarts et metiers; le comte deMellet; Sellier et Ponsard. La Societe academique de Cherbourg donne avis qu'elle a delegue au Congres MM. fidouard Thierry et Emile Liais. La Societe d'agriculture et d'industrie de Rennes a de- legue au Congres M. Berlin de La Hautiere, ancien sous- prefet , ex-representant d'llle-et-Vilaine. La Societe imperiale et centrale d'agriculture de Paris annonce qu'elle a delegue au Congres MM. Payen , Passy, Leonce de Lavergne et Baudement. La Societe des sciences et arts de Bayeux, et FAcademie nationale, agricole, industrielle et commercial, deieguent MM. le vicomte de Cussy et Mallet* La Societe d'agriculture de la Seine-Inferieure a delegue M. Curmer, ancien depute de la Seine-Inferieure. Le Cornice agricole de St.-Quentin (Aisne) donne avis qu'il a delegue au Congres MM. Quentin Bauchart, con- seiller d'Etat; Virgile Bauchart, membre du Conseil ge- neral de Tagriculture, du commerce et des manufactures; Ch. Gomart, secretaire-general du Cornice de St.-Quentin ; Monnot-Leroy , membre de la Chambre d'agriculture ; Malezieux , agronome ; Thery de Grugier , fabricant de sucre. L'Institut archeologique liegeois , la Societe archeo- logique de Namur et la Societe libre d'emulation des sciences et des arts de Liege deieguent , pour les repre- senter au Congres des Societes savantes, M. Albert d'Otreppe de Bouvette. La Societe scientifique et litteraire de Limbourg, a Tongres , delegue , pour la representer au Congres , MM. de Vitte , d'Anvers , et d'Otreppe de Bouvette. 16 INSTITDT DES PROVINCES DE FRANCE. La Societe d'archeologie, de litterature, sciences et arts d'Avranches delegue M. de Beaurepaire, archiviste, a Rouen. La Soctete d'Agen delegue M. le baron de Langsdorff , ancien ministre ptenipotentiaire. M. Duchatellier, retenu par des travaux d'utilite" pu- blique , regrette de ne pouvoir se rendre au Gongres. MM. Boulange, le comte Georges de Soultrait, Philippe Beaulieux, Pailloux, Poncet, Berluc de Perussis, le comte de Galembert, le baron Chaillou-des-Barres , Le Petit , le comte de Pontgibaud, Henri Doniol, presentent leurs excuses par lettres. M. le President passe ensuite au depouillement de nombreux ouvrages oflerts au Congres, et sur lesquels M. Sellier estcharge defaire un rapport. Ces ouvrages sont : Memoires de C Academic imperiale des sciences, arts et belles-lettres de Caen. Caen, chez A. Hardel, 1855. 1 vol. in-8. Rapport verbal fait a la Societe francaise d'archeo- logie, dans la seance du 21 novembre 1854, par M. de Caumont. Caen, A. Hardel, 1856. In-8. avecgravnres sur bois. Statistique routiere de la Bassc-Normandie ; par M. de Caumont. Caen , A. Hardel , 1855. In-8. avec gravures sur bois. Exposition artislique a Caen, en 1855. Catalogue publie par ordre de Hnstitut des provinces, de T Associa- tion normande et de la Societe francaise pour la conser- vation des monuments. Caen , A. Hardel , 1855. In-8. Rapport sur ^exposition d' instruments aratoires et de produils agricoles et industriels , qui a eu lieu a COiNGRES DES ACADEMIES. 17 Caen en 1855 ; par M. J. Moriere, professeur d'agriculture du departement du Calvados. Caen , A. Hardel , 1855. in-8. Exlraits originaux d'un manuscrit cle Q. de La Fons , intitule : Histoire de la vilte de St.-Quentin , publie pour la premiere fois par M. Gomart, tome IP. et tome IIP. St.-Quentin , Doloy , 1856. Deux vo- lumes in-8. avec gravures, cartes et plans. De Vcnseigncment agricole ; par Ch. Gomart. St.- Quentin , A. Moureau , 1855 , in-8. Bulletin du Cornice agricole de Varrondissement de St.-Quentin (Aisne) , tome IV , 1855. St.-Quentin , A. Moureau, 1855, in-8. avec figures. Lettre des membres du bureau du Cornice de St.- Quentin, sur la creation d'un marche" central de bes- tiaux gras a portee du chemin de fer de ceinture de Paris. St.-Quentin, Doloy, 1856. Annates du Comite flamand de France. Dun- kerque , 1855. Bacquet , in-8. Discours pour V adoption de la marque obligatoire ; par M. Jobard , de Bruxelles. Paris, Henri Plon , in-8. Metz au moy en-age ; par M. Boulange. Gauserie archeologique ; par le Meme. Nouvelles recherches sur SturzelLronn ; par. M. Georges Boulange. Brochure grand in-8. Essai historique sur la bibliottieque du Roi, par Le Prince, nouvelle edition revue et augmentee des Annates de la Bibliotheque ; par M. Louis Paris. Paris, 1856, in-12. Le Cabinet historique , revue trimestrielle sous la direction de M. Louis Paris. 2 e . annee , l re . livraison. Janvier 1856, Paris, in-8\ 18 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. Bulletin de la Socicte Industrie He d 'Angers , 26 c . ann^e. Angers, Cosnier et Lechese, 1855. 1 vol. in-8. avec lithographie. Revue des bibliotheques paroissiales et des faits religieux de la province d? Avignon , 5 e . anne , n 08 . 1 a 12, 1855. Avignon , Seguin aine\ in-8\ Notice sur le gres d'Hetlange; par M. le colonel Hennocque. Metz , 1851. Verronnais , broch. in-8. Notice historique et statislique sur la baronnie, la ville et Carrondissement de Fougcres ; par MM. A. Bertin et Leon Maupille. Rennes , 1846. Marteville et Lefas, 1 vol. in -8. Tableau statistique de Carrondissement de Fou- geres. Carte itineraire de I'arrondissemcnt de Fougercs. Du flintier, de la culture et du betail ; Des four- rages ; Des engrais du ciel ; Le Credo agricole ; par M. A. Bertin. Pelites brochures in-32. Des chemins vicinaux ; par M. A. Bertin. Rennes, Verdier, 1853, in-8. Des me sure s a prendre pour produire la vie a bon marche 3 l re . et 2 e , notices. Des mesures a prendre pour ameliorer la viabilite agricole, 3 e . notice. La statistique des recoltes , U\ notice. La science pour tous , journal hebdomaclaire ; par M. Lecouturier. l re . annee, n. 3, 1855, in-Zi . Prospectus de la souscription nationale en faveur du monument qui s'cleve en Chonneur de I'lmma- culee-Conception f sur le roc her de Ccnmeille , au Puy (Haute-Loire). Les conferences de la Societe d 9 emulation et les CONGRES DES ACADEMIES. 19 etablissements & fonder dans la ville de Liege, epitres a M. d'Otreppe de Bouvette. - Liege , 1855 , in-8. Rapport sur les monuments historiques depar- menlaux de la Marne; par M. Chaubry de Troncenord. Chalons , 1855 , in-8. Conferences de St, -Vincent de Paul d'Autun. Autun, 1856, in-8. Bulletin de la Societe d'histoire naturelle du depar- tement de la Moselle , septieme cahier. Metz, 1855 , in-8. Memoire presente au XXIP. Cong?*es scientifique de France, reuni dans la ville du Puy , Sur Censeigne- ment agricole par les ecoles primaires. Fouilles en Sautron et decouvertes, en 1854, dans le champ de Besirais, premier et second memoires ; par M. Philippe Beaulieux. Nantes, 1855 , in-8. M. Alb. d'Otreppe de Bouvette , conseiller honoraire a la Cour de Liege, president de Tlnstitut archeologique ltegeois et secretaire-general de la Societe libre d'fimu- lation de Liege , delegue de ces deux societes , et , en outre: 1. de la Societe archeologique de Namur ; 2. de la Societe scientifique et litteraire de Limbourg, a depose les publications suivantes : 1. Proces-verbal de la seance publique de la Societe libre d'emulation de Liege , du 12 mars 185/i ; 2. Rapport fait a la nUme Societe sur les travaux de ses comites , par le secretaire-general, fevrier 1855; 3. Les causeries d'un antiquaire , 1852 ; ft. Le progr&s , 1852 ; 5. De V esprit et du coeur, on Vhommc consider e 20 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. sous le rapport de la naissance , clc I' education, de l' instruction et de {'application dcs connaissances ac- quises , 1852; 6. Necrologe, ou une fleur pour trois tombes, 1854 ; 7. Discours d' inauguration de la nouvelle salle de la Sociele libre d'emulation de Liege , fevrier 1854 ; 8. Corbeille vide. Essai de tablctles liegeoises , octobre 1854; 9. Vitalite. Essai de tablettes liegeoises , 1854 ; 10. Eclosiom Idem. mars 1865. M. Adolphe Pecard, delegue de la Society archeologique de Touraine , offre au Congres deux brochures , savoir : 1. Memoir es de la Societe archeologique de Tou- raine , tome V ; 2. Idem, tome VII. 4 e . trimestre de 1855. On remarque dans la salle la carte archeologique du departement de la Sarthe , dressee par M. l'abbe Voisin. M. Hardel, de Caen, a aussi expose des epreuves tres- remarquables de ses illustrations. Des remerciements sont adresses a MM. Hardel et Voisin. M. le President annonce qu'il va etre donne lecture des rapports pre"sentes sur les travaux de plusieurs Soctetes savantes des departements. * M. Sellier donne communication des travaux de la So- ciete" d'agriculture , commerce, sciences et arts de la Marne , annees 1354-1855. M. le colonel Hennocque rend compte des travaux de la Societe d'histoire naturelle et de TAcademie de Metz. CONGRES DES ACADEMIES. 21 M. le Secretaire donne lecture d'un rapport sur les travaux du Cornice horticole de Maine-et-Loire et de la Societe industrielle d'Angers. M. le Secretaire donne ensuite communication d'un rapport sur les travaux de laSocieHe imperiale des sciences naturelles de Cherbourg. M. Adolphe P6card rend compte des travaux de la So- ciete" arche^ologique de la Touraine. On entend un rapport presente par M. J. Travers , sur les travaux de l'Academie des sciences et arts du Calvados. M. Chatelain demande a donner ulterieurement : 1. Quelques developpements , expliqu^s a l'aide d'un modele , sur les moyens nouveaux d'eviter les accidents sur les chemins de fer ; 2. Le specimen d'une ge*ometrie du laboureur; 3". Nouveaux moyens d'epuration du grain (renvoi a la section des sciences naturelles et d'agriculture). M. de Caumont soumet au Congres deux cartes agrono- miques ; il presente des eludes sur la constitution tellu- rique du Calvados et il entre a ce sujet dans les conside- rations suivantes : TOPOGRAPHS TELLURIQUE. J'ai promis, l'annee derniere, de presenter au Congres la topographie teUurique d'une terrede 40 hectares, pour indiquer a ceux qui ne se sont pas encore livres a l'etude du sol arable , comment on peut proceder et se rendre compte des causes qui influent sur la fertilite du sol , meme a des distances tres-rapproche"es ; je m'acquitte de ma promesse , en soumettant l'esquisse d'une carte 22 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. agronomique de ma terre de Me>y-Corbon (Calvados), qui ne comprend que Z|2 hectares. Les phe'nomenes que presentent, sur ce point, les couches meubles ou cultivates, sont assez faciles a saisir , surtout depuis quelques annees que fai fait pratiquer des fosses de cloture qui ont eu pour objet Tassai- nissement du sol et la division de certaines pieces de terre d'une trop grande Vendue ; la disposition du sous- sol est partout visible et suffisamment indiquee, au moyen de ces fosses , pour que, a Tappui de la carte , je puisse joindre des coupes qui feront comprendre tous les faits qui modifient, dans cette localite , les proprietes du sol qui se presente a la surface. Quatre especes principales de terrain forment le sol superficiel dans mes 42 hectares : elles y occupent des espaces plus ou moins considerables, indiques par des teintes , sur la carte que j'ai dressee , et par des hachures difieremment combinees, sur le plan ci-joint. Terrain n. 1. Le sol le plus ancien est un terrain glaiseux qui appartient, je crois, a la formation de l'argile d'Oxford; ce terrain, d'un jaune pale , aurait, dans presque tous les cas, besoin d'etre draine; il se laisse difilcilement penetrer par Teau, et, dans les secheresses, il se fend, apres s'etre durci de maniere a g^ner les plantes dans le developpement de leurs racines. Ce terrain qui, tantot forme le sous-sol et tanl6t se pre- sente a la surface, quand les couches qui le sur- montent viennent a manquer , est tres-etendu dans les arrondissements de Lisieux et de Pont-rEv6que , et dans quelques parties des arrondissements de Caen et de Falaise. J'ai constamment reconnu que les terres cul- CONGRES DES ACADEMIES. 2U INSTITUT DES PROVINCES DE ERANCE. tiv^es sont bonnes, m6diocres ou mauvaises, suivant qu'il se trouve a nu ou qu'il est recouvert plus ou moins par les depots d'une epoque moins ancienne dont void la description. Terrain n. 2. Le d^pot qui suit est , chez moi , tres-peu 6pais; c'est une couche de 60 c . environ de silex de toutes formes, provenant de la craie, tasses dans une couche de glaise un peu chlorite^, quelque peu sableuse dans certaines places , et d'une teinte brune marbree de jaune et parfois verdatre. Quand les silex sont divises les uns des autres par la glaise dont je viens de parler, et que celle-ci est compacte autour des noyaux siliceux, ce qui a lieu souvent, 1'eau a presque autant de peine a traverser le depot que celui dont j'ai parte en premier lieu. Mais, sur certains points, les silex sont tres-nombreux ; leur ciment glaiseux n'a qu'imparfaitement penetre entre ces rognons, de forme irreguliere; et, au lieu d'etre un obstacle a recou- lement des eaux pluviales , ils en favorisent le passage : ces deux circonstances se pre"sentent chez moi, dans le meme champ, a 100 m . de distance. Sur un point, les silex accumules remplissent roffice de drains etassechent le terrain. Sur d'autres, ou ils sont cimentes par de Fargile, ils arretent Teau, et j'ai ete oblige de placer des tuyaux de drainage. On voit, par la, combien une simple modification dans l'elat mecanique du sol et dans la proportion des materiaux qui le constituent peut modifier, en meme temps les conditions de l'agriculture , et quand on reflechit a combien d'accidents de ce genre une meme exploitation, un meme champ peuvent &tre CONGRES DES ACADEMIES. f>5 soumis, on comprend & combien de complications doit donner lieu l'etude du sol meuble ; combien il est difficile de faire une carte agronomique parfaitement exacte. Mais on comprend aussi toute Tutilite de ces cartes meme generates et tracees a grands traits , pour un ou plusieurs cantons ; car les lois une fois reconnues , une fois si- gnages , c'est au proprietaire a faire a son propre sol ['application des faits ; c'est a lui d'^tudier en detail les melanges , les modifications qui se manifestent dans les diverses parties de son domaine, ou meme de son champ. Pour revenir a la couche de silex melee d'argile glaiseuse dont je viens de parler, et qui, je crois , appartient a Falluvion de la Bresse ; alluvion qui occupe , dans le Calvados, des espaces assez considerables, elle ameliore le sol inferieur ( terrain n. 1 ) quand elle le recouvre meme imparfaitement , car le silex et les parties plus ou moins incoherentes qui en proviennent, ont pour effet de diviser les glaises jaunatres et compactes du terrain inferieur. Terrain n. 3. Nous arrivons au troisieme terrain, le meilleur pour la culture : c'est une argile d'un grain fin, homogene, douce au toucher, d'un roux un peu sombre, qui occupe aussi de grandes surfaces sur les terrains oolithiques et qui forme la base des meilleurs fonds dans beaucoup de contrees de la France (Artois, Flandre , Picardie , Berry , Poitou , etc. ). C'est aussi cliez moi le sol le plus productif , et on le designe sous le nom de francke lerre , parce qu'elle n'est ni trop forte , ni trop legere ; quelle laisse filtrer Teau , ne retenant que la quantite necessaire a la vege- tation, et qu'elle peut etre labouree en tout temps, 2 26 INST1TUT DES PROVINCES DE FRANCE. quand le sous-sol est suffisamment permeable; elle occupe une partie notable de Fetendue de la terre dont j'etudie ici la constitution, et en forme la partie la meil- leure ; seulement , quand elle n'est pas tres-epaisse au- dessus de Tune des couches inferieures peu permeables , le drainage peut devenir utile; je l'ai fait pratiquer, dans ce cas , sur un point ou il fonctionne avec avantage. Terrain n. U* La derniere et quatrieme espece de terrain qui se rencontre a Montfreule , est un terrain d'alluvion qui repose dans la vallee de la Dive, tantot sur des sables calcaires, tant6t sur les couches argi- leuses precedentes. Ce sont des terres norratres ou grises , legeres , et , par consequent, tres-permeables , provenant : 1. des alluvions anciennes du fleuve et des terres enlevees an- ciennement aux contrees situees en amont , a plusieurs lieues de distance ; 2. des detritus vegetaux accumules, pendant des siecles, dans les terres en prairies. Quelques parties de mes herbages presentent encore , a leur surface, ce terrain noir, qui doit provenir de de- tritus vegetaux, d'engrais repandus en quantite consi- derable , et d'un long sejour des animaux et des matieres diverses sur le sol. Ces circonstances ont pu etre indiqu^es par des signes particuliers sur la carte. Voila done les quatre types de ma terre de Mont- freule ; mais ils n'ont pas la meme epaisseur dans Pespace qu'ils ocenpent chacun : e'est ce que montrent les coupes que j'ai figurees et qui accompagnent la carte. II en resulte necessairement dans la surface occupee CONGRES DES ACADEMIES. 27 par le meme sol , des differences de qualites , car la profondeur est chose importante ; il en resuite aussi des melanges operes depuis long-temps par la charrue qui peut, dans certains cas , penetrer jusqu'a la couche immediatement inferieure , quand la superieure est tres- mince et presque transparente , pour me servir de l'expression naive, mais tres-vraie, d'un laboureur. Ainsi, quatre types principanx, quatre especes bien distinctes peuvent, par une suite de circonstances qu'il est facile de prevoir et d'expliquer, produire au moins une douzaine de sols differents ; mais ce ne sont que des va- RIETES DES DEGRADATIONS DES ESPECES PRINCIPALES. Ce que je viens de dire de ma terre de Montfreule peut s'observer sur de plus grands espaces, avec autant de clarte; seulement, plus on etendra les observations, plus les sous-sols pr^senteront d'especes : le terrain n. 1 , qui appartient , chez moi , a une formation qui n'a point etc" transported ou remaniee (Fargile d'Oxford), sera different, si on examine le sol d'une exploitation dont la base solide appartient aux terrains de transition ; il sera different encore , si Ton explore une localite reposant sur le lias ou sur la grande oolithe. Mais la couche n\ 3 , la franche terre , cette* argile qui forme un manteau si uniformement repandu en France , et, dit-on, dans les regions les plus e'loignecs , se retrouve sur presque tous les terrains avec des caracteres a peu pres iden- tiques. Seulement, le manteau n'est pas complet; il est dechire bien souvent et completement use", et laisse a nu les couches inferieures. Gelles-ci sont elles-memes inegalement developpees, et il resuite de toutes ces denudations des contours, des dechiquetures , qui feront de la carte agronomique d'un pays, quand elle pourra 28 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. etre faite en detail, une carte plus compliquee, qtianl aux circonscriptions, plus difficile et beaucoup moins nette que la carte geologique. De la determination des sols telle que je viens de la faire pour mes 42 hectares, resulte n^cessairement la connaissance du traitement le plus rationnel a employer , quant aux amendements. On sait, a n'en pas douter, quelles parties ont le plus besom d'etre assainies par le drainage ; quelles parties doivent etre surtout traitees par la chaux , remede trop peu employe dans le Pays- d' Auge , contree ou les terres glaiseuses et impermeables occupent tant de place. Mais ces connaissances, si elernentaires , d'ailleurs , rentrent dans Tapplication des methodes et des pratiques agricoles, et je n'ai voulu que montrer comment on peut, chacun danssa localite, observer son sol, Tetudier et fournir ainsi quelques elements pour la statistique ou la geographie du terrain meuble. Abstraction faite des labours et des ameliorations arti- ficielles; ce terrain meuble , encore si peu eludi^ , forme la base de la richesse agricole de la France. Quelque mauvais qu'il soit , il peut deveuir productif par le travail et les amendements; il est done important de le bien con- naitre pour lui appliquer le traitement le plus rationnel. SECONDE CARTE. L'autre carte agronomique est celle d'une terre de 80 hectares , situee a 1U lieues de la prexedente , et dont le sol arable repose sur l'oolithe inferieure , le lias et un sable tertiaire siliceux. (es terrains arables que j'ai indiqugs a Montfreule v CONGRES DES ACADEMIES. 29 se retrouvent ici avec cette difference que le n. 2 est d'une nature differente du n. 2 de Montfreule : il est plus epais , plus glaiseux , et renferme des silex qui ne sont pas ceux de la craie, mais bien ceux que Ton trouve au-dessus des roches calcaires secondaires. C'est une argile peu permeable, qui a besoin d'etre drained. Le sous-sol geologique, par sa propriety absorbante ou non absorbante , determine des differences dans le trai- tement d'un meme terrain, et le sol arable est, en general, moins humide sur la grande oolithe que sur le lias. C'est ce qui a lieu dans l'exploitation dont je pre- sente la carte. Des remerciments sont votes a l'auteur du travail. La Stance est lev^e. Le Secretaire-general , Ch. Gomart , Membre de rinstitat des provinces. SECTION D' AGRICULTURE. SEANCE DU 25 MARS. ( Pr&idence de M. le comte de Vigneral. ) La seance est ouverte a 11 heures. Siegent au bureau : MM. de Caumont, le baron de TOCQUEVILLE, DE GOURCY , DE BRYAS , PONSARD , DE MoNSEiGNAT,ancien depute, president du Cornice agricole de i'Aveyron. 30 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. M. le President donne lecture de plusieurs questions qui doivent occuper la section et propose immediatement Texamen de la suivante , sur laquelle M. de Tocqueville a la parole. Son Excellence le Ministre de Finstruction publique ayant annonce, dans un recent rapport, Tintenlion de faire professer Pagriculture dans les ecoles normales des instituteurs primaires, quel devra etre cet ensei- gnement ? Quel plan le professeur qui en sera charge devra-t-il suivre pour rendre ses lecons pratiques et vraiment utiles aux jeunes instituteurs ? M. de Tocqueville commence par exprimer Pimportance d'un enseignement , sorte d'apostolat agricole qui , par le concours de tous les hommes veritablement pene'tre's de la necessity de repandre la connaissance et le gout de Tagriculture , assure ses progres et prepare la prosperity du pays ; il insiste sur les rares et nombreuses quality que doivent reunir les professeurs pour remplir digne- ment leur apostolat , et la penurie des sujets capables actuellement de repondre a tous les besoins; presque tout est a creer , la science et la methode. C'est pour cela qu'il croit devoir s'adresser aux classes de la societe, que leur instruction et leur caraclere investissent d'une autorite favorable au succes de Tenseignement agricole : c'est d'en haut que Texemple et la legon doivent descendre sur le peuple et comme Tenfance seule est apte a recevoir des impressions profondes et durables , il pense que les colleges doivent ouvrir des chaires d'agriculture, qui de bonne heure contribuent a developper un sentiment d'estime et de v6nration pour une science aussi feconde en r^sultats utiles , comme aussi a determiner des voca- tions que le hasard ou des circonstances assez rares font CONGRES DES ACADEMIES. 3i eclore trop tard et en trop petit nombre dans la direction donnee aux generations actuelles. Le Gouvernementest entre dans une voie qu'il convient d'agrandir et d'eclairer ; le clerge accepte et doit accepter avec empressement le role que lui assigne son rang et sa position au milieu de nos populations rurales ; les insti- tuteurs auront a recevoir et a transmettre a leur tour ces notions elementaires qu'il importe de mettre a la portee de toutes les intelligences; ils seront moins appeles a donner des lecons qu'a faire aimer ethonorerragriculture : leur role est modeste , mais important plus qu'on ne le croit , et leur concours est indispensable par l'influence qu'ils exercent sur l'esprit de leurs jeunes eleves comme sur celui des hommes qui autour d'eux n'ont pas recu le bienfait de l'education au meme degre. L'honorable membre conclut a ce qu'il y ait concert energique d'efforts de la part de tous ceux qui ont mission d'instruire par la parole et par l'exemple a Teffet de combattre lesprejuges nuisibles aux progres de l'agri- culture , de repandre les precedes et les connaissances propres a la faire prospe>er , enfin , de diriger dans une carriere jusqu'a present p^nible et peu avantageuse , tant de capacites intellectuelles perdues pour cette science. II saisit l'occasion de rendre un hommage mrite a la pensee creatrice de l'etablissement , a Beauvais , d'une ecole normale , accueillie avec empressement par la faveur publique , favoris6e par Teveque et par le pre"fet, et dontl'enseignementestconfiea d'6minents professeurs. II fonde sur cette 6cole et sur la publication prochaine d'un traite classique , prepare* par un de ces hommes de cceur et d'intelligence , M. Gossin , qui s'est dvoue a Tenseignement agricole avec un zele apostolique, par 32 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. consequent desinteresse , les plus belles esperances pour les progres de Tagriculture. M. de Caumont reconnait la justesse des considerations developpees par M. le baron de Tocqueville; mais la question du programme n'a pour but que de determiner quelle devra &tre Tetendue de Tenseignement agricole dans les ecoles normales d'instituteurs primaires , et c'est a la question ainsi restreinte qu'il voudrait que le Congres s'attachat. Pour lui, il est convaincu que la ligne directe etant la plus rapide , il faut absolument mettre en ceuvre les institnteurs primaires, pour inspirer, des lejeune age , aux enfants des campagnes le gout de Tagriculture et leur donner des notions generates dont on est e"tonne de les voir depourvus. Rien n'est plus facile que d'initier ces instituteurs aux connaissances qu'ils seront charges de r^pandre. Une lecon par semaine dans Tecole nor- male, si elle est bien faite, leur enseignera ce qu'ils auront pour mission d'apprendre aux autres. Par leur contact avec la population agricole ( fermiers et proprie- taires), les instituteurs primaires peuvent beaucoup pour la propagation des bonnes pratiques. lis pourront faire, chacun dans leur commune , ce que font, dans leurs conferences nomades, les professeurs d'agriculture. M. de Bouis ne voudrait pas que les instituteurs sor- tissent de leurs fonctions en donnant des lecons qu'ils sont en general incapables de faire, car ils ne sont et ne doivent etre ni chimistes, ni geologues; il reconnait d'ail- leurs que la jeunesse accueille avec plaisir un enseigne- ment plein d'interet, quand il est dirige a\ec intelligence. M. Bourjot craint que les eleves des colleges , si on y introduit l'enseignement de ragriculture , comme on parait decide a le faire, ne suivent pas sans rCpugnance ces CONGRES DES ACADEMIES. 33 nouveaux cours, qu'ils regarderont comme des etudes d'un ordre secondaire ; ils consentiront a faire des collec- tions comine objet d'amusement, et n'attacheront qu'une faible importance a des connaissances dont ils ne voient pas pour eux l'application immediate ; c'est du moins ce qu'il a observe chez les Aleves de Paris, sans nier qu'il peut en etre autrement dans les provinces. M. J. de Valserre regarde l'enseignement agricole comme une des questions les plus importantes qu'on puisse agiter ; il la place au meme rang que la question du credit public et celle de Education ; il deplore I'oubli des eludes agricoles dans le programme universitaire ; il a public, en 1846 , un ouvragesur l'utilite d'un cours d'economie rurale qui serait applicable a tous les degres de r^chelle sociale , et surtout a l'arme'e ; il insiste sur les avantages qu'en retirerait l'agriculture qui recevrait des serviteurs ou des colons a la fois instruits et bien prepares au travail des champs. M. Sellier reconnait Futility de l'enseignement agricole et le comprend dans les coles primaires et normales , il ne peut le concevoir dans les colleges, dont les etudes sont si multipliers , les travaux deja si nombreux et si lourds, qu'il ne voit pas comment il serait possible d'admettre de nouvelles chaires ; Texperience lui a appris combien il est difficile deja de remplir completement les conditions du programme actuel. Est-il permis d'esprer de bons resultats d'un plan d'etudes encore plus etendues? Un membre fait remarquer que Tagriculture varie ses formes et ses procedes d'un departement a un autre; chaque canton a sa culture speciale, appropriee a la nature du terrain ; un traite general ne saurait suffire ni convenir a toutes les ecoles; il faudrait des trailes speciaux pour les diverses localites. 3ll INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. M. le President approuve hautement les 6coles regi- mentaires d'agricuiture , dont il proclame les avantages a tous les points de vue : il declare la discussion generate close et propose Pexamen du plan des cours professes a Beauvais, non comme type et modele, mais comme un simple guide pour arriver a la determination du programme special qui pourrait etre adopte. Il donne ensuite lecture du titre des huit sortes de lecons qui com- prennent le systeme destruction applique* a cette 6cole. Il est decide qu'une commission sera charged de pre- senter , dans une stance prochaine , un plan conforme a la pens6e qui a guide M. le Ministre de Pinstruction pu- blique, et qui permette de formuler le programme, s'il est possible , d'un enseignement agricole , propre aux ecoles normales. M. le President de"signe trois membres : MM. de Bouis, Sellier, secretaires-generaux , et Ponsard, delegue de Chalons , pour former cette commission ; il les prie de tenir leur rapport pret pour la seance d'apres-demain jeudi. La seance est levie a 1 heure. Le Secretaire , Valat, Ancien recteur, membre de l'lnstitut des provinces, SECTION D'ARCH^OLOGIE ET D'HISTOIRE. SEANCE DU 25 MARS. ( Presidence de M. le comte de Mellet ). La seance est ouverte a 1 heure. Sont appeles a sieger au bureau : MM. de Caumont , CONGRES DES ACADEMIES. 35 baron de Langsdorf , vicomte de Cussy , comte de Mailly, vicomte de Bonneuil. M. Jules Pautet, en l'absence du titulaire, est appele au bureau comme secretaire. M. le President denaande si quelques membres se proposent de traiter la dix-septieme question : aucun des membres ne prenant la parole, il passe a la question vingt-deuxieme. Pourquoi l'archeologie romaine a-t-elle si peu pro- gresse depuis Danville ? Quels seraient les moyens de raviver Tetude de la geographie ancienne de laGaule ? M. de Caumont d^veloppe cette question , il parle du grand travail de M. Walckenasr sur ce sujet; tout en rendant justice a ce savant illustre, il demontre qu'il a commis des erreurs et qu'il reste beaucoup a faire. 11 apprecie a leur juste valeur les travaux des Societes locales ; il les presente comme tres-remarquables , mais il dit aussi qu'il faudrait des travaux plus etendus; il fait pressentir la perte toujours de plus en plus im- minente des traces des anciennes cils romaines. Il voudrait que les Society se missent en rapport les lines avec les autres pour faire un travail general. M. le President demande que des prix soient proposes pour exciter les explorateurs. M. de Caumont parle du travail , deja important , des officiers d'fitat-Major charges de la carte militaire de la France, relativement au trace" des voies romaines; ils ont rendu , dit-il , a cet egard , de grands services. II propose d'ouvrir un credit aux Societes savantes pour faire operer des recherches dans chaque circonscription. Les agents-voyers pourraient ,- sous leur direction, faire des explorations utiles. 36 1NSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. M. Sellier ne pense pas que les agents-voyers puissent donner des indications utiles, mais il croit qu'il est ne"- cessaire de mettre en demeure les Society savantes de faire faire des recherches dans leurs circonscriptions respectives. Le secretaire donne lecture du projet de vceu , tel qu'il Pa redige" ; il est ainsi formula : Considerant que les nombreux travaux publics et privet qui sillonnent le sol de la France, menacent de faire disparaltre a tout jamais les traces de toutes les voies romaines et celles des anciennes cites ruinees de cette periode. Considerant qu'il y a urgence de prescrire des travaux generaux, qui puissent donner des indications certaines sur Tancienne geographie romaine. Attendu que les Societes savantes locales ont deja fait des efforts remarquables et souvent couronnes du plus satisfaisant succes. Considerant qu'elles sont seules 'en position d'operer des recherches utiles. Mais attendu que leurs travaux isoles ne permettraient pas de presenter un travail d'ensemble suffisant , si elles restaient dans Fisolement. Considerant que, par sa situation centrale, leCongres peut imprimer le caractere de generalite desirable aux recherches sur ce grave sujet. Le Congres emet le vceu suivant : Art. 1". Les Societes savantes sont invitees a faire operer des recherches actives , pour retrouver les traces des voies et des anciennes cites romaines , dans le but de fixer, autant que possible, la geographie ancienne des Gaules, CONGRES DES ACADEMIES. 37 Art. 2. Elles devront choisir dans leur sein, ou en de- hors de leur Compagnie, des hommes actifs et intelligents qui seront charges des recherches, sous leur direction. Art. 3. Leur travail sera accompagn6 de cartes bien dressees , qui seront envoyees a Tlnstitut des provinces , avec les remarques qu'elles jugeront utiles pour Tintelli- gence desdites cartes. Art. lx. Le Congres pourra , quand il le jugera con- venable , dresser la carte generate de l'ancienne geogra- phic des Gaules. M. Valat lit une notice pleine d'interet sur un aqu^duc romain , destine a porter des eaux potables a Rhodez. Get aqueduc , conserve sous terre , a quelque metres de pro- fondeur, a ete decouvert sur un parcours de 2lx kilometres par les efforts de la Society d'archeologie de l'Aveyron. Des remerciments sont adresses a Tauteur par M. le President. M. Challe demande des explications, et signale Tinteret que presente la presence d'un siphon dans Taqu&luc romain , dont vient de parler M. Valat. M. Valat rappelle que les Romains connaissaient le siphon. L'aqueduc a 6te decouvert sur un parcours de 2lx kilometres , et la disposition de ces restes de Taqueduc laisse penser que le siphon existait. M. de Caumont parle de Taqueduc romain de Lyon , qu'il a decrit dans le tome 3 e . de son Cours d'antiqiiites, il dit que les traces du siphon y existent d'une maniere certaine ; il ajoute que des tuyaux de plomb , decouverts a Aries , annoncent la presence d'un siphon au moyen duquel Teau passait d'un cote du fleuve a Tautre en suivant le fond du lit. 38 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. M. le President demande aux membres qui doivent faire des communications s'ils sont prets. La question de savoir a quelle epoque du moyen-age on a commence a v6tir les statues , ayant 6te posee , sera traite'e dans une prochaine seance. M. le President voudrait que les instituteurs primaires qui vont etre appetes a la diffusion des bons principes d'agriculture, fussent appeles aussi a recevoir des notions d'archeologie , afin de pouvoir, au besoin , donner des avis utiles sur la reparation des monuments. M. de Caumont insiste pour que Ton donne aux in- stituteurs des notions elementaires d'archeologie. M. le President donne lecture de la formule de voeu que le Congres aurait a emettre. M. de Bonneuil pense que Tintervention des instituteurs seraitdangereuse; queleur orgueil grandirait, etquecela formerait de grandes discordes dans les communes et eleverait des conflits. M. Raimbaut appuie les observations deM.de Bon- neuil , et il demande que, dans le voeu exprime\ on sub- stitue le mot conservation au mot reparation. II demande que quelques lecons soient donn6es aux eleves, afin qu'ils acquierent le sentiment de Tart , et puissent intervenir seulement pour la conservation. M. Pernot appuie les observations de M. Raimbault. M. Sellier pense que Ton ne doit pas fixer la nature ni le nombre des lecons. M. le President developpe la pensee du vote qu'il a redige' : il dit qu'il ne s'agit en rien d'une autorite a con- ferer aux instituteurs , de collision et de conflits ; c'est une influence utile qu'il demande et une intervention CONGRES DES ACADEMIES. 39 modeste. II lit de nouveau sa formule , modifiee d'apres la discussion ; die est ainsi redigee : Le Congres emet le vceu que, dansles gcoles normales destruction primaire, quelques notions d'arcbiologie soient donnees aux eleves instituteurs. Cet enseignement se bornera aux notions e'lemen- taires, et tellesqu'on peut les donner en quelques lecons. Le vceu est adopte. La stance est lev6e a 2 heures 1;2. Le Secretaire , J. Pautet, Ancjen sous-prtfet, BEAUX-ARTS. SEANCE DU 25 MARS. (Presidence deM. Dumon, ancien ministre des travaux publics*) Sont appetes a sieger au bureau : MM. Boulatignier , conseiller d'Etat ; comte de Montlaur , delegu de TAllier; Ghalle , deTYonne; baron de Langsdorff ; Dubois , de la Loire-Inferieure ; le baron Doyen, de TAube ; M. Sellier , secretaire-general de la session. M, le President lit la 28 e . question , ainsi concue : Utilite d'une bibliographie provinciale. La parole est a M. Boulatignier pour traitercette question. Selon Flionorable membre , il y aurait a entreprendre , 40 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. dans les diverses provinces, un travail d'une reelle im- portance : il consisterait a 6crire la vie des hommesdebien de la province , des hommes qui ont e" te" utiles et dont le nom s'est conserve" dans la m^moire des populations. Un grand nombre de ces biographies , il est vrai , ont ete" composees , mais enfouies trop souvent dans les recueils acad^miques , dans les annuaires volumineux ; elles n'ont pas la publicite qu'elles devraient obtenir. Ces eludes biographiques d'ailleurs, bien que trait^es trop brievement par les families de ces hommes 6minents ou par leurs amis , sont trop longues pour le peuple. Il faudrait faire descendre ces biographies dans les classes populaires. Ces Merits moraux et instructifs pourraient se composer de la sorte : Un petit volume contiendrait Thistoire som- maire de la province ; un autre donnerait des details sub- stantiels sur les departements entre lesquels s'est divis^e l'ancienne province et sur leur situation par rapport a la France entiere. Quant aux volumes comprenant les bio- graphies proprement dites , leur nombre varierait natu- rellement suivant que la province aurait produit plus ou moins d'hommes eminents, dont on croirait utile de pro- pager 1& memoire dans les masses. 11 faudrait surtout s'attacher a montrer qu'en France, sous tous les regimes et a toutes les epoques , les hommes qui ont uni le talent a la perseverance et a Tesprit de conduite , sont arrives a occuper un rang honorable dans la societe , et souvent meme ont occupe les postes les plus eleves. Il importerait de faire voir que les distinctions, la reconnaissance des populations viennent chercher le me>ite partout ou il se trouve , aussi bien dans l'ombre des provinces que sur un theatre plus brillant; et que, si d'un cote, le prestige semble plus grand: -* major a CONGRES DES ACADEMIES. 41 longinquo reverentia, le reste n'est pas moins im- portant, (Tun autre cote, et tout aussi digne de Testime et du respect de tous. Cette improvisation de M. Boulatignier , pleine de chaleur et dMclat , est accueillie par les applaudisse- ments de l'Assemblee. M. le President donne ensuite la parole a M. Tissier , pour traiter la question inscrite au programme sous le numero 31 : Des nouveaux procedes de gravure et d'impres- sion , et des services qu'ils peuvent rendre pour la a multiplication des figures a bon marche dans les pu- ce blications scientifiques. Tissterographie , helioplastie , impressions photographiques. M. Tissier communique au Congres , qui les examine avec le plus vif interet , diverses planches qu'il a ap- portees, et des dessins de plusieurs sortes ; il donne les curieux renseignements suivants sur le procede qu'il a invente , et qui porte son nom , la TissieTOgraphie. Apres deux ou trois annees d'essais et de tatonne- ments, M. Tissier est arrive a ce r^sultat, de graver sur pierre toute espece de dessins. Des 18/il, il livrait des dessins sur pierre , ayant la hauteur du caractere typographique , et remplissant toutes les conditions de la gravure sur bois , sans en avoir les inconvenients si sou- vent signals par les editeurs de livres illustres. Le dessin grave sur bois est l'oeuvre de deux artistes , dont Tun se plaint sans cesse de Tautre. Charlet , cet improvisateur si fecond et si populaire , se d^solait d'etre si mal in- terpret par ses graveurs sur bois , qui trahissaient sa pensee et la rendaient presque inintelligible. Charlet , 42 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. dont la main tremblait, surtout dans les dernieres annees de sa vie , ne pouvait se servir ni de la plume , ni du crayon lithographique. C'est sur ses instances reiterees que M. Tissier chercha un proce^de" pour mettre en relief les dessins executes a la mine de plomb ou a l'encre ; il y a reussi completement. Plus tard , pour 6viter un incon- venient grave qui faisait h^siter les editeurs , et consistait dans le poids des pierres et le trop d'emplacement qu'elles exigent, il s'occupa de dcouvrir un moyen de les rem- placer par des plaques de m6tal : le zinc ne pouvait etre employe, Tacier s'oxyde facilement; restait le cuivre. II fallait done faire de la lithographie sur plaque de cuivre. En 1836 , le probleme etait resolUi L'atelier de M. Tissier a ete ouvert pendant huit ann6es ; il a grav6 seul, n'ayant communique son secret a personne, toutes les planches qu'il fait passer sous les yeux des membres du Congres.M. Tissier verrait avec plaisir qu'une commission fftt nominee pour examiner sa decouverte. Le Congres accueille avec faveur sa demande. Cette com- mission, nominee par M. le President, se compose de MM. Payen, Thiollet et Paul Durand. La seance est levee a 3 heures 1/2. Le Secretaire, C te . Ellg. DE MONTLAUR , Membre de rinstitnt des provinces. CONGRES DES ACADEMIES. 43 SEANCE GENERALE DU 25 MARS. ( Pr6sidence de M. Pa yen. ) M. le President appelle au bureau MM. Dumon, Boulatignier , marquis de Saint-Seine , Challe et comte Olivier de Sesmaisons. M. E. Gayot remplit les fonctions de secretaire. M. Gomart , l'un des secretaires-generaux , donne lec- ture du proces-verbal de la seance generate du 2U mars- II est adopte sans reclamation. M. Valat, secretaire de la premiere section (agriculture et industrie), donne lecturedu proces-verbal de la seance du 25 mars. M. Jules Pautet, secretaire de la deuxieme section (archeologie et histoire), donne lecture du proces-verbal de la premiere seance de cette section. M. de Caumont donne lecture de la correspondance. M.le marquis de Bryas fait hommage au Congres de ses publications Sur Vart de dessecher les terres. La Societe d'agriculture de la Haute-Saone delegue au Congres MM. le marquis d'Andelarre et Hebert; La Societe" des sciences historiques et natu relies de TYonne, MM. le baron Chaillou-des-Barres, le marquis de Tanlay et Challe. II est fait au hommage au Congres : Par M. Besnou, d'un memoire manuscrit intitule : Recherctics sur Voi&ium aurantiacum ; Par M. Jules Pautet , d'un livre dont il est l'auteur , in- titule" : Le btason ou code heraldique ; M INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. Par M. Louis Coussemaker, Des sources et monuments du droit francais; ParM. Andre" Salmon, des Notices archeologiques sur Noudtre, Pouzay et MarciUy ; Par M. Sellier , (Tun Rapport sur ta contrefacon, a Vetr anger, des vins de France, et specialement des vins de Champagne; et de deux discours d'ouverture qu'il a prononces : Tun au Congres archeologique de 1855, l'autre dans la stance publique de la Sotitete d'agriculture de la Marne. L'ordre du jour appelle la discussion de Particle 2 du programme , ainsi concu : Quels ont &6, en 1855, les progres de l'agriculture et des industries qui s'y rattachent? IMPROVISATION DE M. PAYEN. M. Payen a la parole. II annonce qu'il commencera par quelques considerations generates sur la direction dans laquelle on doit ehercher aujourd'hui le progres en agriculture* L'agriculture doit sortir du cercle dans lequel elle se tenait enfermee autrefois. II faut qu'elle appelle a son aide et s'associe toutes les autres sciences. Le Congres des academies sera tres- utile , en contribuant a mettre en lumiere cette verity, et en demontrant non-seulement que Talliance de la science et de la pratique est possible , mais encore que leur reunion est desormais la condition indispensable du succes en agriculture. Qu'est-ce en effet que la science, si ce n'est la pratique elle-meme eclair^e? La science estune collection de faits controles et expliques ; il n'y a done point de contradiction possible , mais au C0NGRES DES ACADEMIES. Ub contraire une connexion etroite entre la science et la pratique. Grace a cette alliance , Fagriculture est devenue bien plus attrayante qu'autrefois. Elle ne demande plus seule- ment une depense de forces physiques ; Tapplication des sciences la rend digne des esprits les plus eleves , et lui ouvre, dans le domaine de l'intelligence , des horizons nouveaux et etendus. (Test ainsi que les machines viennent se subslituer, en mille circonstances, aux efforts muscu- laires et rendent deja d'immenses services , en accelerant le travail, en diminuant la defense, en angmentant les produits. Les machines a vapeur locomobiles trans- portent, a la volonte du maitre, leur puissante action, non-seulement dans les diverses portions d'une exploi- tation , mais d'une ferme a une autre. Les industries, annexees aux exploitations rurales, ont le double avantage : de transformer sur place les produits bruts de la terre en produits plus facilement vendables et a un plus haut prix , et surtout d'utiliser les residus qui sont presque completement perdus dans les fabriques purement industrielles. Les industries agricoles ont en- core cette immense utility de transporter en dehors des villes Tindustrie qui s'y rencontrait exclusivement, et qui , sous plusieurs rapports , leur etait fatale. Cette re- volution bienfaisante fixera dans les campagnes les capi- taux et les intelligences ; elle detruira Tabsenteisme. Apres ces considerations generales , le savant academi- cien aborde la question des progres faits, en 1855, par les sciences agricoles. II cite d'abord les notions nouvelles et precises , sorties des circonstances meteor ologiques de Panne" e qui vient de s'ecouler et qui interessent si vivement l'agriculture , 46 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. en detruisant les faux prejuges corpus au sujet des maladies des vegetaux. Beaucoup de cultivateurs , mal instruits ou prevenus, d^clarent que la maladie qui a frappe plusieurs des plantes les plus precieuses pour rhomme , est due a la d6genrescence de ces plantes. L'annee qui vient de s'ecouler de'montre jusqu'a Fevi- dence la faussete de cette theorie. De toutes parts , les preuves affluent que certains vegetaux , pr^tendus d6g6- ne>6s, comme la vigne et la pomme de terre, ont donne, en 1855 , une recolte abondante et saine. Les ceps de vigne, si malades dans les annees precedentes, ont montre, Pan dernier, une vegetation luxuriante. 11 est done Evident , pour tous les hommes instruits et v6rita- blement observateurs, qu'il n'y a point de d^generescence dans les vegetaux malades ; que la cause du fleau qui les a frappes est tout exterieure , et que , si Ton parvient a detruire cette cause , reflet est aussi immediatement d&ruit, et les vegetaux atteints reprennent leur vie normale. Pourquoi Toidium a-t-il te moins intense en 1855 ? Evidemment parce que la cause generate a cesse. Les circonstances meteorologiques ont ete meilleures ; la ma- ladie a notablement diminue" ; que ces circonstances de- viennent opposees a ce qu'elles etaient les annees prece- dentes , et la maladie disparaitra enlierement. Les germes des affections qui ont si gravement atteint les vegetaux sont toujours en suspension dans Patmos- phere ; mais ils ont 6te" developpes avec une incalculable fecondite par un concours de circonstances tres-favorable a leur propagation , depuis 1851 jusqu'a 1855, Dans cette serie d'annees, en effet, se sont succ^de, sans interruption, des hivers doux et humides, sans pluies , CONGRES DES ACADEMIES. [\1 sans neiges, tres-favorables par consequent au d^velop- pement des plantes cryptogamiques. La neige agit en effet dans l'atmosphere a la maniere de la precipitation dans les liquides ; elle pr^cipite les corpuscules, les spo- rales en suspension dans Tair , les entraine dans le sol et les aneantit. Le froid vif , la temperature tres-basse produit a peu pres les memes effets. Une autre preuve que roiidium n'est point une dege- nerescence des plantes , se puise encore dans les moyens qui ont reussi pour le combattre. Les remedes externes ont suffi partout ou les horticulteurs les ont employes avec adresse et perseverance. La fleur de soufre, insufllee sur la vigne attaquee, detruit infailliblement Toidium. II suffit de pratiquer cette operation trois fois, avant la fleur, apres la fleur, et un peu avant l'^poque de la maturite des raisins. Cette annee , un cultivateur du Midi , M. Mares, a prouve que ce procede, jusqu'ici regarde comme applicable sur une petite echelle et dans Ten- eeinte des jardins , pourrait etre applique a la grande culture : il Ta pratique^ sur 72 hectares de vigne , avec un succes extraordinaire. Ses vignes ont 6te entierement soustraites a rinfluence de roidium , tandis que les c6- pages strangers qui les entouraient ont e"te* infectes. M. Mares n'a pu rend re que ce service a la science. Par ses experiences directes, faites au microscope avec un soin extreme , il a observe quel etait Teffet du soufre et de quelle maniere il agissait. Il s'est convaincu que, par- tout ou une parcelle de soufre penetre , la plante crypto- gamique est atrophiee et perit. C'est un fait dja avance et afflrme, sans doute, mais prouve maintenant d'une maniere precise et irrefutable par Tobservation perse- verante de M. Mares. US INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. L'application de ce proc6de" a la gu^rison de la vigne a encore servi a d^montrer un fait, deja acquis a la science , a savoir que le soufre , substance fixe et qui n'entre en ebullition qu'a un degre" de chaleur tres-eleve, peut se volatiliser dans Pair, a toutes les temperatures. Un jardinier , au lieu de projeter la fleur de soufre dans Fair , Pa repandue dans un tube rempli d'eau chauffee a soixante degres; Toidium s'est trouve" parfaitement atteint et detruit par ce procede" , ce qui prouve catego- riquement que le soufre envoyait ces emanations dans Tatmosphere ambiante et sur les plantes ainsi soumises a son action. II y a une experience du laboratoire qui d6- montre ce fait scientifiquement. Geci est encore un exemple de Tappui que la science et la pratique se pretent mutuellement , en agriculture. Mille autres faits pourraient etre cites pour prouver que la degenerescence des plantes n'est point la cause des alterations subies , dans ces dernieres ann6es. M. Payen , trouvant cette consolante v6rite" suffisamment etablie, s'abstient de les citer, et passe a un autre ordre de progres, aux ameliorations relatives aux sub- stances alimentaires. On a beaucoup cherche les moyens de remplacer la pomme de terre ; on a propose successivement , dans ce but , des tubercules feculents de diff^rentes especes ; mais, il faut bien en convenir, aucune de ces plantes ne parait jusqu'a present capable de detroner la gracieuse solan^e que nous devons a Parmentier. Les faits observes ne sont pas d'ailleurs assez nombreux , ni assez consi- derables. Peut-etre peut-on recommander aux culti- vateurs le Dioscorea Japonica, igname tres-productif qui croit a merveille dans notre climat et donne des CONGRES DES ACADEMIES. 49 racines feculentes d'nn volume extraordinaire. Dans les terrains riches et profonds, la recolte peut s'elever a 80, a 100 mille kilogrammes par hectare. Dans les sols moins profonds et plus maigres, l'igname peut de meme russir ; sa racine se courbe alors et se developpe assez bien encore , mais donne pourtant des produits moindres. L'inconvenientde cette plante est que sa culture est dispen- dieuse^tqu'illui faut plus d'une ann^e pourse d^velopper. [1 y a plus de progres a constater dans les process employes pour la conservation des substances alimen- taires. L'Exposition universelle contenait , en ce genre , des 6chantillons tres-remarquables, venus de toutes les parties du monde. Certains proced6s, cependant, qui avaient ete prongs et qui donnaient beaucoup d'esperance , ont Cchoue. Les viandes enroulees de gelatine , par exemple , n'ont pu resister aux causes d'alteration qui tendaient a les cor- rompre. Une de ces causes, la plus puissante et la plus funeste, est Talteration de Tenveloppe ge'latineuse meme. On propose, en ce moment, de la rendre imputrescible par Temploi du sulfate de fer. 11 convient d'attendre le re- sultat des essais tentes dans ce sens. Mais d'autres procedes de conservation ont e"te des ameliorations positives. Le procede Appert, si connu , a et6 applique* partout avec un succes complet. 11 consiste , comme chacun le sail, a renfermer les substances ali- mentaires dans des vases en verre ou en fer-blanc , a remplir les vides avec un liquide quelconque , a souder herm6tiquement les vases, et a les soumettre, dans un bain-marie, a une temp6rature de 100 degres. Gay- Lussac a de'montr^, par une experience aussi inte>essante qu'irrelutable , la th^orie scientifique de ce procede. II a 3 50 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. prouve qu'apres Tebullition , il ne restait plus dans les vases (Toxygene libre , cet agent indispensable de toute fermentation, Gette th^orie est la base de tous les pro- cedes de conservation qui ont paru a PExposition ; mais celui d'Appert est a la fois le plus simple et le plus sur. Cependant ce procede", reconnu comme infaillible jusqu'en ISlxl , a semble n'etre plus suffisant depuis que quelques fabricants de conserves ne reussissaient plus , au moins pour certains produits ; de la de nombreuses plaintes qui ont oblige* plusieurs d'entr'eux a chercher des moyens plus certains d'eviter les alterations. D'ou venaient ces alterations ? C'est une question difficile, et surlaquelle on en est encore reduit aux hypotheses. On peut dire, par exemple , que les ferments ont pu contracter une activity et une intensity plus grandes, par suite de la temperature exceptionnelle de ces dernieres annes. Les ferments ne sont autre chose que de petits veg6taux. Parmi eux , il y en a de tres-resistants a des temperatures tres-elevees comme a des temperatures tres-basses. L'o'idium du pain, par exemple , nomme o'idium aurantiacum a cause de sa couleur rouge orangee, possede la propriete bien singuliere de voir ses semences ou ses germes resister a une chaleur de 120 degres. Quoi qu'il en soit, le moyen de rendre infaillible le pro- c6de Appert a ete trouve par son successeur, M II consiste a elever la temperature, dans les vases, au-dessus de 100 degres , au moyen de chaudieres couvertes ou autoclaves , et d'un jet de vapeur. On a observe que les petits pois exigeaient une temperature de 110 degres, les haricots verts, 102 , etc. Le meme fabricant est parvenu a conserver la viande sous des volumes considerables , et , en la desagregeant beaucoup moins , en la mettant crue CONGRES DES ACADEMIES. 51 dans une grosse boite, dont tous les interstices sont rem- plis avec un bouillon gelatineux. La boite est soudee , et soumise a une temperature de 112 degres. On extrait ensuite les jus developp6s dans la boite, en ouvrant le couvercle par un point de ponction ; le jet de jus s'elance ; on soude de nouveau, et la viande, degagee de tout principe d'alteration , se conserve a ce point de pouvoii donner un excellent bouillon. Un autre fabricant, M. Martin-Lignac, fait des con- serves de bouillon qui ne laissent rien a desirer. Jusqu'a present, il faut Tavouer, les conserves de bouillon n'etaient ve>itablement que de la colle-forte , d'une odeur nausea- bonde, d'un gout detestable. M. Martin-Lignac s'est convaincu , par une etude attentive des faits, quede tout ce qui s'evapore du bouillon au-dela des cinq dixiemes de l'eau qu'il contient, on n'obtient que de la colle. L'6vapo- ration ne doit pas etre poussee au-dela des quatre cin- quiemes. Le bouillon conserve ensuite dans des boites, est excellent, d'un goutparfait. Cesprocedes de conservation sont maintenant si expeditifs et montes sur une si grande echelle qu'un million de rations de conserves, demandees a chacun de ces fabricants , par le Ministre de la guerre, pour la Crimee , purent &tre appretees et livr^es en quel- ques jours. Enfin , on a ameliore encore les moyens employes par M. Masson pour la conservation des legumes. Ces moyens sont , en deux mots : le dessechement et la compression. Mais les legumes ainsi prepares pr6sentaient une odeur de foin. On a e>ite entierement cet inconvenient grave , en echaudant les legumes par un courant de vapeur qui rend T6vaporation plus rapide et plus complete. Apres avoir termini ce qu'il avait a dire sur les sub- # 52 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. stances alimentaires , M. Payen revient, avec quelques details , aux progres faits pour developper Fintroduction de Tindustrie dans les fermes. II dit que les industries le mieuxapproprieesal'agriculture sont celles qui permettent d'obtenir des produits d'une vente facile et d'un bon prix, et qui, en exportant ces produits hors de la ferme , n'en- levent aux terres aucune valeur fertilisante et ne les privent ni des malieres mine'rales ou salines , ni des sub- stances organiques azot6es. Ainsi il y a avantage , sans inconvenient, pour un agri- culteur aproduire et a exporter le sucre , la fecule, Palcool, les huiles et tous les produits conge" neres de ceux-la. lis ne contiennent que du carbone et de l'eau. On sait que la valeur d'un engrais consiste dans le phosphate et dans la matiere azotee qu'il renferme. Si, par exemple, le guano contient beaucoup de ces deux principes, c'est un signe infaillible qu'il n'est pas falsifie. II en est de mtae pour tous les autres engrais. On peut dire que ce moyen d'apprecier la valeur des engrais est une conquete de 1855 ; il est applique generalement , et surtout a Tentrepot public de Nantes, ou les engrais sont cotes suivant leur richesse en phosphate et en matiere azotee. On comprend combien cette facilite de reconnaitre la fraude est pre^cieuse pour Tagriculteur qui etait expose auparavant, non-seulement a perdre Targent consacr6a acheler des engrais falsifies, mais encore la r^colte qu'il attendait de leur emploi. Enfin, c'est encore Tannee 1855 qui a donne la preuve que les industries agricoles, dont Tavenir pouvait paraitre douteux , sont decidement viables , et peuvent register a toutes les concurrences. Ainsi Ton disait qu'un anta- gonisme , mortel pour les distilleries annexes des fermes, CONGRES DES ACADEMIES. 53 allait s'elever entre ces dernieres et les distilleries pure- inent manufacturieres. Les unes sont bien diflerentes des autres : en effet, la distillerie agricole est celle qui est creee en vue de produire des residus utiles a la terre ; la distillerie industrielle est celle qui a pour but unique la production de l'alcool. On comprend que les premieres soient mieux que les secondes en etat de register a la concurrence; lors meme que leur proprietaire ne reali- serait aucun benefice sur Talcool , il aurait encore avantage a distiller pour les residus. Aussi Fexperience a-t-elle demontr^, en 1855, que les distilleries agricoles ont soutenu victorieusement la concurrence contre les eta- blissements similaires, purement industriels. M. Payen termine ici son expose des progres faits, en 1855, par Tagriculture et par les industries qui s'y rat- tachent. Des applaudissements unanimes temoignent du plaisir qu'a cause cette improvisation , si elegante et si lucide, ecoutee dans le plus religieux silence. Avant de lever la seance, M. de Caumont indique Theure des reunions de section. II avertit TAssemblee que la seance g^nerale sera preside"e demain par Son Altesse le prince Charles-Lucien Bonaparte. Vun des Secretaire s-generaux t A. Gayot , De Nnstitnt des provinces. 5Zt 1NSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. SECTION D' AGRICULTURE. SEANCE DU 26 MARS. ( Presidence de M. le comle de Vigneral. ) Prennent place au bureau : MM. le comte de Gourcy ; le marquis d'Andelarre , membre du Corps legislatif , et DE MONSEIGNAT. Le proces-verbal de la seance precedente est lu et adopte. La parole est donnee a M. le marquis d'Andelarre , qui s'est propose de faire connaitre le systeme de comp- tabilite agricole dont il est l'inventeur et qu'il applique avec succes , depuis long-temps , dans la gestion de ses proprietes rurales. II commence par poser en principe la n^cessite de la grande culture, dans le double interet de Teconomie rurale et de Teconomie sociale ; puis abordant la question de la comptabilite , il n'a pas de peine a en demontrer Timportance : sans elle pas de bonnes observations , car Texactitude est la premiere condition qu'elles doivent remplir; par suite, point de progres : l'agriculture devient une aveugle routine , et ne tient compte ni des decouvertes de Tobservation , ni des enseignements de la science. Pour etre complete et satisfaisante, une question agrono- mique doit oflrir , a tous les instants , le tableau fidele de la situation , et donner les moyens de resumer les travaux effectues depuis le commencement de Tannee jusqu'au CONGRES DES ACADEMIES. 55 moment de la recapitulation ; ou m&me depuis que l'exploitation a commence^ : ces conditions sont remplies a l'aide de plusieurs livres dont voici les principaux : 1. c'est le journal, le premier et le plus indispensable de tous; il indique , jour par jour, dans diverses sections ou chapitres , toutes les operations que Ton execute , dans quelque direction que ce soit; les accidents qu'elles pr^sentent, les entrees comme les sorties de tout genre de denrees ou d'animaux , les ventes et les achats , les depenses et les recettes : aucun detail , en apparence . minime , en realite plus significatif qu'on ne le croit , ne sera omis; 2. vient V Agenda, c'est- a-dire la repartition des roles assignes a chaque agent , avec les instructions qui decoulent de ses attributions : il comprend un chef, le proprietaire et directeur auquel tout se rapporte ; c'est le centre ou viennent converger tous les rayons de la vaste circonference , dans laquelle se meuvent les appareils, les machines et les Gtres animus, qui, comme autant d'organes, fonctionnent en meme temps dans un but d'utilit6 commune ; il doit tout diriger et par suite tout savoir a l'aide du journal ; 3. apres lui vient le regisseur, cheville-ouvriere qui present et regie les mouvements des ouvriers, transmet les ordres du chef, et en surveille I'ex^cution ; il est partout et nulle part. Au troisieme rang se place le chef de culture , dont Instruction est pratique plus que th^orique : c'est lui qui marche a la tete des ouvriers, suit leurs travaux, en apprecie la valeur, afin de corriger a 1'instant toute erreur ; sa vigilance , l'exac- titude et sa probite, voila les plus importantes de ses qualites , apr^s la connaissance des divers proc^des de culture qui sont en usage dans Texploitation ; U. il faut une menagere ; c'est le plus souvent la femme du 56 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. clief de culture, qui prend sa part assez large des details si multiplies dont le soin lui est confid; 5. Yagent- comptable, reporte , jour par jour , sur le journal les operations dont on lui rend compte et dont il a recueilli les pieces. On peut employer a cet eflet Tinstituteur., s'il est a la portee du domaine. De ces deux livres le plus important , le seul enfin dont on ne peut se dispenser en bonne comptabilite . c'est le journal : il suffirait a fournir les elements d'une recapi- tulation , qui doit etre rigoureusement i'aite a la fin de chaque mois et de fannee. Les autres pieces, savoir : V Agenda et quinze autres, sous le nom d'etats annexes, offrent sans doute une grande utilite , sans avoir , au mme degre , le merite du journal. Ces etats secondaires ont pour objet les specialites nombreuses dont se com- pose l'ensemble de fexploitation , telles que les journees des ouvriers, Tassolement des terres, la direction des parcours du betail , Tentretien des outils , instruments et machines ; les soins hygieniques reclames par Fetat sanitaire. Pour prevenir toute objection sur la perte de temps que semble exiger la tenue des journeys , M. le marquis d'Andelarre a experimente que la verification pouvait en &tre faite, dans quatre jours , de la maniere suivante : le regisseur peut faire son travail en vingt ou trente mi- nutes. L'agent-comptable , charge de deux fermes , ter- mine sa tache journaliere en une heure; la recapitulation du mois demande un jour , et celle de Tannee exige une semaine. En terminant cette exposition, M. le marquis d'Ande- larre depose sur le bureau un specimen des divers etats dont il a decrit Fusage, et fait connaitre ses services* CONGRES DES ACADEMIES. 57 M. le President remercie l'honorable M. d'Andelarre de son interessante communication ; il partage l'opinioti qu'il a emise sur la n^cessite" d'introduire , dans toutes les exploitations rurales , une comptabilite rigoureuse qui permette a chaque proprietaire de connaitre toujours sa position , et le genre de modifications que devra subir sa culture pour produire les meilleurs resultats. M. Villecour , de Thionville, exprime quelques doutes sur la possibility d'appliquer un systeme aussi complet dans les fermes , par la difficulty d'amener l'agriculteur a tenir tant de registres, a consigner tant de details. M. de Monseignat apprecie cette observation et , comme lui , desirerait que des formes plus simples fussent pro- poshes , afin d'obtenir une adhesion plus generate a ces principes si utiles de comptabilite. M. d'Andelarre fait observer qu'il a seulement voulu parler de la grande culture , et que l'administration d'un domaine d'etendue mediocre ou ordinaire appellerait naturellement un mode plus simple , auquel d'ailleurs il a reflechi et qu'il est pret a indiquer. Du reste , le jour- nal excepte , les autres e"tats, elant implicitement eti- fermes dans le premier , pourraient etre considerable- ment rduits ou supprime^s. M. Gomart a la parole pour la lecture d'un memoire ayant pour objet de repousser un prejuge, trop commun parmi les personnes etrangeres a la culture de la bette- rave : que 1'extension donnee a celle-ci , dans plusieurs departements , avait nui a la culture des cereales. 11 resulte d'une exacte appreciation des faits observes que c'est une erreur grave, et que, loin d'etre un obstacle a la culture du ble, la betterave lui vient en aide. Par- tout ou la premiere plante , dont 1'agriculture a tire un 1 58 lNSTlTUT DES PROVINCES DE FRANCE. si grand parti , a ete Pobjet d'une exploitation plus etendue, Ton a recueilli, en mme temps, plus de ble. II serait done plus vrai d'affirmer que ces deux cultures se present un mutuel appui et contribuent , par conse- quent, Tune et Paulre avec plus d'efficacite a l'augmen- tation desirable des substances alimentaires. M. le President remercie M. Gomart de cette inte- ressante communication , et exprime le de"sir qu'il a d'en reproduire la lecture devant TAssemblee generate du Congres. Diverses observations relatives aux circonstances qui peuvent encourager ou ecarter la culture de la bette- rave , sont presentees par plusieurs membres. L'un d'eux, M. Villecour, emet le voeu que les droits sur le sucre indigene soient abaisses , en faisant participer le sucre colonial a un degrevement proportionnel. II se fonde sur Tusage de plus en plus general d'une sub- stance devenue de premiere necessity M. le President desire appeler Tattention sur les per- fectionnements apportes a Tagriculture et aux industries qui s'y rattachent, pendant Tannee 1855. Une multitude de faits speciaux sont signales par la plupart des membres. En enoncant les principaux , on donnera une idee de la marche progressive que suivent les procedes agricoles, sur divers points de la France. M. de Caumont cite Tetablissement de plusieurs usines nouvelles a vapeur, pour la fabrication de Thuile de colza a Caen ; ce qui atteste une augmentation sensible dans la production de cette plante oleagineuse. Le departement de la Moselle a vu s'etablir plusieurs usines a platre. On introduit des machines a battre CONGRES DES ACADEMIES. 5$ de Lootz. A ces indications , presenters par M. Villecour , il faut joindre des renseignements analogues, fournis par M. de Monseignat, pour l'Aveyron. M. de Bryas signale , avec plaisir , Introduction de plusieurs machines du meme genre qui , par le prin- cipe de Tassociation , sont devenues d'un usage general et economique. Il insiste sur les services rendus par les machines a couper la paille. M. Baudoin parle des moissonneuses et des faucheuses qui sont accueillies dans le departement de la Seine- Inferieure. Les machines a battre sont connues et re- pandues, depuis 1846, dans le departement d'llle-et- Vilaine. M. de Monseignat regrette de n'avoir pas trouve , dans le depot , d'ailleurs si riche du Conservatoire des arts et metiers , des machines perfectionnees que l'Exposi- lion universelle a presentees a Tadmiration des connais- seurs ; il eut desire que le gouvernement eut recueilli les principales , dans Pinteret des etrangers qui n'ont pu profiter de Texposition. M. de Bouis fait remarquer la difficulte de remplir un tel vceu , par un accroissement notable dans la defense , peut-6tre aussi par l'impossibilite de rassembler des col- lections aussi considerables dans un local toujours fort limite ; mais on pourrait en avoir des modeles comme specimens. M. de Gourcy decrit plusieurs especes de charrues; il pre"fere la charrue ecossaise pour les sols difficiles; quant aux terrains ordinaires , les charrues beiges sont d'un meilleur usage ; il est a regretter que leur maniement exige la presence des ouvriers beiges. Les charrues anglaises a deux versoirs et portees sur deux 60 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. roues, sont d'un prix trop eleve pour etre d'un emploi vulgaire ; il rend justice a leur merite. M. Gomart fait connaitre une invention bien modeste d'un membre du Comite de St.-Quentin, M. Tabary; il n'oserait en presenter la communication a la section s'il ne savait que les plus faibles perfectionnements ont leur prix aux yeux des amis de Pagriculture ; il s'agit de la fabrication d'un chaperon en paille, tresse a la ma- niere d'un paillasson. CHAPERON POUR LES RECOLTES. Vous savez , Messieurs, dit M. Gomart, combien la culture eprouve de pertes , par suite des intemperies qui surviennent frequemment a l'epoque des recoltes. La pluie penetre les meulons de foin , de trefle , de fourrages , et quelquefois les dizeaux de cereales. Dans les fourrages, elle determine une fermentation dontles produits causent plus tard des maladies au betail ; dans les cereales, elle provoque la germination ou tout au moins l'alteration du grain. La germination des grains coupes ou en gerbes , est une perte considerable : mais, sans mme que le mal aille jusque-la, il sufllt d'un brouillard , de quelques rosees epaisses pour alterer Tapparence et Teclat du grain en gerbes , et pour lui faire prendre un aspect gris, sale, terne, qui fera que le marchand le paiera un ou deux francs de moins a Fhectolitre. Se premunir contie ces risques , se garantir de ces facheuses eventualites, conserver la r^colte enfin, est tout aussi important que de savoir la faire croilre. On abandonne, en general, les meulons et les tas aux CONGRES DES ACADEMIES, 61 chances de la temperature. Quelques cultivateurs , plus prudents, coiffent leurs meulons d'un chaperon de paille fait avec une gerb^e qu'on lie par le haut , et qu'on pose en Tarrondissant sur le sommet du meulon. Ce chaperon economique est un preservatif suffisant contre les petites pluies , mais pas contre les orages. Gornme il est difficile de le fixer , le vent le renverse , et il est tres-rare que les grands vents qui precedent les orages ne decoiffent pas completement tous les meulons , qui alors sont facilement traverses par la pluie. Le moyen est done peu employed d'abord a cause de son insuffisance , ensuite a cause de la perte de paille qu'il occasionne. Les chaperons ainsi faits ne peuvent guere servir qu'une fois, et dans une ferme ou les meulons se comptent par centaines et les dizeaux par milliers , le chaperonnage exige Temploi d'une masse de bottes de paille qui sont perdues pour Fusage des litieres. Un membre du Cornice de St.-Quenlin, M. Tabary (Ed.), du Catelet , frappe" de tous les inconv6"nients du chaperon en paille , a imagine de le confectionner comme les pail- lassons des jardiniers, en le serrant et le fortifiant , a chaque tiers de sa hauteur, au moyen d'une sorte de couture en fil de chanvre goudronne. Le chaperon , ainsi arrange , forme un tout solide qui peut se router et se derouler comme une natte, et qui, etendu par terre, represente un paillasson presque triangulaire. Aux extremites de chaque ligiie du fil goudronne qui maintient la paille , il y a une agrafe en fil de fer. Un homme prend ce chaperon , le jette en Tarrondissant sur le tas, puis, passant du cote oppose, rapproche ener- giquement ses bords et accroche les agrafes. La pression 62 INSTITDT DES PROVINCES DE FRANCE. que le chaperon exerce ainsi & deux hauteurs diflerentes sur le meulon , fait qu'aucun souffle de vent ne peut Ten sgparer, et Texp^rience a prouve" que les meulons et dizeaux enveloppes et serres dans cette espece de cara- pace, resistent sans culbuter aux tempetes les plus violentes. M. Tabary use de ces chaperons tout le temps de la recolte ; ils servent d'abord aux meulons de trefle , puis aux dizeaux de cereales ; tout grain lie" est aussitot chaperonne, et partant, mis a Tabris du vent, des rosees et de la pluie. Les chaperons roules en forme de botte de paille se transportent , par grosses voitures , de champ a autre. Pour les faire secher, on les pose sur leur base comme une cloche et pour les conserver , on les met en meule avec du trefle de seconde coupe en faisant alternativement un lit de trefle, un lit de chaperons en- routes. M. Tabary en a qui durent depuis 3 et lx ans. Cette pratique a ete bien vite adoptee dans le pays, et elle se propage deja a plusieurs lieues de distance. Un chaperon suffisamment haut et large exige plu- sieurs bottes de bonne paille , et pour 15 a 18 centimes de main-d'ceuvre , de ficelle goudronne*e d'agrafes en fil de fer. Nous esperons , Messieurs , que cette amelioration qui , tout humble qu'elle paraisse , n'en a pas moins une effi- cacite et une utilite tr&s-grandes , aura eu pour vous quelque interet. Ce petit appareil, d'une confection facile et d'un prix fort modique, peut done rendre un service reel aux cul- tivateurs. M. le President remercie M. Gomart de cette communication. M le Directeur ayant annonce que la salle des reunions CONGRES DES ACADEMIES. 63 ne serait pas disponible le lendemain , a midi , le Comite decide qu'il se re'unira a 10 heures , dans le meme local. La seance est levee a 1 heure. Le Secretaire , Valat. SECTION D'ARCH^OLOGIE. STANCE DU 26 MARS. (Presidence de M. le comte de Mbllbt. ) La seance est ouverte a une heure. Prennent place au bureau : MM. Parker , d'Oxford ; de Gaumont , Challes, Louis Paris, de Glanville, J. Pautet , et Rame , secretaire. Le proces -verbal de la seance precedente est lu et adopte. M. Emile de More a la parole pour donner lecture ieure du cerveau ; les faculty instinctives a la partie posterieure. Une autre verite, c'est quele cerveau n'est pas un organe simple, mais au contraire un organe multiple , il semble que nos aptitudes, qui sont si differentesenmathematiques, musique, memoire des choses , memoire des lieux, etc., etc. , prennent chacune une place distincte dans le cer- veau. Tel individu , doue de la memoire des noms , par exemple , ou de toute autre faculte, fait une chute ; il en resulte un accident, le malade revient a la vie avec toutes ses facultes intellectuelles, moins la memoire des noms qiPil a perdue. On pourrait citer beaucoup d'autres faits, qui meneraient a des resultals semblables. On concoit Paction directe du cerveau pour ce qui regarde les facultes intellectuelles. Mais, quant aux CONGRES DES ACADEMIES. 79 lacultes instinctives , n'y a-t-il la que Taction du cerveau ? J\on. II y a encore une sympathie organique, la trans- mission de fait de l'organe qui sent, qui souffrememe ; soit Festomac , quand il a faim ; soit tout autre organe, quand il eprouve une incitation. Tout, dans nos facultes, ne depend pas seulement du cerveau. Voila done la grande difference qui existe entre nos faculty intellectuelles et nos instincts : chez 1'homme seul , action directe du cerveau , facultes in- tellectuelles ; chez l'animal , seulement action sympa- thique du cerveau, instincts. Mais , en admettant dans le cerveau autant de cases diver ses , pour ainsi dire , pour nos differentes facultes, s'ensuit-il , que cet etat se manifeste a l'exterieur du cerveau par des elevations ou des depressions ; s'en- suit-il surtout , en supposant la presence de ces elevations ou de ces depressions , qu'elles doivent necessairement se reproduire dans la boite osseuse , et surtout' encore a l'exterieur du crane ? Toutes les bosses que Ton voit a Fexterieur du crane, donnent-elles au juste l'empreinte du cerveau placee dessous ? Evidemment, on ne peut l'affirmer. M. Lecadre conclut que la phrenologie part d'une idee vraie ; mais en voulant tout expliquer , en voulant com- poser sur des donnees fugaces , qui ne nous sont point encore parfaitement connues, tout un corps de doctrine, elle n'est encore qu'une science paradoxale. M. d 1 llarembert prend la parole pour repondre aux objections qui lui ont ete faites ; il fait hommage au Congres d'un tableau dans lequel sa doctrine se trouve resumee. M. de Mellet maintient sa protestation contre les doctrines phrenologiques. 80 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. M. Ie President adresse des remerciments a Fauteur, et, apres quelques observations de M. de Caumont, il donne la parole a M. Ducros , ingenieur. Depuis la belle decouverte des freres Montgolfier , on a fait beaucoup de tentatives pour utiliser les ballons ; mais les tehees eprouves jusqu'a ce jour rendent de plus en plus difficile la tache de ceux qui veulent les diriger. Cependant, les inventeurs ne se decouragent pas. M. Ducros pretend qu'on a toujours echoue par la sus- pension de la nacelle au ballon, vu que celui-ci est pour Faeronaute ce qu'est le vaisseau pour le marin , qui ne se met pas a la nage pour le diriger. Pour resoudre la question au point de vue pratique , il faut placer la nacelle au centre du ballon. L'idee n'est pas neuve ; mais Fimpossibilile de le faire dans un seul en a empeche Implication. Or , ce qui ne se peut dans un devient possible dans plusieurs, par la place qu'on leur assigne. C'est ce que fait M. Ducros , en empruntant a Foiseau , au bateau , au poisson et a la voiture des analogies qui lui pennettent de former un ensemble reunissant les conditions du levier : point cfappui , force et resistance. Divisant la quantite de gaz necessaire a la ponderation du systeme, il fait des ballons cylindriques , lesquels, reunis deux a deux par des essieux , deviennent les quatre roues du vehicule aerien , puis imitant la roue du bateau , qui , sans les palettes , ne produirait pas d'eflet , il place sur les jantes des balions-roues des aubes qui , s'ouvrant et se fermant , a la partie infe- rieure, au moyen d'excentriques, utilisent la resistance de Fair , comme le fait Foiseau par le battement de ses CONGRES DES ACADEMIES. 81 ailes. La vitesse de rotation etant plus grande que celle du courant d'air contre lequel on lutte , cela permet de le traverser , comme au vapeur de remonter un fleuve. Une fleche conique est a Favant pour fendre Fair , et un gouvernail a quatre pans se trouve a Tarriere pour diriger. Le moteur est une machine-chloroforme , avec foyer enveloppe" d'une toile metallique pour eviter Tin- cendie. L'appareil monte ou descend , sans perte de lest ou de gaz , par le plan incline , qui s'obtient en de- placant le centre de gravite. Le point d'appui est done Pair par la tegerete specifique du gaz , la force un ino- teur connu , et la resistance , e'est encore Pair qui la donne par le travail des aube?. D'apres les calculs de Borda sur la resistance de Fair, il faudrait un vent de 10 m . 97 c . par seconde pour annuler la force de Tae'rostat , soit de dix lieues par heure ; neanmoins on pourrait encore lutter en lou- voyant , comme dans la marine. Ce premier point ame- nerait la solution de la question , par les perfectionne- ments qu'apporteraient et la science et Texperience , comme cela se pratique pour toutes les decouvertes. Le Secretaire, De Bouis. 82 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. SECTION D' AGRICULTURE ET D'INDUSTRIE. SEANCE DU 27 MARS. ( Pr&sidence de M. Destourbet. ) Sont appeles au bureau : MM. deGourcy, deVigneral , de Montreuil, Sellier et Denis. M. G. Desvaux remplit les fonctions de secretaire. M. de Caumont prend la parole sur les differentes ques- tions relatives a la statistique , il fait remarquer que le Congres de statistique reuni a Paris , au mois d'aoiit 1855 , ne s'est guere occupe de la statistique agricole ; il serait utile de combler cette lacune. M. Lecadre , medecin en chef des hospices au Havre , pense qu'il est facile d'obtenir une statistique exacte pour ce qui est relatifaux ponts et chaussees et meme pour Tindustrie; mais les fermiers refusent de donner les ren- seignements necessaires pour une statistique agricole. M. de Montreuil demande que la statistique etablisse ce qui est, pour obtenir ce qui devrait exister. Les chambres d'agriculture fonctionnent peu ou pas du tout; un certain nombre de proprietaires et de cuitivateurs hesitent a preter leur concours a la statistique agricole, craignant de voir augmenter les impots. M. de Montreuil pense que le meilleur moyen de dissi- per ces craintes , serait de de"montrer ,'aux uns et aux autres que Tamelioration de Tagriculture est le seul but qu'on se propose d'atteindre. Il offre, comme second moyen , d'eviter Faridit^ des chifTres purs. CONGRES DES ACADEMIES. 83 M. deVigneral cite , a Tappui des opinions precedentes, ce qui s'est passe dans son canton , ou il a remarque les progres de la bonne foi dans les declarations qui ont 6te" faites depuis Mablissement des commissions de statis- tique. Toutes les craintes manifestoes d'abord, ont disparu depuis que les cultivateurs ont vu que cette statistique etait etablie pour leur bien. Un autre membre demande que, chaque ann6e, on fasse Tinventaire des cultures du canton d'une maniere exacte. M. le marquis d'Andelarre pense qu'en statistique les approximations sont suffisantes et que les differentes cul- tures se groupant suivant la nature du sol et du sous- sol , il suffirait d'examiner sur le cadastre ce que Ton nomme les lieux clits , et , pour chacun d'eux , d'etablir la statistique agricole qui ne varie pas pendant une cer- taine periode d'annees. M. le marquis de Jesse-Charleval pense qu'on pourrait executer des cartes agronomiques, sur lesquelles on indi- querait la profondeur des couches de terrain meuble par des signes graphiques. M. Destourbet demande qu'on ajoute a la statistique numerative des animaux , leur valeur en argent , ces deux chiffres devant etre combines pour indiquer la richesse animale d'un canton ; a Tappui de cette de- mande, il fait observer que , dans la Gote-d'Or, depuis Tetablissement de la statistique , le nombre des animaux a diminue , mais que la somme totale representant la valeur animale a augmente. M. le President nomme une commission pour preparer un questionnaire de statistique agricole, qui n'a pas et6 prepare par le Congres de statistique du mois d'aout 1855. 8ft INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. M. Sellier, un des secr6taires-g6neraux du Congrfcs, lit son rapport sur l^ducation agricole. Messieurs , Tout le monde s'accorde sur la necessity de Tensei- gnement agricole ; les opinions ne different que sur les moyens de le propager et de le mettre a ia ported de nos cultivateurs , pour les aider a eviter la routine, sifuneste a la plupart d'entre eux , et les encourager dans le choix qu'ils doivent faire des m^thodes les plus propres a augmenter et ameliorer les produits du sol , et par suite a accroitre leur bien-etre , au grand avantage des popu- lations elles-memes qui consomment ces produits. Un des moyens proposes , depuis long-temps deja , consistait a introduire des lecons , sinon un cours d'agri- culture , dans les ecoles primaires ; mais , comment im- poser r obligation de faire ce cours a des instituteurs dont les etudes e" taient demeurees completement etrangeres a toute notion agricole? II y avait done necessite de former , avant tout , des hommes capables de donner Tenseignement quMl s'agissait de creer. On a songe alors , soit a favoriser Tetablissement d'ecoles normales supe- rieures, plus specialement consacrees a Fenseignement dont on reconnaissait la necessite" ; soit a creer cet enseignement dans les ecoles normales ordinaires , en le rendant obligatoire pour tous les eleves. Cest, dans la premiere de ces voies qu'est entree recemment Te^cole normale de Beauvais , a laquelle on peut donner le litre d'ecole superieure. M. le baron de Tocqueville , dont le zele eclaire pour Tagriculture est si connu , vous a entretenus de cette 6cole. Vous avez CONGRES DES ACADEMIES. 85 regrette toutefois que le programme des cours qu'on doit y suivre ei qui paraissent etre au nombre de huit, n'ait pas ele" mis sous vos yeux, et qu'ainsi vous n'ayez pas pu l'apprecier. C'est d'ailleurs une 6cole qui com- mence; on devra y faire en quelque sorte des essais, et l'experience seule demontrera s'il est necessaire de conserver, pour l'ensemble des cours, toutes les divisions qui ont ete adoptees; ou si, au contraire, quelques cours ne pourraient pas 6tre r6unis, dans le but de diminuer le personnel des professeurs et de simplifier Tenseignement. Vous nepouvez done, quant a present, qu'applaudir a la pensee qui a dings' les fondateurs de Tecole de Beauvais , et souhaiter que leurs genereux efforts soient couronnes de succes. Quant aux ecoles normales ordinaires , la question est decidee , du moins en ce qui concerne la creation du cours. Le Gouvernement, dans sa haute initiative, a juge que Tenseignement agricole devait p6netrer dans nos campagnes , et qu'il fallait , avant tout, former des maitres qui pussent le transmettre aux populations. Un professeur special d'agriculture , suivant un rapport re'eemment fait a TEmpereur et approuv6 par lui, doit etre ajoute" c'i ceux qu'y avaient 6tabli les re"glements en vigueur. Les divergences d'opinion sur Topportunite de la mesure doivent en consequence disparaitre, et ceux qui ne Tapprouvaient pas, devront se resoudre a attendre que les resultats aient demontre s'ils avaient tort ou raison. Quant a vous , Messieurs , vous rendrez hommage a la sollicitude du Gouvernement, et vous le remercierez de Fint^ret eclaire qu'il porte a Tagriculture. Mais quelle sera Tetude de Tenseignement ? Sur ce 86 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. point , votre commission , heureuse en cela de partager les idees de notre eminent Directeur, a 6te unanime. Elle a pense* que , les cours imposes aux eleves-maitres etant d6ja tres-nombreux , il importait de leur donner , sur l'agriculture, des notions suffisantes pour qu'ils pussent, a leur tour , les apporter dans les ecoles qui leur seront confiees ; mais , en meme temps, ne pas les etendre de maniere a nuire au surplus de leurs e'tudes. Les lecons d'agriculture devraient, en un mot, etre Taccessoire et non la partie principale de Tenseignement. Vous savez que la duree des etudes est de trois annees, pendant chacune desquelles devrait se faire le cours d'agriculture. Les eleves qui entrent dans les ecoles normales , appar- tiennent presque tous a la campagne ; et , comme c'est a dix-huit ans seulement, a moins de dispense d'age , qu'ils peuvent y 6tre admis , la plupart d'entre eux , au point de vue pratique du moins , ne sont pas etrangers a Tagriculture , et il ne s'agira plus en quelque sorte que de rectifier des habitudes faciles a detruire , parce qu'elles seront peu enracinees, et de les mener dans une voie qu'ils seront d'autant plus disposes a suivre qu'ils comprendront mieux que s'ils s'etaient fourvoyes dans une autre. Il a done semble a votre commission que le nouveau cours devrait se faire presque exclu- sivement les jours de conge, et surtout dans des pro- menades a la campagne , clans les fermes les plus rapprochees du siege de Tecole, et ou il sera facile d'^clairer la th^orie par la pratique. Nous n'avons pas cru , en effet , qu'il fut possible de songer a annexer a chacune des ecoles normales une exploitation plus ou moins importante. Les ressources des departements ne le permettraient pas, et d'ailleurs nous n'avons pas CONGRES DES ACADEMIES. 87 compris comment on avait pense que cette exploitation pourrait etre confine au soin des eleves eux-memes. Des exploitations de cette nature peuvent bien etre an- nexees a des ecoles speciales d'agriculture, parce qu'elles trouvent dans ces ecoles des exploitants de tous les instants; mais il ne faut pas perdre de vue qu'ici les eleves ont a recevoir , avant tout , un autre enseignement qui sera plus tard l'objet principal de leur honorable profession. Quelle devra etre maintenant l'etendue de l'ensei- gnement? Votre commission estime, qu'il ne pourra &tre qu'ele*- mentaire et qu'il devra s'appliquer aux objets suivants : 1. Tetude du sol, sous les rapports geologique et chimique, et au point de vue de son aptitude a la culture et a la production de certains ve"getaux ; 2. celle du climat, de l'atmosphere , des phenomenes qu'il importe a l'agriculture de savoir observer : la temperature, l'hygrometrie , la direction habituelle des vents, en y ajoutant quelques mots sur l'electricite et la foudre; 3. celle des etres organises, vegetaux et animaux, utiles ou nuisibles a l'agriculture ; It * la theorie des engrais , des assolements ; en un mot, l'economie rurale; 5. la connaissance des meilleurs instruments et machines agricoles; 6. notions sur la construction des bati- ments ruraux et sur leur entretien ; 7. l'emploi des eaux pour l'irrigation ; 8. le drainage ; 9. le jardinage et 1' arboriculture ; 10. la comptabilite agricole. G'est dans ce sens , Messieurs , que votre commission vous propose d'emettre un vceu. Quant a l'enseignement agricole dans les colleges, il ne pourrait, a son avis etre introduit que dans les 88 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. hautes classes, ou dja le programme des etudes or- dinaires est fort etendu. On n'y trouvera pas, d'ailleurs, comme dans les coles normales primaires, des eleves que leurs habitudes d'enfance ont deja initios aux pre- mieres connaissances du travail des champs , et peut- etre, sous ce rapport, sera-t-il plus difficile d'arriver a d'utiles resultats. II faudrait , en tous cas , si la mesure etait adoptee , que Mude de Fagriculture ne fut , pour les eleves des colleges , qu'une sorte de delassement ou de recreation; que les cours n'eussent lieu en conse- quence que les jours de conge et qu'ils reussent, comme pour les eleves des 6coles normales, leur application dans les promenades a la campagne. Les lemons devraient aussi n'elre qu'elementaires, et s'appliquer aux divers objets qui ont ete enonces plus haut. Tel est , Messieurs , l'avis que votre Commission vous propose d'exprimer , tout en regrettant que le peu de temps dont elle a pu disposer ne lui ait pas permis d'examiner , avec plus de details, des questions auxquelles vous attachez la plus haute importance, parce qu'elles ont pour objet les plus chers interets du pays. Le rapporteur propose d'emettre le voeu que les di- verses society agricoles de la France encouragent , par leurs recompenses, la redaction, dans chacun de nos departements , d'un Manuel (V agriculture , applicable aux diflerentes parties de son territoire. Les ouvrages sur Tagriculture publics jusqu'a ce jour ne s'appliquent pas a telle ou telle contree de la France , et cependant la culture doit varier suivant la nature du terroir. Les Societes, en provoquant la redaction de ce ma- nuel , auraient done pour but de re"compenser un ou- CONGRES DES ACADEMIES. 89 vrage qui traiterait des meilleurs modes de culture, dans leurs circonscriptions , en designant les divers sols qui exigent un travail different. Les cultivateurs , quel que fut le lieu de leur exploitation, Irouveraient , dans ce nouveau manuel , des conseils qu'ils suivraient avec avantage. II ne s'agirait pas de faire du nouveau , il ne faudrait meme pas repousser les compilations , si elles devaient profiter aux cultivateurs. Le manuel devrait enfin etre complet , et comprendre , non-seulement Indication des meilleurs modes de cul- ture pour les diverses parties de la circonscription , mais encore des conseils sur les cere'ales et sur les plantes qui peuvent y etre cultivees avec le plus de succes; sur le choix des semences , sur Tespece de betail qui con- vient le mieux a chaque localite , sur la nature des amendements qu'il est preferable d'y employer , sur la mise en valeur des terres incultes, sur les meilleurs instruments et machines agricoles, les irrigations, le drainage, etc., etc. A cdte des concours qui seraient ouverts dans le but qui vient d'etre indique , les Societes agricoles pour- raient recourir a un autre moyen peut-etre encore plus efficace. Elles devraient etablir dans leur sein un co- mite; ou peut-etre plulot designer un de leurs membres, homme special et devoue , qu'elles chargeraient de re- cueillir des materiaux propres a faciliter la redaction d'un manuel complet d'agriculture, applicable a toute leur circonscription et a chacune des parties qui la composent. Le delegue ainsi designe dresserait une se>ie de ques- tions aussi complete que possible, sur tous les points 90 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. concernant la matiere qu'il serait charge de traiter, et l'enverrait a tous les agriculteurs les plus connus , dans le pays , par leurs lumieres et par leur zele , en les priant d'y repondre. La masse de renseignements ainsi recueillis donnerait , a n'en pas douter , les elements d'un recueil complet. C'est ce qu'a fait votre rapporteur, pour etre a meme de rediger un traite de viticulture en Champagne. Les ren- seignements qu'il a obtenus de cette maniere ont ete tres-satisfaisants et lui ont donne" le moyen de terminer un travail qui ne sera pas sans importance , grace aux excellentes communications qu'il a recues de toutes parts. M. Bertin demande la parole : selon l'lionorable membre, Tenseignement agricole dans les ecoles normales est une amelioration incontestable , mais dont Teffet ge- neral ne se fera pas sentir tout de suite ; il serait done utile d'engager le Gouvernement et les societes d'agri- culture a faire , dans tous les departements , quelque chose d'analogue a ce que M, Jamet a fait dans la Mayenne ; a donner, d'une maniere quelconque, des primes a des instituteurs qui prouveront, par eux-memes ou par leurs eleves, qu'ils ont le plus de connaissances agricoles , et dont on constatera la valeur par des con- cours ou des exam ens. Plusieurs membres appuient fortement la proposition de M. Bertin. M. Denis annonce que , dans la Mayenne , on a mis entre les mains des eleves de Tecole normale le Manuel de M. Jamet, et qu'ensuite , chaque annee , on faisait a la prefecture un examen pour les maitres et les eleves, afin de voir si les premiers avaient 6tudie et s'ils savaient CONGEES DES ACADEMIES. 91 se faire comprendre par les seconds. Ces examens ont produit de tres-bons resultats. M. de Vigneral demande qu'on ajoute, au rapport, des paroles plus pressantes sur Tutilite de Fenseignement agricole. M. Sellier pense que , dans les ecoles primaires , Ten- seignement agricole ne doit pas nuire aux autres etudes; que les anciens programmes sont deja tres-charges ; que les cours d'agriculture ne pourraient avoir lieu que le jeudi et qu'il faudrait se contenter de courses chez les culti- vateurs voisins, sans avoir une ferme speciale affectee a Tecole. Le rapport est approuve. M. Sellier demande, dit M. le President, que, dans chaque cornice , on publie un manuel indiquant ce qui doit etre fait dans la localite comme culture ou comme education du betail. On y arriverait facilement, en adres- sant aux cultivateurs une circulaire et en chargeant une commission, ou mieux une personne seule, de coor- donner toutes ces reponses en un seul corps de livre. Dans le departement de la Marne, M. Sellier a procede de cette maniere pour faire connaitre les differents ce- pages de vigne cultives dans un canton, puis dans le departement. Un manuel de ce genre a ete" fait a Rliodez et est donne en prix aux eleves de Tecole norm ale. M. de Vigneral pense que , pour activer Tactivite < il faudrait , dans chaque cornice , rediger une serie de questions , une vingtaine par exemple , auxquelles chacun devrait repondre. On habituerait , de cette maniere , les cultivateurs a se rendre compte des faits et a comprendre le style des journaux agricoles. 92 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. M. de Vigneral voudrait que radministration supprimat les allocations aux cornices qui ne travailleraient pas, jusqu'a ce quMls fussent sortis de leur apathie. ML Challe propose simplement un almanach de"par- temental. M. de Bouis parle de Talmanach du Bon savoir, pu- blic par M. Bouchard-IIuzard. M. de Vigneral cite Y Almanach de COrne , publie a Argentan, qui ne coute que 20 centimes, et insiste surtout sur Tutilite d'avoir un livre d'un prix tres-modique. La Commission emet le voeu que de pareils manuels et almanach s soientredig6s,dans chaque circonscription agri- cole, paries soins des cornices oupar desagriculteurszeles. Communication de M. Ckarticr sur ses proccdes operatoires pour la castration des vac ties. M. Char- ter vient lire au Gongres un memoire sur la nouvelle methode qu'il emploie pour la castration des vaches et des juments , et developpe ses procedes operatoires en pr6sentant les trois instruments dont il se sert , savoir : 1. un dilatateur vaginal ; 2. un bistouri a serpette a lame rentrant dans le manche ; 3. une pince a torsion limitee , composee d'une pince fixe et d'une pince tournante. Avec ces nouveaux instruments , M. Charlier ne fait plus qu'une petite incision pour passer deux doigts seule- ment , au lieu de pratiquer , comme autrefois , une large ouverture dans le flanc ; et il est arrive a ne pas perdre une bete sur cent , en ayant soin de n'operer la castra- tion que six semaines environ apres le part , lorsque la secretion lochiale a completement disparu. Des vaches , operees dans ces conditions , ont conserve" teur lait pendant deu x , trois et meme six ans. CONGUES DES ACADEMIES. 93 M. Gliarlier a opere , de la meme maniere , des juments qui etaient devenues mechantes apres avoir pouline, et leur caractere a completement change par suite de l'ope- ration. M. Charlier se met a la disposition de tous les pro- prietaires et de tous les veterinaires qui voudraient in- troduire cette pratique dans leur pays. Drainage. M. de Bryas fait une communication sur le drainage , sur le taux de Targent prete par les societes et pense qu'il y aurait de nombreuses ameliorations a apporter sous ce rapport. Nouveau systeme de propulsion des bateaux, M. Lecadre soumet a la section un nouveau systeme de propulsion des navires , propose par M. Ph. Sence , afin de remedier aux inconvenients des roues a aube et des helices. Les premieres pr^sentent un tres-grand volume et augmentent considerablement la largeur des navires , qui ne peuvent pas toujours passer par les anciennes 6cluses. En temps de guerre, les aubes peuvent etre demontees par le canon. M. Sence a reconnu aussi dans Thelice deux inconve- nients : 1. la partie inferieure seule donne un travail utile ; 2. en mer, il est tres-difficile de changer d'helice. Pour eWiter ces inconvenients, M. Sence propose un systeme moteur analogue aux ailes d'un moulin a vent , et pense que , pour activer la marche d'un navire , on pourrait mettre plusieurs de ces appareils , qui ne sont nullement embarrassants , quand ils ne fonctionnent pas. On ploie les deux ailes Tune sur Tautre et elles n'occupent pour ainsi dire alors qu'une place egale a celle d'une planche de meme longueur et de mGme e"paisseur. 9/l INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. Propositions de M. Cfiatelain M. Chalelain , inge- nieur architecte, depose sur le bureau une brochure sur un nouveau moyen de purifier les graines , modifi- cation du system e Vachon. 2. II propose la construction de petites maisons mo- biles , dans Tinte'ret des ouvriers des champs. 3. II depose un memoire sur un programme ^in- struction agricole. U. II entre dans quelques developpements sur le mode d'instruction agricole , la ne*cessite de savoir la ge"ometrie plane et surtout descriptive. D'apres un systeme nouveau qui lui appartient , il peut donner , en peu de lecons , ces notions , qui sont si utiles aux hommes pour la construction des edifices et des instruments aratoires , elles sont meme utiles aux femmes pour decouper les e" tofles et preparer les differentes parties de l'habillement. La seance est levee a une heure et demie. Le Secretaire , G. Desvaux. SECTION D'ARCH^OLOGIE. SEANCE DU 27 MARS. (Presidence de M. le comte de Mellet. ) La stance est ouverte a huit heures du matin. Prennent place au bureau : MM. de Caumont, le marquis de Jesse, Raymond Bordeaux , Paul Durand, CONGRES DES ACADEMIES. #5 Semichon , comte de Bonneuil , Chaubry et A. Rame , faisant les fonctions de secretaire. Le proces-verbal de la derniere stance est lu et adopts. M. Semichon a la parole pour dormer lecture d'une etude sur le tiers-6tat au XI e . siecle. Ce remarquable travail , dans lequel l'auteur s'attache principalement a etablir Tinfluence de l'Eglise sur le developpement des institutions francaises , se termine au milieu des applau- dissements unanimes des membres de la section. M. le comte de Mellet , se fait l'organe de TAssemblee, en adressant a Tauteur les remerciments et les felicitations du Congres. M. Louis P&ris a la parole pour donner lecture de deux fragments historiques du plus haut intent : le premier , relatif au dedale ou labyrinthe de la cathedrale de Reims, permet a l'honorable membre^'etablir que Tarchitecte primitif de ce magnifique edifice n'est pas Robert de Goucy, comme on l'a dit et comme on le re- pete souvent ; mais que les travaux de construction furent successivement diriges, au XIII*. siecle , par Gautier de Reims, Bernard de Soissons, Jean d'Orbais et Jean Le Loup. Le second , relatif a l'autel de la chapelle du St.- Lait, dans la meme cathedrale, fait connaitre le devis intervene , en 1516 , pour Texecution de cet autel , avec le macon Antoine de Berthaucourt, et le tailleur d'images Gerard Bailly. L'ordredu jour appelle la discussion de la 17 e . question: Quels ont ete, en 1855, les progres de Tarch^ologie? M. le comte de Mellet fait remarquer que Tannee qui vient de s'ecouler n'a guere ete signalee par l'entreprise de constructions nouvelles, et qu'elle a ete presque exclusivement remplie par Tachevement et la continua- 96 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. tion des oeuvres d6ja commencees ; les travaux de res- tauration de laS te .-Chapelle et de la cathedrale de Paris , ont suivi leur cours ; Teglise Notre-Dame , de Chalons , grace a la perseverance de M. le cure Champenois , est devenue un des types les plus remarquables du style de transition ; Feglise S te .-Clotilde, de Paris, quoique n'etant pas irr^prochable sous le rapport des saines traditions archeologiques , merite une mention speciale et touche a son achevement. De tous ces faits , le plus important est , sans contredit , le concours ouvert en ce moment a Lille, et qui a cleja ete au sein du Congres Tobjet d'une longue appreciation de M. Rainibault. M. le comte de Bonneuil fait observer que , si Tar- cheologie est entree dans une voie de progres incon- testable, si le gout de la science s'est propage, ses destinees dan^ Tavenir sont peut-etre menacees par le caprice de la mode. Un des plus estranges abus du style gothique est assurement la construction de cette eglise St. -Eugene , batie en dix-huit mois , grace a des expe- dients jusqu'ici inconnus dans le domaine de Tart, et a la substitution de la fonte a la pierre pour les colonnes et les meneaux des fenetres , et ou le systeme de deco- ration avec ses teintes criardes et ses vitraux , n'est pas moins condamnable au nom d'un gout severe que le systeme de construction adopte. A ce deplorable exemple, donne par la premiere ville de France , M. le comte de Bonneuil oppose les decorations, si remarquables par leur elegance et leur simplicity , qu'a fait executer , dans une modeste paroisse rurale , M. le cure de Champhol , guide par M. Paul Durand. Cette petite eglise , voisine de Chartres , se compose d'une simple nef terminee par une abside romane , voute en cul-de-four. Les parois et CONGRES DES ACADEMIES* 97 la voute ont 6t6 completement recouverts (Tune orne- mentation au simple trait, rouge sur fond blanc, dans le style du XIP. siecle. Ge systeme de decoration etait fort usite dans les eglises aux XII e . et XIII e . siecles ; il offre les plus grandes ressources, surtout pour lesmodestes eglises de village. Dans la nef a ete simule un appareil re'gulier sur la partie lisse des murs ; aupres des arcs et autour des moulures , cet appareil est exhausse de rinceaux et d'ornements romans. La voute du choeur repr^sente ; sur un fond constelle , les symboles du mystere de la Sainte- Trinite et de l'Eucharistie , la main divine benissant, la croix , la colombe ; sur la partie inferieure du mur, on a simule" une tenture monochrome a plis raides et serres et surmontee d'une frise ornee des symboles fournis par les decorations murales des Catacombes : les colombes , les cerfs se desalt^rant au courant des fontaines , etc. Au centre se dresse un autel et un tabernacle, du style le plus pur, orn^s de croix grecques et executes 6gale- ment sur les dessins de M. Paul Durand. Toute cette decoration , dont la defense ne surpasse pas un chifTre modique , est d'un effet remarquable ; elle est a la portee des plus modestes eglises rurales, et c'est a ce titre qu'elle merite d'etre signalee au Congres comme un pre- cedent digne d'encouragement. M. de Glanville ayant manifesto quelques doutes sur la solidite de ces peintures murales qui s'exfolient trop souvent au bout de quelques annees , M. Paul Durand r6pond que , quand on a de bons murs , sees et epais , rev&tus d'un enduit applique" avec soin , on peut executer des decorations susceplibles de se conserver pendant plusieurs siecles. Nous possedons encore bon nombre de ces peintures murales qui datent des XIP. et XIII*. 5 98 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. siecles , et qui nous seraient parvenues sans de graves alterations, si elles n'avaient 616" compromises par les mo- difications du gout survenu au XVIIP. siecle et les res- taurations du XIX e . Le seance est leve'e a dix heures. Le Secretaire 9 A. Rame. SECTION D'AGRICULTURE. SEANCE DU 28 MARS. (Presidence de M. le comte de Vigneral. ) La seance est ouverte a onze heures. Sont presents au bureau : MM. le comte Van dek Straten Ponthoz, Denis, de Fontaine-Daniel; le marquis de Jesse: , le marquis d'Andelarre , Bertin de La Hau- tiere , ancien sous-prelet. M. le President invite MM. les Secretaires des stances des 26 et 27 a donner lecture du proces-verbal ; Tun et Tautre sont lus et adopters , apres quelques rectifications par MM. Bertin de La Hautiere et Valat. M. de Bouis saisit Toccasion que lui oflre la lecture du proces-verbal pour donner quelques details sur la composition et le merite de V Almanack du bon savoir , dont on avait parte la veille; on ne lui trouve qu'un defaut, celui de couter 50 centimes , prix un peu eleve" pour les cam- pagnes. CONGRES DES ACADEMIES. 99 M. de Montreuil fait , au nom d'une commission , un rapport sur les questions du programme, 8, 9,10, 11, 12, 13 et IZi au sujet de la statistique et de Taction que peuvent exercer les Cornices agricoles et les Societes d'agriculture sur la direction des etudes qu'elle doit comprendre ; sans doute , observe le rapporteur , on pourrait desirer que les societes missent plus de solli- citude et d'activite a recueillir les documents reclames par le gouvernement ; mais des commissions de statis- tique ayant te formers dans un but special , il fallait d'abord attendre les resultats de leur enquete : un tel travail offre plus de difficulte qu'on ne croit ; la statis- tique ne doit pas &tre un simple recueil de tableaux et un groupement de chiffres ; ceux-ci ont sans doute leur importance et sont la base de Tedifice, mais ils sont ste>iles par eux-memes sans Taction d'une intelligence eclair^e , patiente et reflechie qui en tire la lumiere , en montre les enseignements, et signale les progres a faire dans chaque genre de culture. Quant au Congres international de statistique , on ne peut que pr^voir et pressentir les heureux effets d'une telle reunion; c'est une preface de la paix : on apprend a se connaitre , a s'estimer, a s' aimer , et Ton comprend que les peuples sont faits pour s'entr'aider mutuelle- ment , non pour se dechirer. Le point de vue agricole , le seul qui interesse le Comite, demanderait plus de temps que la Commission n'en avait a sa disposition : Entre les questions qui neces- sileraient un serieux examen , il faut placer : Le mode de recensement dans Tagriculture et de de- nombrement dans la population , qui exige des agents surs et intelligenls; 41 100 INSTITUT DES PROVINCES BE FRANCE. 11 faudrait une slatistique locale , avec une vue nelte et distincte des richesses actuelles , et une etude des richesses a preparer , etudes qu'il convient de suivre de canton en canton. Ces indications, fournies par le Congres international , seront completers par celles-ci : 1. Caractere general de la culture du canton; 2*. Qualite du sol et du sous-sol ; 3. Carte agronomique avec les zones diverses et les cultures soit existantes, soit susceptibles d'etre intro- duites ; Zi. Classification des terres impermeables ; 5. Etendue des hectares consacres a chaque produit, et prix moyen de l'hectare ; 6. Instruments en usage, anciens et recents; 7. Observations sur le drainage , effectue" ou desirable ; 8. Assolement general. Prairies artificielies. lieux insalubres et leur valeur en argent ou en nature. M. Cli. Gomart entre dans quelques details sur les travaux des Commissions de statistique ; il se plaint du nombre et de la difficulte des questions minutieuses, souvent a l'exces, dont le questionnaire de 1852 etait heriss6 ; il voudrait que les Commissions de statistique n'eussent d'autre mission que de constater par des chiffres, Femblavure des terres, leurs produits, le nombre des bestiaux , et la culture industrielle ; non d'evaluer, par des appreciations plus ou moins contes- tables , les frais de culture , le revenu des animaux , etc. Enfin , il desire qu'a Tavenir une part plus large soil faite a Telement libre dans la composition de ces -Commissions. M. Lecadre demande plus que des tableaux et des chiffres ; le Congres de statistique a etendu ses travaux CONGRES DES ACADEMIES. 101 a l'economie publique ; il ne concoit pas qu'il en puisse etre autrement. II d^sirerait voir a la tete cles commissions une sorte de haute commission , charged de resumer , controler et coordonner les documents recueillis dans tout le departement. M. Gadebled croit que la plupart des tableaux ont ete composes d'une maniere irreguliere , et sont , par conse- quent , inexacts ; la statistique , ainsi traitee , n'est plus qu'un de'dale inextricable dans son ensemble ; il cite surtout les renseignements fournis par le travail public" en 1846 ; il espere peu de re'sultats des enquetes confiees a des commissions qui fonctionnent gratuitement. M. Valat appuie les observations emises en faveur de la pensee de la Commission : d'abord il ne comprend pas comment la statistique, en general, pourrait etre etudiee en dehors des considerations economiques qui pre- parent , presentent et dirigent ses progres ; dans le cas particulier d'une statistique agricole , il croit que les cornices qui n'ont pas travaille , seraient encourages et stimules par leur propre interet , s'ils avaient la pers- pective d'ameliorer conside'rablement la culture de leur canton et la conscience de travailler pro aris et focis , non pour satisfaire la curiosite des savants. M. Eertin fait remarquer au Congres que la premiere chose a faire pour que lesprefets, sous-prefets , chambres d'agriculture , commissions quelconques de statistique, s'occupent avec fruit de la statistique agricole , c'est de leur procurer la base indispensable de toute statistique, la collection , par departement , arrondissement , canton , des feui lies de Ute des matrices cadaslrales des com- munes. L'arrondissement de P'ougeres est probablement le seul de France a posse'der, depuis 18Zi7, cet important 102 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. document. M. Duchatel , auquel , en 18A7 , fadressai des observations a cet egard , dit M. Berlin , les accueillit favorablement, les renvoya a son collegue de ragriculture en attirant son attention sur ma proposition , tendant a ce que les conseils generaux fussent invite's a pourvoir aux frais d'impression des feuilles de tete des matrices cadastrales de chaque commune , dont chaque sous- prefecture devrait &tre pourvue , comme moyen de faciliter les operations de statistique generate. Malgre" cette recommandation , rien n'a 6te fait ; tant que Ton ne possedera pas ce document, il est tout-a-fait inutile de s'occuper de la statistique de la production du sol. Car, a defautde recensements exacts, presqu'impossiblcs a faire aujourd'hui , des quantites de produits agricoles recoltes chaque annee , on ne pent connaitre ces produits que par la voie des moyennes , et pour diminuer le plus possible les chances d'erreur, la statistique de ces pro- duits doit etre dressee par commune , les moyennes de production doivent 6tre fix6es partiellement par classes de terrains , au lieu de fixer ces moyennes au hasard , comme on le fait, d'apres la production en masse de chaque commune, quelquefois meme de chaque canton, de chaque arrondissement, mm distinction de classes de terrains , et d'appliquer ces moyennes a des totaux absalus, bruts. \\ faudrait aussi tenir compte des terrains qui, par diverses causes , ne produisent jamais , tels que les terrains des dernieres classes , terrains sous les arbres, terrains occupes par les haies et arbustes , par les talus en terre , etc. ; ce qui est la source de toutes les erreurs, en trop , de la statistique des productions du sol. M. de Bryas communique au Comite des observations CONGRES DES ACADEMIES. 103 importantes sur une question quMl a soumise aux lumieres des savants et des chimistes qui siegent a l'lnstitut : Quelle doit etre la qualite des terres dont il faudrait com- poser les tuyaux de drainage , dans Tinteret de la duree des ouvrages importants qu'exige le procede? 11 est a craindre , en effet , qu'avec des materiaux impropres les travaux effectu^s perissent ou s'alterent promptement ; d'ou resulterait un prompt decouragement parmi les agriculteurs ; M. Lecadre ajoute que la plupart des ma- tieres declarees inalterables , comme les pouzzolanes ne durent pas au-dela d'un certain temps; mais le transport des matieres premieres ne permet pas toujours d'aller les chercher bien loin et on se sert de ce que Ton a. M. de Straten reconnait la justesse de la reflexion ; mais il ne faut pas se decourager, et surtout ajourner les ameliorations du drainage : tout s'use et s'altere a la longue , ce qui ne doit pas empecher d'employer les ma- tieres connues que Ton a sous la main, tout en cherchant a les ame'liorer et a les perfectionner, s'il y a lieu. La seance est levee a 7 heures. Le Secretaire, Valat, SECTION D'ARCH^OLOGIE. SEANCE DU 28 MARS. (PrSsidence de M. le comte de Mellet). Sont presents au bureau : MM. Gomard , Gaugain , de Glanville , Bordeaux , Sellier et Pernot, iOtl INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. En Tabsence de M. Ad. Rame, M. le President appelle air bureau, en quality de secretaire, M. Jules Pautet du Parois. M. le President donne la parole a M. Jules Pautet , pour une communication archeologique relative a Tin- scription de Ghardavon (Hautes-Alpes). M. Jaules Pautet depose sur le bureau la reproduction exacte de Tinscription qu'il a relevee lui-m&me , sur les lieux, puis il donne lecture d'une notice dans laquelle il fait connaitrele prefet du pretoire des Gaules, en Thonneur de qui elle a et6 graved ; il retrace , en s'appuyant d'un passage de saint Prosper et d'un autre , de saint Jerome, Telat des Gaules au moment ou ce monument a eteconsacre alamemoire du prefet du pretoire, sous Honorius, epoque du dernier soupir de la grandeur romaine , alors que Tusurpateur Constantin tombait avec Aries, en /ill; il montre le doigt de Dieu dans l'invasion des barbares du Nord , attires par Teclat du soleil , dans cette chute provi- dentielle de FEmpire, qui avait pousse" dans ses dernieres consequences la philosophic materialiste et picurienne ; il parle des relations touchantes qui existaient entre Clau- dius, Postumus Dardanus et saint Augustin, qui, en voyant ainsi foulee aux pieds la cite de la terre , s'etait refugie dans la cite de Dieu , le plus admirable ouvrage de Fantiquite chretienne. I/auteur de la Notice , apres avoir fait connaitre le caractere et F importance du prefet des Gaules , cherche a determiner la date du monument ; il la place a Zi20 , apres J.-G. , en pleine invasion des barbares. II donne ensuite Finscription telle qu'elle est, avec ses abreviations ; puis il la complete telle qu'il faut la lire et en donne enfin une interpretation qui s^loigne de celle de Millin. CONGRES DES ACADEMIES. 105 M. le marquis de Charleval fait observer , a propos de cette notice, qu'il est essentiel de tenir compte de la civilisation phoceenne , dans tout ce qui louche aux cites anciennes de Provence ; il parle de l'irradiation de Marseille au loin, et dit que partout les Phoceens ont laisse trace de leur passage. 11 indique la nature des stations, ou l'abri etait plus complet pour les hommes , les chevaux , les chars, etc. II termine en insistant sur la necessite d'indiquer les stations et les mansions sur les cartes archeologiques. Inventaire des collections. M. le marquis de Chenne- vieres a la parole pour la communication d'un projet con- siderable auquel il voudrait associer les societes savantes qui sont representees au Congres. Il s'agirait d'inventorier les collections publiques de nos departements : il convie a cette lache, qu'un seul ne saurait entreprendre, bien qu'il Fait r&ve un instant , tous les amis des arts , tous les hommes de bonne volonte ; chacun de nous peut venir a bout de denombrer, en les examinant avec quelque atten- tion , les oeuvres d'art de sa ville , ou tout du moins de sa paroisse ; on conviendra qu'un recueil de ces denombre- ments simples et precis comme des catalogues , serait le livre d'art le plus nouveau,le plus utile et le plus important. Il y a deja quelque chose de fait a cet egard; mais les catalogues desmusees , par exemple , ne disent rien des objets d'art disperses dans les eglises de la meme ville ; les magnificences et les grandeurs du Louvre ont trop d^tourne les yeux des richesses dispersees ailleurs. L'auteur se propose de fonder un recueil dont le litre serait : Inventaire des cariosites d'art de la France. L'ide"al de l'auteur serait plutot un catalogue qu'un: 106 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. guide , et Fensemble de ce travail deviendrait un im- mense supplement aux catalogues des musses impe>iaux; il continuerait avec eux le repertoire complet des pein- tures et des sculptures de France. La mention des monu- ments ^architecture n'y tiendrait qu'une place exlreme- ment sommaire , et servirait comme de cadre a la nomenclature des ouvrages precieux , plus fragiles et plus mobiles, dont les autres arts auraient decore ces monuments. On indiquerait, autant que possible, le nom ou la maniere des artistes ; mais il ne saurait etre question , dans cet inventaire , des collections particulieres , car la ou la franchise est difficile, il vaut mieux ne pas entrer ; au bout d'un certain temps, on aurait accompli sans bruit uneceuvregigantesque, dont leserudits du present et de Tavenir sauraient le plus grand gre a leurs auteurs. Ces developpements sont accueillis aux applaudisse- ments de l'Assemblee ; le President adresse des felici- tations et des remerciments a M. de Ghennevieres et ne doute pas du concours qui lui sera donne par tous. L'ordre du jour appelle la discussion sur les 19 e . et 20 c . questions. Quelle influence Tarcheologie a-t-elle exercee sur Tindustrie de Tameublement? L'Exposition universelle n'a-t-elle pas demontre que les formes du moyen-age sont aujourd'hui adoptees pour un grand nombre de meubles et pour Tornementation gene* rale? Plusieurs membres prennent successivement la parole pour etablir que l'influence des recherches archeologiques n'a pas toujours et6 heureuse ; que Ton a adopte a tort CONGRES DES ACADEMIES. 107 et & travers des formes , dans l'ameublement , qui sont sans rapport et sans raison d'etre , avec nos habitations actuelles , etroites et mesquines. M. Pernot jj delegue de la Socie' te archeologique de Langres (Haute-Marne), regrette qu'une commission n'ait pas ete* chargee de faire un rapport sur l'Exposition universelle au point de vue des imitations artistiques du moyen-age. M. de Bouis fait observer que les imitations sont souvent loin d'etre artistiques ; que les ouvriers n'e"tudient pas assez les traites speciaux sur l'art qu'ils pratiquent et que cette ignorance leur est funeste ; que toutes ces imitations ne sont point en rapport avec nos mceurs , et que cela produit souvent de deplorables contrastes. M. de Bonneuil, qui trouve la 20 e . question trop vague , dit que , du reste, nous excellons a imiter, mais que nous n'inventons rien , que l'exposition l'a prouve\ M. de Mellet dit que nous sommes inondes de copies du moyen-age; que cependant on ne saurait arreter Teffet du caprice et de la fantaisie , mais que l'ameuble- ment qui doit fixer l'attention, c'est celui des e"glises et des monuments publics. Il faut abandonner les formes bizarres,elramener l'art aux origines du XlII e . siecle, ou il y a des choses pures , rationnelles ; il faut faire revivre le XIIP. siecle , ou tout est plus severe et plus medite\ Un membre fait observer qu'il serait bien convenable et bien utile de ramener les artistes et les architectes a des idees d'e"conomie ; que la plupart des projets sont inadmissibles et inexecutables , par defaut de fonds. M. Raymond Bordeaux trouve que le mobilier a Pusage du culte divin qui figurait a l'exposition , n'etait nullement satisfaisant ; qu'en ge"ne"ral les autels Ctaient 108 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. en-dehors des traditions liturgiques , et que si les eccle- siastiques du XILL e . siecle revenaient dans ce monde, ils ne voudraient pas officier sur de pareils autels. Toutes ces imitations maladroites du moyen-age , sont le car- naval de Vart. Tout cela manque d'harmonie , de con- veyance et de sentiment religieux. On s'est eerie trop vite : Vart du XI IT. siecle est relrouve I M. Pernot demande la parole et s'exprime ainsi : Je demande la permission de mentionner ici d'impor- tants travaux archeologiques, qui se Kent a la restauration de deux monuments historiques , tres-anciens et tres- curieux : je veux parler des eglises de Vignory et de Montierender , dans la Haute- Marne. Le premier de ces monuments, Teglise de Vignory fut batie au commencement du XI e . siecle ; elle appartient pres- qu'entierement a Tarchitecture romane, elle se com- pose de trois nefs , les bas-cot6s forment deambula- toire autour du choeur, sans figurer de transept. Deux tours unies au flanc de Tedifice : Tune derase'e a la moitie de sa hauteur; l'autre encore debout, etalant un double rang de fenetres a cintres gemines, donnent a Texterieur de Tedifice un aspect cruciforme qui ne se revele point au-dedans. Cet ensemble a ete modifie par Taddition successive de plusieurs chapelles au rond-point et au bas-cote" me- ridional. Ge monument curieux semblait menacer ruine lorsqu'il fut decide, il y a plusieurs annees, que sa res- tauration serait confiee a Thabile architecte qui a Teveche de Langres dans ses attributions , e'est-a-dire a M. Boeswilvald , et cela aux frais de Tfitat. C'est aussi sous sa direction que vont se terminer bienlot les grandes CONGRES DES ACADEMIES. 109 restaurations du sanctuaire Elegant de l'ancienne abbaye de Montterender. Je ne dois pas passer sous silence la ceremonie dont nous avons eie temoin, sur la fin de Tautomne : je veux parler de la consecration , faite par Son Em. le Car- dinal-archeveque de Reims, assiste de Mg r . PEv^que de Langres, de la belle eglise nouvelle de la commune d'Eurville, arrondissement de Wassy. M. Lesperut , notre depute* , residant dans ce village , a fait un noble usage de sa grande fortune pour Terection et Tembellissement de cette eglise ; les plans , les dessins et Terection ont et6 confies a M. Arveuf , architecte de la cathedrale de Reims. Une petite chapelle , de style ogival , a e^te" e'rige'e a St.-Dizier; une autre, sous le nom de Notre-Dame- d'Orient ou chapelle commemorative de la guerre d'Orient, fondee avec Tapprobation de Mg r . T^veque de Langres , et ayant pour premier chapelain M. Tabbe Legendre , sera bientot construite a Bourbonne-les-Bains. Le Secretaire , Jules Pautet du Parois. SEANCE GENERALE DU 28 MARS. (Presidence de M. le marquis de Saint-Seine.) Sont invites a prendre place au bureau : MM. de Tocqueville , de La Chauviniere, le comte de Mellet, le marquis d'ANDELARRE , Challe , Gomart , Sellier. M. de Bouis remplit les fonctions de secretaire. 110 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. M. de Bouis , un des secretaires-generaux du Congres , donne lecture du proces-verbal de la seance generate du 27 mars. L' Assembled vote son adoption. M. le President donne la parole a M. Lecadre, pour son rapport sur les travaux de la Socie'te Havraise d'etudes diverses, pendant Tanne'e 1855. M. le President et quelques membres du bureau, pensent qu'un travail aussi etendu , malgre Hnteret des matieres et le talent du rapporteur, ne peut etre lu tout entier dans une seance generate du Congres. M. Chatelain donne communication, au nomdeM.Pier- ron, Tinventeur , d'un systeme de telegraphie electrique propre a donner aux trains en marche sur les voies ferrees tous les renseignements ne'cessaires a la security. A Taide de ce systeme, chaque train peut connaitre le nombre des trains qui sont sur la voie , ceux qui le pre- cedent, ceux qui le suivent comme ceux qui viennent a sa rencontre, soit que ces trains parcourent la meme voie ou sa collaterale parallele. Le conducteur de chaque train peut obtenir imme'diatement non-seulement la reponse a toutes les questions qu'il peut adresser , sur toute la ligne, au moment de son depart , comme a tous les instants de sa marche ; mais il peut savoir, par des signes conventionnels ayant des valeurs numeriques , a quelle distance se trouve chacun des trains dont la marche doit etre coordonnee pour eviter les terribles accidents qui jettent le deuil dans les families et dont se preoccupent trop peu les administrations supe'rieures des chemins de fer. Dans ce systeme , on n'a voulu donner aux conducteurs des trains que des signaux et des chiffres ; on n'a pas voulu qu'ils aient la possibility de tenir des conversations qui auraient pu distraire leur CONGRES DES ACADEMIES. Ill attention de la direction du train. Tel est le probleme. Pour le resoudre , M. Pierron place au-dessus du rail- way , dans toute la longueur de son parcours , un ou plusieurs fils de fer (autant qu'il sera necessaire pour le service) ; chacun de ces fils , attache et soutenu par des poteaux et des poutrelles place's le long du chemin de fer, de kilometre en kilometre ; les fils sont soutenus par des supports isolateurs , fixes aux traverses des pou- trelles , par des bagues en ivoire et en caoutchouc a Taide desquelles s'opere non-seulement la suspension des fils, leur tension , mais aussi leur entrecroisement et inter- ruption , interruption qui a pour effet de permettre au fil qui se romprait par accident, de tomber sur la voie d'ou il peut etre facilement ecarte, sans gener la marche du convoi , qui ne tarde pas a retrouver un autre fil reste* dans sa position normale; au premier kilometre qu'il va rencontrer, jusqu'a ce que le train ait pu se mettre en communication avec le fil normal, il peut l'e" tablir provisoirement a Taide du rail lateral de la voie ferret. L'appareil electro-moteur, tres-simple et peu couteux, con- siste en une pile de Bunsen, forme' e et modifiee par Pauteur, mise en communication avec un multiplicateur ; le cou- ranten est porte au fil place, comme nous l'avons dit, par des montants conducteurs en cuivre , termines, dans leur partie sup^rieure , par des frotteurs qui maintiennent le fil dans sa direction par leurs bords releves. Le propre poids du fil de fer formant la courbe de chainette qui lui est propre , suffit pour assurer le frottement. L'appa- reil , peu volumineux , est place a une hauteur telle qu'il depasse de 20 c . le tuyau de la locomotive, hauteur qui permet d'atteindre le fil. Get appareil, repondant a un des besoins des services 112 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. publics actuels, parait meriter la preference sur ceux quiontete" proposes par MM. Thyer, Bonnelli , et Du Moncel, il est beaucoup moins couteux a etablir. Son usage n'est point interrompu par les reparations de la voie. Quelques membres , notamment le preparateur de M. le vicomte Du Moncel, adressent des objections a M. Chatelain , qui s'efforce de supplier Tinventeur dans ses reponses. M. le President fait observer que le Congres ne peut discuter ni les inconvenients ni les avantages de Tin- vention , ni le merite des objections. L'Academie des sciences seule pourra prononcer en dernier ressort ; inais si le Congres ne peut donner de sanction , il peut re- mercier Tauteur d'un travail aussi utile et aussi inge- nieux. L'Assemblee vote des remerciments. La seance est levee a cinq heures un quart. Le Secretaire , De Bouis. SECTION D'AGRICULTURE. YISITE DU DOMAINS DE M. DAILLY , A TRAPPES. Le samedi 29 mars, MM. de Caumont, comte de Vigneral , marquis dr Montseignat , comte de Van der Straten Ponthoz, Gomart, Ciialles, d'Auxerre; mar- quis d'Oilliamson, baron de Fraville, Gaugain, Jules de Buyer , marquis d'Andelarre, de la Haute-Saone ; le CONGRES DES ACADEMIES. 113 vicomteDE Keridec, du Morbihan ; vicomte de Vendeu- vre , du Calvados; marquis de Bryas, de laGironde; comte de Beaufort, de la Manche ; Gharlier, Briot de Montremy, le vicomte de Chesalles, G. Desvaux, se sont transported a Trappes , chez M. Dailly , qui avait eu Fobligeance d'inviter tous les membres du Congres a venir visiter sa belle exploitation, surveillee par M. Baron, et les fabriques d'alcool et de fecule qui y sont annexees. M. Dailly, dont le denouement aux progres et aux ameliorations agricoles est connude tous, abien voulu recevoir chez lui le Congres avec le plus gracieux em- pressement. La feculerie avait terming ses travaux. Nous avons vu seulement un immense silo tres-remarquable , pouvant contenir 12,000 hectolitres de pommes de terre et d'une construction tres-simple. 11 est enfonce d'environ l m . 50 c . en terre; une tres-legere charpente est supportee par des piliers dont Tintervalle est rempli par la terre de la fouille. La couverte, en roseaux. Ce hangar a coute 5,000 fr. Pour eviter Thumidite , on a pratique longitudinale- ment des rigoles recouvertes d'une planche , qui con- duisent les eaux d'infiltration a un puisard. M. Dailly ne recolte que la moitie environ des pommes de terre qu'il emploie dans sa feculerie ; Tautre moitie est achetee chez les cultivateurs voisins. Le mouvement est imprime dans Tusine par une ma- chine a vapeur locomobile de Calla, de la force de sept chevaux ; elle depense en dix heures de travail 250 kilog. de charbon d'une valeur de 15 fr. A la feculerie qui est montee depuis long-temps, M. Dailly a ajoute" une distillerie de betteraves, systeme iill INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. Champonnois. Les betteraves nettoyees par un laveur cylindrique, sont couples par lames tres-minces. On les met dans un cuvier a double fond ou Ton fait arriver des vinasses bouillantes. Le liquide qui en sort est en- voys' dans des cuves a fermentation d'ou on le fait passer dans Tappareil distillatoire. On traite 8,000 kilog. de betteraves par jour. La pulpe est melangee avec des menues pailles et deposed dans des chambres speciales , jusqu'a ce que la fermentation s'etablisse , puis donnee aux bestiaux a raison de 5 kilog. par mouton et de 30 kilog. par bete a cornes ; ou bien elle est d^posee dans des silos munis d'un double fond, afin de laisser ecouler Teau qui est rejetee au-dehors par une pompe. Toutes les eaux de la fabrique sont recueillies dans un fosse et dans un bassin voisin, ou elles se deposent et laissent un engrais pulverulent formant une espece de poudrette qui est ensuite repandue dans les champs. Les eaux vannes s'ecoulent par de petits fosses et ser- vent a irriguer et a fertiliser les pieces de terre voi- sines. Apres avoir visite les irrigations , le Congres est rentre a la ferme, en traversant des pieces de colza repique dont quelques-unes sonttres-belles. L'annee derniere, M. Dailly a obtenu jusqu'a U0 hectolitres a l'hectare. 11 ne fait venir le colza que tous les dix ans sur le meme sol. Le binage est fait a la main et coute 15 fr. par hectare. x\I. Dailly cultive de preference la betterave blanche de Silesie. II vient d'acheter un semoir Jacquet-Robillard a cinq tubes, qui peut servir pour toute espece de grains. M. de Vigneral Temploie , depuis deux ans , et nous en a feit les plus grands eloges. II coute 250 fr, 11 est CONGRES DES ACADEMIES. 115 Iraine par un ou deux chevaux et peut semer de 3 a h hectares par jour. II permet de ne mettre que 1 hectolitre de ble a Thectare, cette quantite doit neces- sairement varier suivant les terrains. A cote du semoir, nous avons vu un rateau Howard, pour la recolte des loins. Des rateaux de ce genre sont employes dans le Piemont. Les ecuries deM. Dailly contiennent 437 chevaux, tant a Trappes qu'a Paris. Sa vacherie comprend 23 belles vaches normandes qui donnent , en moyenne , 6 litres de lait par jour. Ce chiffre est obtenu en mesurant une fois par mois, a jour fixe, le produit de chaque vache ; puis en prenant la moyenne des douze chiffres obtenu s dans l'annee. Le tableau de ces rendements est affiche dans la vacherie. Le lait est vendu, a Trappes m6me, a 15 cen- times le litre. Les vaches sont nourries avec de la paille, de la pulpe et du foin. Elles ne sortent pas de Thiver et pour les abreuver , on fait couler , au moyen d'un robinet , de l'eau dans leur creche. M. Dailly n'eleve pas de moutons, il se contente d'engraisser environ mille tetes par an, avec de la pulpe, du foin et du tourteau (200 grammes par jour). Sesbergeries sont tres-simples ; nous y avons cependant observe quelque chose de tres-remarquable , les rateliers, doubles avec augettes, sont suspendus par des cordes au lieu d'avoir des pieds ou d'etre fixes a la muraille. Get usage est tres-commun dans le Midi. Les fumiers sont places en deux tas dans un coin de la cour, sur une aire disposee en cuvette , de maniere que tous les jus de fumier se reunissent pour se rendre dans 116 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. deux fosses a purin qui recoivent les urines des etables. Cette disposition en deux tas permet de former Tun pen- dant qu'on conduit Tautre dans les champs. Un ruisseau, qui les entoure , emp&che Teau de la cour de venir laver le pied des tas. Le reste de la cour est d'une proprete remarquable. Les grains qui ne peuvent tenir dans la grange sont mis en meule dans une cour voisine. La machine a battre sort des ateliers de M. Papillon , de Fresnes (Seine-et-Marne); elle comporte quatre chevaux et peut marcher avec trois. Elle bat 500 gerbes en dix heures (a peu pres 15 hectolitres ). A cote de la batterie , on a mis dans la cour un toit sous lequel on peut charger la paille a Tabri , et laisser sojourner les voitures chargees lorsqu'il tombe de l'ean. Les appareils qui complement la machine a battre sont : 1. uncrible a menues pailles pour enlever la poussiere; 2. Un tarare , au-dessous duquel se trouve un trieur cylindrique ; 3. Un crible-trieur de Pernollet , qui coute 120 fr. a Lyon ; U. Enfin , le crible ordinaire , qui est encore employe malgre ces diflerents appareils. Tous les travaux sont faits a la tache. Neanmoins, pour certains travaux qui ne peuvent etre faits qu'a la journee, ou paie 2 fr. les charretiers , 1 fr. 75 c. les autres ou- vrierset 1 fr. les femmes, sans nourrir personne ; toutefois, on fait chaque jour une distribution de 2 litres de cidre par homme, 1 litre par femme, et, pour tremper la soupe , de bouillon fait avec des legumes assaisonnes de graisse ou de beurre, suivant les jours de la semaine. Tous les membres presents ont charge" le Secretaire CONGRES DES ACADEMIES. 117 d'etre leur interprete , pour remercier M. Dailly de la gracieuse reception qu'il a offerte au Congres; et je pense que le Congres tout entier adoptera ces conclu- sions avec empressement. La section vote des remerciments a M. Dailly. Le Secretaire, G. Desvaux. SECTION D'ARCH^OLOGIE. SEANCE DU 29 MARS. (PrSsidence de M. le comte de Mellet. ) Siegent au bureau : MM. Ghalle , Denis et Thiollet. M. Jules Pautet reraplit les fonctions de secretaire. Le proces-verbal de la seance prcdente est lu et adopte. M. Paris a la parole sur la 18 e . question , concue en ces termes : Quelles publications importantes ont etc" signalees cette annee? II enumere , avec soin et scrupule , en accompagnant sa nomenclature d'observations utiles et conscien- cieuses , quatre ouvrages sur Varcheologie chretienne , dix-huit sur Varcheologie civile et militairc , vingt- deux sur les histoires locales , et cinq sur la biblio- graphic et les bibliotheques publiques. Cette lecture est ecoutee avec inte>et , et M. le Presi- dent adresse des remerciments a Tauteur. M. Pernot , charge aussi de signaler les ouvrages 118 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. (Tarcheologie , en ce qui concerne la 18 e . question , dit que le meilleur moyen de faire des proselytes , c'est d 1 avoir de bonnes publications : il cite les Annates ieux des an- nates contemporainesetderhistoire generate du pays. C0NGRES DES ACADEMIES. 127 Cette question done , la voici : Ou fut eleve* le premier monument gothique? Caracterisons ce monument : il faut qu'il ait non- seulement les arcades en ogive , mais encore line certaine legerete" , avec les moulures et les ornements qui appar- tiennent au style gothique. En essayant de re"pondre a la question que je viens de poser , je n'ai pas la pretention de la resoudre : je veux seulement presenter quelques donne'es qui pourront en faciliter l'etude. J'ai cm utile de signaler cinq ou six monuments qui , par leur forme et leur ornementation , me paraissent offrir en leur faveur la plus grande probability J'ai pousse aussi loin que j'ai pu mes investigations les plus minutieuses , et je crois pouvoir avancer , avec certitude , que e'est dans le dernier quart du XIP. siecle qu'il faut placer l'6difice que nous cherchons. Parmi les monuments de cette e*poque inte*ressante, il en est un dont l'histoire nous a ete conserved , avec une grande exactitude , par un moine du voisinage : e'est l'eglise metropolitaine de Cantorbery. Quoique situ6e en Angleterre , cette 6glise a tout-a-fait le cachet francais. Quand on voulut elever cet Edifice, on chercha partout, en France et en Angleterre, l'architecte le plus dis- tingue, et le choix tomba sur Guillaume de Sens, qui commenca l'ouvrage , mais ne l'acheva pas. Les parties de la metropole baties par lui sont du style roman , tandis que celles construites par Guillaume l'Anglais , son successeur, sont d'un style beaucoup plus avance*. Il est vraiment singulier que le moine Geran de Ro- chester, qui a de*crit, avec tant de soin, les differences de style entre l'eglise actuelle et l'eglise ancienne de"- 128 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. truite par Tincendie de 1175 , ne fasse pas mention des arcades ogivales , comme si , de son temps , on les eut conside'rees comme des choses de peu d'importance qiTil n'etait pas necessaire de signaler. Mais les arcades en ogive ne sont pas Fobjet principal de nos recherches. L'historien nous dit qne, dans Teglise nouvelle, tous les ornements ont te" faits avec le ciseau, tandis que, dans Teglise ancienne , connue sons le nom de Cliceur qtorieux de Conrad ( Teglise la plus magnifique de FAngleterre , dans la premiere moiti6 du XII e . siecle) , on n'a pas fait usage de cet instrument. A cette epoque , l'Angleterre et la Normandie 6taient deux provinces du mtae royaume , et il est incroyable que , si Tusage du ciseau eut 6te" re*pandu dans le nord de la France , on n'eut pu obtenir de sculptures pour le Chceur gloricux de Conrad, Nous avons done ici un caractere historique parfaite- ment marque" du monument que nous cherchons. Sans le ciseau , on ne peut avoir ni les moulures ni les orne- ments foaMd* ; tout ce qui est fait avec le marteau est plei?K En citant si souvent la metropole de CantorbCry , je ne pretends pas la donner comme le premier monument gothique ; je demande seulement qu'on signale un autre edifice oftrant , a une date anterieure , les memes ca- racteres architectoniques. II est probable qu'on trou- vera plutot en France qu'en Angleterre le monument que nous cherchons. Je sais bien que les architectes de la capitale sont convaincus que c'est dans Paris ou dans nie-de-France seulement qu'il faut chercher ; et je suis bien temeraire d'oser emettre une opinion contraire a celle de semblables autorite^s. Mais j'attache une tres- CONGRES DES ACADEMIES. 129 grande importance a la question , et il m'est permis de faire remarquer que le prejuge peut fausser Popinion. II faut observer que , durant le XI C . siecle et au com- mencement du XII e ., le style employe en architecture dans le midi de la France etait tout different de celui usite dans le nord. Dans le midi , on avait l'habitude de couvrir les nefs avec des voutes supporters par des ar- cades ogivales , d'un caractere tres-simple , en forme de baie ou de tonnelle. Je me coniente de mentionner ce fait. Dans le nord , au contraire , a la meme poque , on n'avait pas encore ose" mettre les voutes sur les nefs, et Tarcade ogivale n'avait encore ete introduite dans aucune construction. On mettait alors toute son ambition a edifier des nefs d'une grande Elevation. Beaucoup de tentatives furent faites pour arriver a construire , sur de larges nefs , des voutes a la fois solides et elegantes ; mais ces tentatives furent , la plupart du temps, sans succes : la plus grande partie de ces voutes , en voie de construction , s'ecroulerent d'elles-memes. J'ai rencontre des exemples nombreux et des plus interessants de nefs couvertes de voutes, dans les en- virons de Caen ou l'excellence de la pierre semble avoir toujours fait d'excellents macons. Des-lors, n'est-il pas probable que , dans le Nord ou le genie de Phomme est si hautement ami de la nouveaute" , on ait essaye bien des fois , mais en vain , de couvrir les grandes nefs de fortes voutes, et cela a limitation du Midi, ou Ton difiait des nefs basses, mais voulees et avec des arcades ogi- vales ; et que la reunion des deux syslemes constitua le style gothique ? Ne semble-t-il pas naturel , des-lors , que Ton cherche au Sud de la Loire le premier monu- ment gothique ? Et je pourrais meme bien ['avoir trouveV 130 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. Je propose a Patten tion de MM. les De1gu6s Phopital sous 1c patronage de saint Jean l^vangeliste, a Angers, fori de* par Henry II , roi d'Angleterre et comte d'Anjou, qui sejourna long-temps dans cetle ville , ou sa cour e'tait composed de hauts personnages d'Anglelerre et de Normandie ? Si ce monument ne peut 6tre admis , je demande que Ton en indique un autre que Thisloire donne , a une date ante*- rieure , avec des caracteres identiques. L'e'difice que je viens de signaler e'tait acheve' et la chapelle consacr^e en 118/t. En cette meme annee se terminait la corona de la melropole de saint Thomas-Becket, a Cantorbery. Toutefois, le monument d' Angers me semble plusle'ger et d'un style plus avance* que celui de Cantorbery. Tai a mentionner une autre construction, bien digne encore de Pexamen des archeologues a Pendroit dont il s'agit , c'est le transept sud de la cath^drale de Soissons, commence en 1176 ( la meme annee que la melropole de Cantorbery, mais dont le choeur ne fut termini qu'en 1212). Tignore quels progres les travaux ont pu faire dans les dix premieres annees. Peut-etre la Societe locale sera-t-elle a meme de nous fournir sur ce point les ren- seignements necessaires. Dans Notre-Dame de Paris et dans St.-Denis , que les archeologues parisiens citent ordinairement comme les premiers edifices gothiques , il me semble que les par- ties originales manquent tout-a-fait de cette le'gerete' qui est un des caracteres essentiels du vrai gothique. Les divers monuments que j'ai nommes offrent tous un caractere architectonique mixte : aucun d'euxne presente e.xclusivement le gothique pur. Si je voulais passer en revue tous les monuments de la m6me poque presentant les memes caracteres, je pour- CONGRES DES ACADEMIES. 131 rais entrer ici dans de longs deWeloppements ; mais je les reserve pour la prochaine occasion. J'aime a croire que personne ne pensera que f aie la malencontreuse intention de dpr6cier les magnifiques basiliques de Notre-Dame et de St. -Denis de Paris ; mais je ne puis m'empecher de dire qu'on ne saurait les com- parer , pour la hardiesse et la legerete" au re7ectoire de St -Martin-des-Champs. Je le r6pete, a mon point de vue, la legerete est un caractere essentiel du style gothique ; et quoiqu'il soit vrai , comme l'a dit M. Viollet-Leduc , que Tabbe" Suger avait saisi le mode de construction , ce qui e"tait le plus important, il n'osa pas toutefois faire Tapplication de la thSorie qu'il sMtait acquise et , trop peu econome des materiaux, il n'a pas produit cette le'gerete', cette hardiesse du style gothique qui capti- vent nos regards, et provoquent si justement notre admiration. Dans la salle de Thopital St. -Jean, a Angers, et dans la corona de la metropole , a Cantorbery , on a excelle" en legerete* et en hardiesse; et voila pourquoi je les considere comme les deux premieres constructions gothiques , du moins jusqu'a present. Les inscriptions originelles ont , a mes yeux \ la plus grande importance : aussi partout ou j'en rencontre , je sollicite la faveur de les faire estamper, et j'examine soi- gneusement les edifices sur lesquels elles se trouvent. M. Tabbe Cochet a donne", dans le Bulletin monu- mental, une notice sur deux petites eglises rurales des environs de Dieppe , dont il conserve les inscriptions originelles. L't dernier , nous sommes altes ensemble visiter ces deux dglises : la premiere , qui m'a semble" , quant au style , n'avoir rien perdu de son 6tat primitif , date de 1160, si mes souvenirs sont fideles (car je n'ail 132 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. pas ici mes notes); son architecture romane primitive me parait indiquer plutot le commencement que la fin du XI l c . siecle. Toutefois, il faut remarquer que les eglises rurales sont toujours posterieures aux cathe"- drales, dont elles empruntenl le style; et la difference de dale peut s'expliquer ainsi. La seconde des 6glises visiters par M. Cochet et moi est un peu plus ancienne: elle est dans le style gothique primitif. Elle a du &tre presqu'entierement rebatie au XI H e . siecle : elle ne conserve plus de sa premiere construction qu'un pan de muraille ou se voit la pierre portant Finscription originelle qui peut bien etre restee a sa place. 1.1 est facile de distinguer les pierres de Tune et de Fantre construction. II y a dix ans, je publiai une Table clironologique des principaux monuments de l'Europe , specialement de la France et de FAngleterre: j'avais consacre a ce travail plusieurs annees d'etudes ; toutefois , il ne me satisfaisait pas dans le temps, et je ne voudrais pas aujourd'hui en offrir au public une seconde edition. Ce sera une bonne fortune pour Farcheologie , si MM. les Dengues des Societes savantes veulent bien rechercher soigneusement les dates authentiques des monuments existant dans les provinces qu'ils habitent et, reunis- sant ensuite leurs recherches , sMls offrent, quelque jour, aux amis de la science une Table chronologiqne cxacte des monuments dignes d'interet. Le Congres recommande aux Societes savantes le sujet dYtude indique par M. Parker. M. le Directeur informe le Congres que la section d'agriculture s'est rendue a Trappes pour visiter la CONGRES DES ACADEMIES. 133 ferme de M. Dailly, et qu'il a 616 recu, comme on Pa vu dans le proc6s-verbal , avec une esquise cordiality par M. Dailly. Le Congres vote des remerciments a M. Dailly. M. Doyen donne lecture d'un rapport sur les travaux de la Societe d'agriculture , sciences et arts de l'Aube. M. Vignon, delegu6 de la Societe archeologique de Sens , donne lecture d'un rapport de M. Proux sur les travaux de la Societe" archeologique de Sens. M. Ch. Gomart , delegue du Cornice de St.-Quentin , presente un rapport sur les travaux de cette association agricole , pendant Tannee 1855. M. de Gaumont signale le grand parti qu'on peut tirer des rapports sur les travaux des Societes savantes, mais il pense que le rapport general sera fait avec plus de suite et plus d'ensemble, par un seul rapporteur. M. le secretaire- general, Sellier, qui est charge cette annee de ce travail, y travaille avec beaucoup d'activit6 et il en donnera connaissance au Congres, avant la cloture de la session. M. Sellier dit qu'il a deja recu et examine" un grand nombre de rapports , il est au courant ; dans Tanalyse qu'il fait, il cherche surtout a r6unir, sans rien perdre, tout ce qu'il y a de plus important dans les travaux qui lui sont envoyes. L'activite comparative des Societes ressortira tout naturellement de son rapport. M. Lecadre , d61egu6 de la Societe du Havre , regrette que le Congres n'etablisse pas plus de rapports entre les Societes savantes de France. On arrive de la province , on ne se connait pas, on n'a pas les noms des differents membres presents. Il voudrait que des liens de confra- ternite resultassent de la reunion des membres du Congres a Paris et que les travaux des Societes savantes de la pro- 13Zl INST1TUT DES PROVINCES DE PRANCE. vince fussent mis en relief (Tune maniere plus complete. 11 faut prendre les intents de ces Compagnies isolees , si Ton veut remplir lc but du Congres. M. le comte Van der Slraten Ponthoz pense que le but du Congres n'est pas seulement de prendre con- naissance des travaux des Societes savantes , mais en- core d'appeler les dele'gues des Societe's de province a discuter les questions du programme. M. Raymond Bordeaux regrelte que le programme des questions soumises chaque ann6e au Congres ne soit pas insere in cxtcnso en ts sur les moyens qu'il serait con- CONGRES DES ACADEMIES. 167 venable cTemployer dans Pinteret de la moralisation et de Tinstruction. M. Charles Gomart presente , au nom du Cornice de St.-Quentin ( Aisne ) , diverses considerations en faveur de la creation, a Paris, d'un marche central, place a ported du chemin de fer de ceinture, et remplacant les marches de Sceaux et de Poissy. S'il est un axiome incontestable, c'est que le bewail est Tame de Fagriculture , et qu'il ne peut y avoir de progres agricole reel et durable qu'en raison de I'ac- croissement de la production animale. Ne semble-t-il pas qu'en vertu de ce principe , la production de la viande soit chose forcee, et qu'il ne doive jamais y avoir lieu de craindre la rarete ou la eherte de ce produit? Mais ce qui semble si clair et si simple en principe , rencontre dans la pratique bien des difficultes. U en est du cultivateur comme de tout autre industriel Do- mine par les besoins presents , il ne fait et ne doit faire que ce qui peut lui rapporter le plus. 11 cherche avant tout son benefice im medial. Si les circonstances sont telles qu'il lui soit plus avantageux de vendre de la viande que des produits vegetaux , il ne sera pas besoin de Ty exciter : il fera de la viande. Les circonstances sont-elles differentes? il regardera le betail comme un mal necessaire; et iH n'en usera que dans la mesure strictement indispen- sable pour se procurer les engrais. Quelle est la production qui rapporte le plus ? Voila sa boussole , a lui. Quels sont les moyens d'obienir au meilleur marche les produits le mieux demandes ? Voila toute sa science et toute sa preoccupation. 11 ne tra- 168 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. vaille pas pour remplir une mission sociale , mais tout simplement pour recueillir de ses labeurs un legitime benefice. II n'existe done qu'un moyen de l'attirer vers une voie de production quelconque, e'est de lui montrer que son avantage est au bout; que le chemin qui y mene est sans obstacles ; e'est de faire que la satisfac- tion de son interet Concorde avec la satisfaction du besoin public. On dit : la viande est chere , Fagriculture n'en pro- duit pas suffisamment ; ignorant ses vrais interets , elle neglige le betail pour d'autres produits qui se r^alisent plus vite, mais qui fatiguent le sol. Ceux qui parlent ainsi n'ont pas tout-a-fait tort sans doute ; mais avant de se plaindre de la cherte" , ont- ils calcule a quel prix la viande peut revenir au pro- ducteur? Ont-ils, dans ces derniers temps, tenu compte du rencherissement extreme de toutes les matieres qui servent a Tengraissement ? N'oublient-ils pas que l'edu- cation du betail est ceuvre de longue haleine, et que la brievete des baux fait au fermier une necessity de jouir vite? Le developpement de toute industrie est soumis a certaines lois dont la plus absolue est le debouche. La production tarit ou cesse, si la demande n'est pas active, si le debouche n'est pas suffisant, permanent, et, de plus, sur et facile. Comme il n'est guere de production qui exige plus de temps, de soins et d'avances de capilaux que la production du bewail , il lui faut aussi , comme encou- ragement, plus de seairite" et de facility de placement qu'a tout autre , plus de regularity dans les cours. CONGRES DS ACADEMIES. 169 Ces conditions existent-elles pour la production fran- chise ? Le principal debouche de la viande , en France , est dans les marches deSceaux et de Poissy, qui sont les regulateurs de cette denree. Ces marches offrent bien une demande permanente ; mais Toffrent-ils d'une maniere suffisante, reguliere, commode , assuree? Consultez tous les engraisseurs , ils seront unanimes pour formuler des plaintes et pour vous signaler la Tune des causes secon- dares qui entravent le developpement deTengraissement La position de ces marches a 12 et a 32 kilometres de la capitale , leur eloignement des principales voies ferrees occasionnent au producteur, et principalement au boucher , un surcroit de depenses que rien ne vient compenser. La perte de temps et d'argent qui resulte de cet eloignement est cause que la plupart des bou- chers ne peuvent aller faire eux-memes leurs achats et ne s'approvisionnent que de seconde main , ce qui ntossite Intervention de marchands en gros appeles chevillards , de courtiers , de commissionnaires , d'in- termediaires nombreux, qui pr&event un large tribut sur le producteur et le consommateur. Ensuite , comme les marches ne s'ouvrent qu'une fois la sernaine , et qu'ils sont places a k0 kilometres Tun de Tautre, le vendeur qui est arrive trop tard ou qui n'a pas pu vendre son be" tail , est force d'attendre huit jours et de supporter des frais de sejour considerables , gu de faire parcourir a ses animaux deja fatigues une distance de dix lieues qui achevera de les deprecier. S'il arrive que le marche soit un peu charge de bes- tiaux , le producteur qui n'ose remettre a huitaine , ni conduire a dix lieues plus loin , est force de subir les conditions de Tacheteur. 8 170 INSTITDT DES PROVINCES DE FRANCE. Enfm , le plus oil moins d'abondance , Firrdgularite des arrivages amenent des hausses ou des baisses im- portantes qui, notammenl sur les moutons, reprSsen- tent souvent 1/5 ou 1/6 de la valeur , c'est-a-dire plus que le benefice que pouvait se promettre Fengraisseur. Ces fluctuations des prix decouragent les producteurs s^rieux , qui n'aiment pas a faire courir , a des produits qui leur coutent si cher, les chances de cette espece de loterie. II semble facile de parer a ces divers inconv^nients et a d'autres que nous laissons de cot, au moyen de rgtablissement d'un marche" unique , place aux portes de Paris , aux abords du chemin de ceinture , a ported par consequent de toutes les lignes de fer; ce march ayant de larges emplacements , entoure d'abattoirs , ou- vert trois fois par semaine , aurait pour resultat de mieux assurer Papprovisionnement , de regulariser les cours et de procurer aux educateurs et engraisseurs de bes- tiaux ces facilites , ces suretes , ce debouch6 constant et r^gulier qui sont indispensables pour encourager une production de cette nature. En outre des garanties qu'il offrirait aux engraisseurs , et de la faculte de pouvoir mieux e"chelonner leurs expe- ditions , ce marche central aurait Timmense avantage d^viter aux animaux la fatigue , la depreciation , la perte de poids , les mauvais traitements qu'ils eprouvent dans les transports de marche a autre , ou des marches a la capitale, et de reduire presque a neant une masse de faux frais , frais de deplacement , de transports , d'in- termediaires nombreux qui , ici comme en bien d'autres choses, elevent en pure perte le prix d'une denre^e de premiere ncessite. CONGRES DES ACADEMIES. 171 Le Gouvernement , qui se preoccupe a si juste titre des moyens de procurer Falimentation a meilleur marche, ne peut rendre aux diverses classes de la society un plus reel service que de rechercher toutes les mesures qui pourront avoir pour resultat de rapprocher le pro- ducteur du consommateur. Que le Gouvernement veuille bien supprimer les mar- ches obligatoires a bestiaux de Sceaux et de Poissy pour les remplacer par un marche central , place aussi pres que possible de Paris et du chemin de ceinture , offrant toutes les commodites desirables pour Templacement et les abris , entoure d'abattoirs et fondoirs, qui s'ouvrirait au moins trois fois par semaine. En effet, 1. les marches actuels de Sceaux et de Poissy ne sont pas egalement , ni facilement accessibles pour les eleveurs de toutes les regions. 2. La distance ou ils sont de lacapitaie (12 et 32 kilo- metres) occasionne aux bouchers des frais de deplacement et autres , des pertes de temps et d'argent qui renche- rissent necessairement et inutilement la viande. 3. Get eloignement est cause que le plus grand nombre des bouchers ne peuvent operer directement leurs achats, et doivent s'approvisionner de seconde main , ce qui n6- cessite Intervention on^reuse de marchands en gros , dits chevillards , de courtiers , de commissionnaires , d'intermediaires divers. 4. De la situation actuelle de ces marches , il r6sulte que les bestiaux de la plupart des pays d'eleves n'y par- viennent que par voie de terre, ce qui revient a dire qu'ils arrivent deprecies par la fatigue ; en outre , les fatigues nouvelles et les mauvais traitemenls qu'ils eprouvent d'ordinaire dans les transports d'un marche a Pautre, ou des marches a la capitale, achevent de les 172 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. depr^cier et leur font subir une perte de poids qui n'est jamais inferieure a 10 y . 5. Par Teffet de la distance entre Sceaux et Poissy (UO kilometres), le producteur qui est arrive trop tard au march6 , ou qui n'a pas trouve preneur pour son De- tail , ne peut le conduire a l'autre marche qu'en lui faisant faire une marche excessivement fatigante. 6. Et, comme chaque marche ne s'ouvre qu'une fois par semaine , le vendeur que la distance emp&che de renvoyer son betail d'un marche a l'autre , est force de supporter des frais de sejour considerables , ou de subir la loi de l'acheteur. 7. II resulte de ces diverses causes , et surtout de ce que chaque marche ne s'ouvre qu'une fois par semaine , que les arrivages sont irreguliers, et que, selon leur plus ou moins d'abondance, il se produit des variations consi- derables en hausse ou en baisse qui decouragent les pro- ducteurs serieux , ceux-ci n'aimant pas a laisser courir les chances de cette sorte de loterie a des produits qui leur ont coute de longues avances de soins et de capitaux. D'ailleurs la production de la viande ne peut etre trop encouragee au double point de vue de d^velopper le progres agricole dont elle est la base, et d'ameliorer raiimentation gentole. Le principal moyen d'activer cette production est de faire que l'engraisseur trouve tin placement regulier, facile et avantageux de ses produits. On reduira notablement les frais qui rencherissent ainsi inutilement un produit de premiere necessite , en ouvrant a Paris un marche central , plus abordable, plus commode que les marches actuels , offrant a toutes les regions une egale facilite pour y envoyer leurs bestiaux CONGRES DES ACADEMIES. 173 par la voie de fer et sans transbordement ; permettant de require les frais et la duree des voyages ; supprimant le monopole des chevillards , rendant inutiles la plupart des intermediates, et procurant a tous les bouchers la faculty d'operer directement leurs achats. Un plan photographie pour le marche" projete pres du chemin de ceinture a ete" mis sous les yeux du Congres et l'a vivement interesse\ M. Gh. Gomart estime qu'un des meilleurs moyens de moraliser les agents de Tagriculture est , apres les con- cours de moralite, Temploi du livret agricole. Ce livret, dont Tusage tend a se repandre, non-seulement regularise les bons rapports entre le maitre et Touvrier ; mais il con- state encore, par des dates, le plus ou moins de stabilite du domestique dans la ferme. G'est la un obstacle aux pe- regrinations vagabondes de certains ouvriers agricoles. Le Secretaire , Valat. SECTION D'ARCHEOLOGIE. SEANCE DU 31 MARS. ( Pr6sidence de M. le comte de Mellet. ) Siegent au bureau : MM. de Caumont, Paris , le baron Ghaubry de Troncenord, Sellier, Van der Straten Ponthoz et Dreolle. M. Jules Pautet remplit les fonctions de secretaire. ilk INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. Le proces-verbal de la stance prec^dente est la et adopte. M. le President signale I'ouvrage de M. Jules Pautet sur le blason , comme pouvant donner les notions les plus exactes sur la matiere. M. Pernot dit que cet ouvrage est dispose par titres , chapitres et articles , et il le recommande aux arch^o- logues auxquels il peut etre d'une grande utilite. Celte pensee est appuyee par M. le comte Van der Straten Ponthoz, qui dit que ce livre est superieur a beaucoup d'autres, plus beaux exterieurement et qui tiennent moins qu'ils ne proraettent. M. Pernot rappelle a l'Assembtee la Viei'ge du moyen- age dont il a 6te question dans la seance precedente. Cette statue, dit-il, represente sainte Anne, et on Pa exposee a la veneration des fideles comme representant la Sainte Vierge ; elle n'est point d'une bonne ecole , mais son anciennete" la rend curieuse. Il pense qu'un ouvrage sur ces excentricites serait tres-utile. Le dessin est mis sous les yeux de la section. M. de Caumont pense que cette statue est du XIV e . siecle. M. Pernot signale une toinbe interessante qui existe a Fontaine-Francaise , pour la conservation de laquelle il a demand^ une allocation a la Society d'archeologie pour la conservation des monuments. On passe a la question ainsi concue : De Tavantage , pour les Societes francaises , de se mettre en rapport avec les Societes savantes d'Ame- rique. Chacun reconnait Timportance qu'il y aurait a ^tablir ces rapports. CONGRES DES ACADEMIES. 175 M. Antoine Passy signale M. Vattemare, qui opere des echanges deja tres-fructueux entre la France et FAmerique, avec lequel on pourrait lier les rapports que Ton desire etablir. M. de Gussy enumere tous les avantages des conquetes bibliographiques , dues au zele infatigable de M. Vatte- mare , qui s'est voue depuis un grand nombre d'annees a; provoquer, entre le vieux continent et les 6tats de TOccident, l'echange des ouvrages en double dans les bibliotheques , et on peut , dans celle de Thotel-de-ville de Paris , avoir la meilleure preuve du succes de ses efforts. M. Dr^olle et d'autres membres disent que deja on recoit beaucoup de livres americains ; il sera done possible de creer des relations. M. le President soumet la 30 e . question aux discussions de TAssemblee. Utilite des listes et adresses exactes des membres , pour faciliter la correspondance et les relations entre savants. M. de Bouis voudrait que Ton revint sur les biblio- graphies des Socie'tes savantes ; ce qui manque , e'est la possibilite de faire connaitre aux savants les ceuvres reciproques qui traitent les memes sujets. C'est par YAnnaaire do I'Institut que Ton pourrait r^pandre la bibliograpbie savante des provinces. II fau- drait sans doute plusieurs annees pour la completer; mais ce que Ton aurait d'abord serait mieux que le neant ou Ton est a cet egard. Ces etudes bibliogra- phiques seraient fort utiles. M. de Mellet dit que la question a 6te posee pr6c- 176 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. dem merit : deja la bibliographic academique a ele com- mencee par Plnstitut des provinces , et , plus tard , le Minislre de l'instruction publique a pris la chose a coeur : il publie, chaque mois , un bulletin bibliogra- phique. M. de Bouis dit que ce bulletin du ministere est in- complet , et que les sciences y sont eparses ; il veut un travail classe* par ordre de sciences distinctes. M. le President pose les questions suivantes : Des nouveaux procedes de gravure et d'impression , et des services qu'ils peuvent rendre pour la multipli- cation des figures a bon march e" dans les publications scientifiques. Tissierographie , helioplastie , impres- sions photographiques. Des moyens de propager ces procedes economiques et plus parfaits dans les imprimeries de province. Quelles societes savantes en ont adopte Tusage pour leurs publications? M. Pernot a la parole sur la photographic ; il parle des difficultes que Ton eprouve a reproduire parfaitement beaucoup d'objets. M. de Gussy s'eleve contre les assertions un peu trop severes de M. Pernot. Sans doute la photographie ne peut tout atteindre ; mais son pouvoir est beaucoup plus tendu maintenant qu'il y a meme fort peu de temps, et si dans les cryptes ou dans les parties obscures des edifices religieux on ne peut photographier , dans les cathedrales elevees et eclaire"es on fait des interieurs d'une maniere heureuse et satisfaisante ; Textreme susceptibilite du collodium vient merveilleusement en aide, et pour les diverses parties du mobilier CONGRES DES ACADEMIES. 177 sacre" , rien de plus ais6 que d'obtenir le jour necessaire. M. Pernot 6tablit les differences qui existent entre les moyens photographiques et les moyens ordinaires du dessin pour reproduire les monuments archeologiques. M. de Gussy eleve , comme elle doit Fetre dans la pens6e de tous , la photographie qui est le plus admi- rable progres artistique que Ton ait pu faire dans les arts de la reproduction. M. R. Bordeaux dit que la question est mal comprise ; il ne s'agit pas de savoir quel procede est le meilleur ; il dit qu'il faut les adopter tous , et qu'il faut chercher , avant tout , le moyen de populariser les livres a figures et d'y repandre a bon marche" les dessins utiles. II parle de la superiorite de la photographie sur le dessin , pour rendre certains effets pittoresques qu'il est impossible de reproduire par les moyens dont dispose le dessinateur. Le dessinateur choisit son moment, le photographe peut faire de meme ; le moment de la photographie sa- vante viendra apres le regne de la photographie pitto- resque. II continue en disant que la plupart des dessins de voyages artistiques sont inexacts. S'il y en a d'exacts qui soient faits par des archeologues , ils sont alte>es par le dessinateur qui les met sur bois , et le graveur ensuite acheve de les rendre meconnaissables : en passant ainsi par plusieurs mains , chaque artiste y met sa fantaisie : les gravures sur bois, dit-il, sont des a-peu-pres. Il vou- drait des photographies dans les ouvrages d'art. Comment propager les photographies? C'est la la question difficile, car les photographies sont cheres. Il faudrait que Th^liographie put arriver a nous donner des cliches. 178 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. La photographie a des inconvenients ; aussi elle ne reproduit que des objets qui sont a Text^rieur. Elle ne peut donner les objets interieurs , les chapelles cu- rieuses : la le dessin reprend ses droits. Du reste, la photographie progresse et n'a pas dit son dernier mot : on n'a deja plus besoin de la chambre noire pour faire certains caiques. La photographie n'est souvent qu'un moyen , qu'un renseignement; mais c'est un procede qui vient en aide aux artistes. II voudrait que les Societes savantes ne se bornassent pas a la reproduction lithographique et qu'elles donnassent des photographies , des heliographies , selon les cas et les choses a reproduire. II parle des avantages de Veau- forte : elle etait pr^cieuse parce qu'elle ne passait pas par plusieurs mains. Aujourd'hui, on essaie de la rendre transmissible par la galvanoplastie produisant des cliches. La photographie est aussi un moyen d'imprimer. II parle des reproductions de dentelles et de soie , il dtoit les procedes par lesquels on les a obtenues d'une maniere prodigieuse. Il faudrait propager les m&hodes photogra- phiques et heliographiques en province. M. Pernot cite des dditeurs de province qui font des publications remarquables. M. de Bouis dit que la photographie plait a tous. Elle a une certaine exactitude qui se prete a la reproduction de certains objets. Mais elle a ses inexactitudes ; elle n'est pas arrivee a tout ce que Ton peut attendre d'elle : elle progressera encore, mais Tart lui sera toujours supCrieur. M. de Cussy rappelle a M. de Bouis les planches zoolo- giques et photographiques publiees par MM. Niepce et Rousseau : rien de plus heureux , de plus exact pour le C0NGRES DES ACADEMIES. 179 relief , la perspective , la delicatesse. M. de Bouis recon- nait le fait. M. le President rappelle qu'un amateur invite leCongres a visiter un tableau qu'il possede rue St.-Sulpice. La commission chargee de visiter ce tableau se com- pose de MM. Pernot , Bordeaux et Thiollet. Le Secretaire, Jules Pautet. SEANCE DE CLOTURE DU 31 MARS. (Presidence de M. Boulatignjer. ) M. le President appelle au bureau : MM. de Caumont, de Gussy, Sellier, Dubois (de Tlsere), de Tocqueville, Denys. M. Gayot remplit les fonctions de secretaire. La seance est ouverte a 2 heures. M. Raymond Bordeaux , Fun des secretaires-generaux , donne lecture du proces-verbal de la seance generate du 30 mars. M. Valat, secretaire de la section d'agriculture , donne lecture du proces-verbal de la derniere seance de cette section. Le passage de ce proces-verbal, relatif a Tin- struction donnee dans les ecoles des campagnes , donne lieu a quelques observations de M. de Caumont, Un membre , a propos de ce proces-verbal , demande que la question relative a Teducation des enfants dans les campagnes , soil reportee au programme de la pro- chaine session du Gongres. Cette proposition est adoptee, M. le baron Doyen , au nom d'une commission sp6- 180 IKSTITUT' DES PROVINCES DE FRANCE. ciale , lit un rapport sur les moyens a employer pour rendre plus sures et plus fecondes les communications des Societes savantes entre elles : Messieurs , J'ai appele , samedi dernier , votre attention sur les rapports qui devraient exister entre les Societes de province et ie Congres, et notainment sur le mode de communication de leurs travaux. Inexperience de cette annee a demontre que ce mode est incomplet , et qu'au- cun de nous , peut-etre , sauf M. le Secretaire-general , ne pourra , en retournant chez lui , se rendre compte et rendre compte a ses commettants , des productions si diverses et si interessantes des Societes academiques , dont les delegues se sont rendus au Congres. Quelques membres ont pris la parole pour appuyer la question, tout en ne dissimulant pas les difficultes dont elle est entouree ; a la suite d'une courte discussion , une commission a ete nommee dans le but de rechercher les moyens d'obvier aux inconvenients signales. Cette Commission s'est reunie , et apres avoir re- connu, comme ct la seance generale, tout ce que pouvaient avoir de difficile des communications et des rapports, pius suivis et plus circonstanci^s , elle a et6 conduite a vous proposer de revenir , avec quelques modifications , a une marche adoptee precedemment , et qui semble mieux concilier les interets litteraires des Societes aca- demiques, que celle qui les regie aujourd'hui. Elle con- sisterait dans la lecture des rapports de chaque delegue devant une commission speciale nommee par le Congres ; a Touverture de chaque stance generale , les Secretaires de cette commission feraient au Congres i'analyse de CONGRES DES ACADEMIES. 181 ces rapports, et appelleraient ainsi son attention sur ce qui leur paraitrait devoir la fixer. II nous a paru que la communication d'un resume faite par une commission du Congres , aurait plus de credit et d'impartialite que celle faite par les delegues eux-memes ; portes quelquefois , meme a leur insu , a exagerer la valeur des travaux de leur Societe ; que cette communication , devenue journaliere , tiendrait le Congres au courant des productions soumises a son appreciation , et lui permettrait des observations pen- dant toute la duree de nos reunions. Cette communication d'un compte-rendu journalier, en seance generale, repondra en meme temps a la juste preoccupation des delegues qui verraient avec peine des travaux consciencieux et des recherches sou- vent precieuses , relegues dans Tobscurite d'une com- mission a laquelle le Congres lui-meme ne prendrait aucune part. Un autre avantage de cette mesure resulterait peut- etre encore de la division de ces resumes dans YAnnuaire de Vlnstitut des provinces. Reunis aujourd'hui a la suite les uns des autres, les comptes-rendus se ressem- blent necessairement beaucoup et deviennent d'une lecture un peu monotone, ^attaches au proces-verbal de chaque stance generale , ils en forment partie , et seront lus au meme titre et en meme temps que le recit de la seance elle-meme. Une observation , toute dans TinterGt des travaux des Soctetes academiques , a ete faite par Tun des membres de la commission ; il lui a paru que ces society feraient bien de livrer a Pimpression le rapport qu'elles doivent au Congr&s , et de le distribuer a chacun 182 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. de ses membres. Cette communication plus reelle , plus directe , nous promettrait , au besoin , des etudes com- paratives sur ces travaux, et nous donnerait la facility de faire part , soit au Congres , soit a la Societe qui nous a dengues, de Timpression que ces memes tra- Yaux auraient laisse"e. La Commission engage done MM. les detegu6s a peser cette observation , et a voir si elle ne serait pas de nature a favoriser la connais- sance de leurs productions. J'ajouterai que, pour precher d'exemple autant que de paroles , je viens d'en agir ainsi pour la Societe acad6mique de TAube. Un autre moyen de relations et de rapprochement entre les membres du Congres , consistera dans la liste exacte, par societes et par departements, des delegue's de chacun d'eux. Elle sera, a Tavenir, affiche"e dans la salle des seances. Toutes ces dispositions, Messieurs, seraient n6an- moins irisuffisantes sans la bonne volonte* de chacun de nous, mais comme heureusement elle n'est pas douteuse, et se revele chaque jour , la Commission aime a penser que cette bienveillance reciproque , dont nous avons un si parfait modele dans notre savant Directeur, sera toujours le lien le plus sur et le plus solide entre les membres du Congres. Apres quelques observations , le Congres approuve le rapport de la Commission , et en adopte les conclusions. M. de Caumont annonce que M. Dumas a apporte, pour etre mis sous les yeux du Congres, un appareil destine' a prevenir les accidents sur les chemins de fer. Les membres pourront examiner ce modele dans la salle d'attente ou il est depose. CONGRES DES ACADEMIES. 183 M. de Jesse" lit une note sur un nouveau mode de pa- nification , invente par M. Rolland : Messieurs, Au Congres scientifique de Marseille , en 1846 , je hasardai quelques considerations sur le choix des grains ; et, durant la disette de 1846 a 181x7 , continuant a m'occuper de Tart de la meunerie d'une maniere assez suivie , il me fut donne de rendre quelques services pra- tiques en soignant le bon emploi de ces memes grains que nous prenons tant de soin de nous procurer de bonne qualite" Je pensais alors qu'il y avait dans cette application de Intelligence un trait Chretien et economique qui n'&ait pas a dedaigner. En effet, Messieurs , en vain vous vous efforcerez de produire plus de cereales, en vain un gouvernement sage et 6claire ne negligera rien pour conserver les exce"- dents des bonnes recoltes ou nous trouvons \ dans une importation mieux reglee , le supplement qui peut en certaines annees nous manquer; une bonne partie de ces efforts louables et couteux restera inutile , tant que le pfoduit des moissons sera generalement trans- forme en pain, cl'une mantere barbare, comme nous le voyons pratiquer au milieu de nous , surtout dans les campagnes. C'est triste a dire; mais Fart de la meunerie et celui de la boulangerie , qui , partout , devraient se donner la main , n'ont point encore fait dans les masses le pro- gr6s qu'on aurait du esperer , temoin notre habitude toujours croissante de demander aux cereales, sous forme de pain, le principal element de notre nourriture ! Nous en sommes encore , presque partout , au point ou iSll INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. les Romains en 6taient il y a deja 2,000 ans. Les Romains alors , soit dit en passant , n'exrasaient pas le grain entre deux cailloux et n'en cuisaient pas les d6bris sous les cendres, apres les avoir mele's avec un peu d'eau ; mais nos moulins a eau , quoique cessant d'etre une exception au milieu des moulins a bras , ne sont pas plus perfec- tionnes que les leurs. Nos fours ne valent pas mieux que ceux dont la ruine de Pompei a suspendu le fonc- tionnement. II serait temps, cependant, de populariser jusque dans leur derniere extension possible , des idees justes sur la confection du pain : nous souffrons trop de Tetat actuel des choses. Par exemple, si j'avais le temps d'entrer dans ces details, j'indiquerais que les grains si rares de la derniere recolte , contenaient comparative- ment plus de gluten, plus de parties azotees que les autres annees.... L'ignorance des bons procedes de meu- nerie nous a empeches de profiter de cette richesse. Elle a e"te ainsi en partie aneantie par les individus a qui nous avons donne notre farine a malaxer et a cuire. Tachons d'etre plus avisos une autre foist Pour cela eveillons la sollicitude des populations sur le bon em- ploi des recoltes. Apprenons a tous que la richesse du grain ne ressort et ne peut etre developpee que dans un bon moulin ; mais surtout popularisons l'idee que Ton peut confectionner et cuire le pain plus utilement , plus proprement et a meilleur marche ; car dans cette partie de Tindustrie alimentaire a Taide du grain , se trouvent les coupables les plus nombreux , les plus impardon- nables , les plus faciles a corriger ! Chacun connait de vue les pe'trins mecaniques , leur prix est peu eleve ; il suffira de les mettre dans les habitudes de la vie pour CONGRES DES ACADEMIES. 185 faire faire un grand pas a Tart. Quelque habile et bien intentionnee que vous supposiez tine creature humaine, sans C instrument de travail que nous conseillons , elle ne pourra pas produire du pain dans lequel le ferment, ou levain , soit aussi bien reparti qu'on doit le desirer ; elle ne pourra pas produire le pain a aussi bon marche" et dans d'aussi bonnes conditions de proprete' et de salubrity. Enfm les fours a chaleur continue , a sols tournants et a foyers exterieurs , donnent du pain cuit egalement , et avec une grande economie de calorique , et par suite de combustible. Le four Rolland , que vous avez du remarquer dans la piece voisine , a ete reconnu par l'honorable M. Payen, notre confrere, comme offrant dans Femploi du combustible une epargne de 1/3. Or , il faut que tout le monde sache que le combustible entre dans le prix de revient de la- panification pour une part des plus considerables. Les mauvais fours sont les parasites qu'il importe le plus de faire disparaitre de Tart de la boulangerie , et a cette occasion surtout , je proposerai des remerciments a M. Rolland qui, en nous communiquant tous ses appareils de panification et meme le plan en relief de Tetablissement de Fon- tainebleau, nous a permis d'admirer tout ce qui existe de mieux a Tetat pratique en ce genre. La science n'a pas dit son dernier mot , cependant Tart de la bou- langerie , arrivant au point actuel , resout en partie le probleme du bon emploi des grains. Souhaitons done a M. Rolland la plus grande diffusion possible de ses instruments , et , en attendant mieux , conseillons a tous un usage plus ou moins direct de tels procedes ; car , ainsi que nous nous l'avons dit plus haut , il ne suffit pas que Fagriculteur et le commercant operent 186 INST1TUT DES PROVINCES DE FRANCE. avec succes pour parvenir au cas desire" par chacun de nous; ce ne sera qu'avec Taide de la meunerie et de la boulangerie que nous aurons partout et toujours le pain du pauvre a bon marche I Le Congres remercie M. de Jesse" de sa communication. M. de Caumont donne connaissance au Congres de deux lettres qui lui parviennent a Tinstant : Tune de M. Geoffroy-Saint-Hilaire , qui s'excuse de n'avoir pu se rendre au Congres ; l'autre de M. Pabbe Lacurie, secre- taire-general du Congres scientifique , qui invite MM. les membres du Congres des Academies a assister a la 23 e . session qui se tiendra, cette annee , a La Rochelle. M. Dubois reclame , a son tour , la presence des de16- gu6s des Societes savantes a la 24 e . session dont il est le secretaire-general, et qui se tiendra a Grenoble en 1857. M. Sellier , un des secretaires-generaux de la session, lit son rapport d'ensemble , r^sumant les travaux des Societes de province , pendant Tannee 1855. Ce travail, de longue haleine, rMige' avec une remarquable lucidite, est ecoute avec une grande faveur par TAssemblee, qui en vote 1'impression dans YAnnuaire. M. le President Boulatignier prend la parole ; il e*met le vceu qu'aucune Societe de province n'omette, Tannee prochaine , d'envoyer des delegues au Congres ; elles doivent sentir de quel interet il est pour elles de se faire repre"senter dans cette reunion. II propose au Congres de voter des remerctments a M. le Directeur, dont il a pu , depuis les premieres annees , appre'cier la bienveillance et Tam^nite ; lien puissant qui unit entr'eux tous les membres e"pars des corps savants qu'il CONGRES DES ACADEMIES. 187 a su reunir sous sa direction. M. le President propose aussi au Congres de t^moigner sa gratitude aux Se- cretaires gneraux et aux Secretaires des sections pour le zele et Tintelligence avec lesquels ils ont accompli leur tache difficile. Les remerciments sont vote's a Tunanimite. Enfin M. le President felicite le Congres des circon- stances heureuses au milieu desquelles la session s'acheve : Homines ^intelligence , dit-il , voues a l'6tude et aux travaux scientifiques et litteraires , francais par le coeur comme par Tesprit , nous sommes des enfants de la paix , et nos oreilles ont entendu , avec transport , ces coups de canon qui viennent de proclamer le plus beau de tous les triomphes : la victoire de la civilisation. Au milieu des applaudissements qui couvrent ces pa- roles , M. le President leve la seance , et declare close la 7 e . session du Congres des Academies. Le Secretaire , A. Gayot. Vu par le Directeur- general de I'lnstitut des provinces , A. DE CAUMONT. CONSIDERATIONS SUR LA BOULANGERIE; Par M. LESOBRE, Officier de la Legion-d'Honneur, membre du Congres. A Monsieur le Directeur et a Messieurs les Membres du Congres des depute des Societes savantes de France. Messieurs , Dans le programme des questions que le Congres doit traiter cette annee , il en est une dont Texamen est particulieregaent opportun et qui est digne de fixer au plus haut degre votre attention. Cette question est posee en ces termes : l e . Quels efforts doivent faire les societes locales pour obtenir l'mtroduction des boulangeries mecani- ques, dans le but de simplifier le travail et d'obtenir le pain a bon marche" ? 2. Quel est le meilleur systeme de boulangerie ? C'est parce que je m'occupe , depuis plusieurs annees , de ces questions , que je sollicite l'honneur d'en dire quelques mots devant le Congres. Vous savez tous , Messieurs , quel 6tait , il y a cinq ansa peine, Fetat general de la boulangerie en France comme ailleurs. Partout le petrissage se faisait avec les bras, et dans les pays ou on avait Thabitude de faire la pate tres-dure, on la preparait avec les pieds. Cette pratique s^tait continuee a travers les ages , depuis les temps les plus recules et les plus barbares jusqu'a nos jours. CONSIDERATIONS SUR LA BOULANGERIE. 189 Pourtant, depuis un siecle, il y avait eu de nom- breuses tentatives faites en vue de modifier et d'ame- liorer la fabrication du pain. Effectivement , si on con- suite les annales du Conservatoire des arts et metiers, on constate qu'il s'est produit , durant cette periode , plus de cent inventions diverses pour la fabrication meeanique de la p&te et pour la cuisson plus propre et plus economique du pain. Malgre" cela, la boulan- gerie etait restee obstinement stationnaire et routi- niere ; elle avait repousse avec une energie presque sauvage toutes les ameliorations qui lui etaient pro- posers. Est-ce a dire que , parmi tant d'inventions , il n'y en eut aucune qui ne put etre appliquee avec avantage ? Assurement non. Il en est un certain nombie, au contraire, dont Temploi aurait du etre generalise, comme un serieux progres , mais qui n'ont e*te appli- ques qu'isolement et qui ont fini par succomber sous la lutte opiniatre de la routine. Tout le monde connait les tribulations des inventeurs ; elles sont devenues proverbiales ; mais c'est surtout lorsque les inventions s'appliquent a des objets de pre- miere necessite qu'elles occasionnent plus de tourments et plus de deboires a leurs auteurs , et cela pour plusieurs raisons. Effectivement, qui dit invention , innovation, dit en mme temps changement, revolution, dans un etat de choses determine". Or, plus il y a de gens attaches a eel etat de choses , plus il y a d'interets en lutte , plus consequemment la resistance est vive. Dans la boulangerie , ce sont tout a la fois les ou- vriers et les patrons qui ont toujours resiste a Tintro- 190 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. duction de la m^canique dans leur profession : les ouvriers, parce qu'ils craignent que la mecanique les supplante dans leur travail; les patrons, parce qu'en general ils sont peu eclaires; que, pour cette cause, ils sont tres-attach^s a leur routine et, en outre, parce que l'achat d'appareils perfectionnes leur serait dispendieux. Gela explique , Messieurs , le peu de progres de toutes les inventions qui , jusque dans ces derniers temps , avaient eu pour objet l'amelioration de la boulangerie. Mais, depuis 1851, une ere nouvelle a commence; deja alors fonctionnait , dans plusieurs etablissements, un pCtrin d'un inventeur distingue , le petrin de M. Rol- land. Ce petrin donnait de bons rsultats , mais il exigeait une force motrice qui ne permettait pas de le voir employer dans les petites boulangeries. C'etait pourtant un premier pas et un coup tres-sensible pour la routine. A cette epoque , s'est produit une autre invention , s'appliquant tout a la fois au petrissage de la pate et a la cuisson du pain. M. Rolland, Tinventeur, pre- sentait done ainsi un systeme complet de panification ; ses deux appareils, petrin et four, d'une tres-grande simplicite, ont ete" decrits dans deux rapports remar- quables , faits , Tun a TAcademie des sciences par M. Payen, l'autre a la Societe d'encouragement par M. Gaultier de Claubry. Ces deux rapports ont signale le point de depart d'une veritable revolution dans la boulangerie. Certes, il nVappartiendrait moins qu'a tout autre de venir ici , apres ces savants distingues , faire Teloge de tels ou tels appareils. Je viens simplement signaler des faits et les soumettre a la judicieuse appreciation CONSIDERATIONS SUR LA BOULANGERIE. 191 du Congres. Les efforts faits par ceux qui y elaient interesses, pour propager les divers systemes de pa- nification mecanique, ont fixe sur ce point rattention du public, et il est peu de sujets qui aient ete aussi vivement discutes depuis quatre ou cinq ans. Qu'en est-il re'sult^? Le voici : La question a ete serieuse- ment etudiee , elaboree ; elle a pris des proportions qu'elle n'avait pas a Torigine. En effet , il ne s'est plus agi seulement de transfor- mer les petites boulangeries anciennes en boulangeries mecaniques ; on a examine , on a recherche" quels pouvaient etre les r^sultats economiques de Temploi d'appareils perfectionnes dans de grands etablissements de panification. Sur ces entrefaites , est survenue la p^nurie des der- nieres annees et la chert6 des subsistances. Cela a te un motif de plus pour qu'on se livrat avec une nou- velle ardeur a Texamen de la question. On a vu se produire des systemes et des projets de toutes sortes, dans le but de procurer une reduction sur le prix du pain. La plupart avaient pour objet d'introduire dans la fabrication du pain des melanges de substances h6te- rogenes. Les consommateurs ont promptement fait justice de ces manipulations. Pour moi, persuade que la solution de la question du pain a aussi bon marche que possible etait dans la creation de grands etablissements, ou tout le travail de la transformation du ble en pain serait concentre" et ope"re a l'aide d'agents m^caniques perfectionnes, j'ai pousse tres-energiquement a la diffusion de cette idee et a la creation , en France , de pres de deux 192 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. cents etablissements do panification m^canique. Ensuite, j'ai voulu nfoccuper specialement de quelques creations qui fussent fexpression complete de toutes mes vues sur la question. J'ai forme moi-mtae a Fontainebleau une premiere usine , puis j'ai concouru , avec un homme tres-actif et tres-intelligent , M. Delort , a en cr6er une seconde a Lyon, sous le titre de Manutention civile. Je ne parlerai pas autrement de fetablissement de Fontainebleau , qui attend encore , pour se com- pleter, fadjonction d'un moulin. Mais je desire vous entretenir tout particulierement, Messieurs, de la ma- nutention civile de Lyon , qui est vraiment digne de fixer votre attention, et de ses interessants resullats economiques. La , sur un grand terrain qui etait nu encore Fannee derniere, une magnifique usine a ete construite. Deux machines a vapeur d'une grande puissance mettent en mouvement douze paires de meules et quatre petrins mecaniques, suffisants pour alimenter huit fours du systeme Rolland , alignes dans un immense fournil. Le travail est continu; il ne s'arrete ni le jour ni la nuit; les meules produisent par jour environ 150 quin- taux de farine , ce qui donne en pain de 18 a 20,000 kilogrammes. Cette production procure le pain a 30,000 person nes au moins. Ainsi , les intermediates sont supprime"s , le travail de lamouture etcelui dela panification sont energiquement concentres ; le ble entre par une porte de fetablisse- ment et en sort par fautre sous la forme de pain. Les resuliats economiques de cette organisation, les voici : Le pain de premiere quality est vendu 2 centimes par CONSIDERATIONS SUR LA BOULANGERIE. 193 kilog. au-dessous de la taxe; le pain demi-blanc est vendu U centimes par kilog. au-dessous de la taxe; le pain bis , dit de menage , est vendu 6 centimes par kilog. au-dessous de la taxe. Ces trois sortes de pain sont d'une quality, d'une proprete et d'un aspect particulierement remarquables. Les classes necessiteuses pen vent done se procurer en ce moment , a Lyon , du pain de pur froment , de bonne qualite, et tres-substantiel, a 35 centimes le kilog., e'est-a-dire a un prix qui ne depasse guere celui des annees de bonne recolte, et cela, grace a la concentration du travail de la meunerie et de la boulangerie , a Temploi d'agents mecaniques perfec- tionnes , d'une grande puissance de production, et sans aucun sacrifice pour personne. Au contraire , si le prix du pain est reduit au profit du consommateur , le capital engage dans Tentreprise y trouve aussi largement son compte. En effet , du l er . de'eembre dernier , poque a laquelle Tusine a commence a fonctionner avec tous ses moyens , au 31 decembre , e'est-a-dire dans Fespace d'un mois , les benefices nets de rope"ration, deduction faite de tous les frais ge- neraux et meme de Finteret du capital , se sont ele- ves a 11,000 francs, chiftre rond. Ce chiffre serait vraiment incroyable, si Ton ne songeait a Tenorme quantite de pain produite par Tusine. Pour vous aider , Messieurs , a vous en rendre compte vous-memes, permettez-moi de mettre sous vos yeux les chiffres.qui vont suivre. J'ai relev6 le cours officiel des grains et du pain a diverses epoques , dans la periode des douze dernieres annees. Voici les resultats irrefragables de mes re- cherche s : 9 194 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. a* H a. < H O H Q O CO .-H rrt ^ -2 23 5 o BP H 1 k-- a : I * gg 1 m S s w d .2 S J * -fi - tf m j & 3 I d .9 '* SJ "3 ^ pS4 - DC ^3 *f fl _ a> CO H CONSIDERATIONS SUR LA BOULANGERIE. 195 i -=J ff^J rt CM lO . ec n Ci CO *0 -h GO 9 js CO *p* CM CO o CO ri lO I> =* O jet lO T3 " ^~ **-* ^ _ , ^~*-^*> , y^^ "Ste , 1 -A- r* r- o ONO slOO owo M .J2 . lO CO > WOC5 WOl OS CO * 3 O CO ^ H CO s5 CO CO ^5 CO -H ft * o <* <3 lO <=f ^ .c . en "5 m . * . . , cu .2 a a ' e ; * ; grami prod '. \ * * * m \ I * ; ; ct o o . . o . . ""* "' . . ^ . . ->H entre mmes r. . CO * co CO * * CM iriode , de , kilogr , soit * * CO * * * * " CU JO CU CM ^1 *J jj* cu CU <3 iO CO o nt ce rgen loid lane * * * * * * io * * co CO Q..Q 3 1 __^-~ -N * T *< a m A fi s OS H 4 en < > ES > a. C H > > *-H > fa s u CQ fa < 3 H > w < fa Z en e Q fa en a U < M > r- < 03 C2 fa fa it < H o M z > c5 5 > C? g > M fa s o 2 > O fa k fa H < fa p> fa H CO OB fa < 2 o < o fa | c s 39 9 CJ Z > a fa O a s s> K o o * a o fa s Z O 2 C o K H fa 6 58 c . ANTIQUITES GALLO-ROMAINES DU GEVAUDAN. 217 on essaya des fouilles vers la fin de 1815, dans l'espoir de trouver d'autres monuments que semblait indiquer le circum jacentibus de Inscription. On de'couvrit d'an- ciens murs de construction romaine , des fragments de pierre sculptee; entr'autres, une tete de cheval en marbre blanc, et deux ou trois medailles moyen bronze entierement frustes. Ce village offre encore deux fragments description provenant de monuments antiques. On lit, sur une pierre qu'on a placee a Tangle du mur d'une maison de construction moderne : DIVVS IOVIS Et , sur un fragment de cippe : D. M. HEMEROS Non loin de la, au village de Bagnols (balneum, bain ), se trouve un tablissement d'eaux thermales dont la frequentation remonte a la plus haute antiquite. Le doeteur Michel Baldit, le plus ancien auteur qui ait ecrit sur ces bains , compare , dans le passage suivant , leur distribution a celle des Romains : Au bas du vil- lage de Bagnols sont situ^s ces bains regardant le soleil levant , lesquels semblent presque me representer une idee et proportion des quatre parties des bains des an- ciens Romains, si nous en exceptons la partie frigidaire. Car le premier bain qui se presente a nous d'entree (ou Teau n'excede pas une ttedeur mediocre), repre- 10 218 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. sente la partie des bains romains appelee tepidaire ; le second bain (ou Feau est plus chaude) represented partie calcaire ; et sans passer au frigidaire , comme faisaient ces anciens, nous entrons dans notre troisieme bain , encore plus chaud que le second , ou la vapeur de l'eau fort chaude sortant de la source nous fournit retuveet le laconic des anciens. J'ajouterai que la construction antique des voutes, la grandeur e'norme des pierres qui servent a former les coupoles d'oii sortent les eaux , et enfin la nature et la qualite" du mastic, qui, dans certains endroits, avait m . 65. d^paisseur , ne laissent aucun lieu de douter que ces reservoirs ne soient tres-anciens et n'aient ete batis par les Romains. A quelques kilometres de Bagnols, sur la route de Mende , au village de Nojaret , un berger decouvrit , en 1817 , un anneau en or ayant le chaton garni d'un encadrement en 6mail blanc, portant, dans un champ creux de couleur rouge , la devise : AMO TE , dont les caracteres, aussi en email, etaient parfaitement graves en relief. La forme de cet anneau , arrondie et assez mince dans la partie inferieure , devient plus grosse de chaque cote jusqu'au chaton , et est aplatie dans la partie superieure. Cette forme et cette devise ne laissent aucun doute que cet anneau ne soit d'origine romaine, et de Tespece de ceux que le fiancC donnait a sa future epouse pour gage de sa foi. On a trouvC encore , dans la meme localite : 1'. Une medaille de Jules Cesar, sans tete, avec le type de Telephant. - Exergue : Caesar. R. Instruments de sacrifice ou ponlificaux, sans legende. 2. Un bijou que quelque dame romaine avait du perdre en passant dans cette localite. ANTIQUITES GALLO-ROMAINES DU GEVAUDAN. 219 Le village d'Allene, peu eloigne de Bagnols, est situe* au-dessous de la plaine de Montbel ; la tradition fait deriver son nom de montis belli, a raison de quelque bataille qui aurait eu lieu sur ce plateau du Ge'vaudan. Diverses trouvailles assez considerables en medailles attestent le sejour ou le passage des Romains dans cette localite; la premiere est du 3 juillet 1820. Elle se composait de huit pieces ; la plus rare est de Philippe Senior : IMP. M. IVI. PHILtPPVS AVG. Tete lauree de Philippe. R. Fides militam. S. G. Femme debout , tenant une enseigne militaire et une corne d'abondance. Les autres sont d'Auguste, de Vespasien, de Trajan , de la colonie de Mines , etc. La deuxieme est du mois de fevrier 1835. La plus belie est de CAIVS IVLIVS CAESAR. Caesar diet, perpetuo. Tete lauree de Cesar. R. L. Buca. Un globe , deux mains jointes , un caducee , etc. Les autres sont d'Acilia , d'Aelia , d'Aemilia , d'Afrania , d' Alexandria , d'Antonia , d'Aquillia, d'Aufidia, de Bae- bia, de Caecilia, de Calidia, de Calpurnia, deCarisia, de Cassia, de Cipia, de Claudia, de Cloulia, de Con- sidia, de Cordia, de Cornelia, de Cossutia, deCurtia, de Flaminia , de Fonteia , de Fundania , de Furia , d'Hostilia , de Julia , de Junia , de Lucinia , de Liu- cneia, de Lucilia, de Lucretia, de Lutatia, de Marcia, de Missidia, de Naevia, deNasidia, de Nonia, de Nu- mitoria, de Papia , de Pinaria, de Plautia, de Po- blicia , de Pompeia , de Pomponia , de Porcia , de Procilla, de Roscia, de Rubria, de Rutilia, de Sa- trienus, de Scribonia, de Sentia, de Servilia , de Ti- tinia, de Tituria , de Vibia , de Volteia, de Cnaevs Pompeius, de Marcus Antonius et d' Augustus. 220 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. Au mois de septembre 1802 , en extrayant des ma- teriaux on decouvrit, pres du village de St.-Laurent- de Treves, sur la route de Nimes a St. -Flour, une pierre de taille blanche en forme de piedestal de m . 50 c . de hauteur sur 28 c . de largeur au de" et de 32 c . aux corniches, portant sur Tune de ses faces Tin- scription suivante , que je donne avec les v6ritable& dimensions du cippe. m . 32 c . \ / \ t M. TRIT VLKO CONS. ACRANS VSkM. La pierre parait etre simplement une pierre votive. n doute qu'elle ait servi de pie'destal a une colonne; ANT*QUITES GALLO-ROMAINES DU GEVAUDAN. 221 L'inscription doit etre lue ainsi : Marco Trihdlo con- sult Acranslus votum solvit lubens merito. Cette decouverte donna lieu a deux dissertations : Tune de M. Broussous , secretaire-general de la Pre- fecture , inseree dans le Journal de la Lozere , n 226, du 5 mai 1806; et l'autre de M. Baucillon, imprime'e a Nimes en 1819. L'une et l'autre ayant pour objet d'etablir que Trevidon, maison de campagne de Ton- nance-Ferreol , prefet des Gaules au V e . siecle , etait a St.-Laurent-de-Treves. De toutes les localites dignes des recherches et des etudes des arch^ologues , il n'en est aucune qui puisse le disputer a Javcls, Gabalum Javoulx , ancienne capitale du pays des Gabali , Gevaudan. Javols est situe dans un vallon assez ouvert, parce que les monts qui Tenvironnent sont peu eleves ; il est traverse du Sud-Ouest au Nord-Ouest par la pe- tite riviere du Triboulin. Dans Tinterieur de la ville, on voit encore de loin en loin , sur une assez grande longueur, des vestiges d'un encaissement forme avec dMnormes blocs de pierres de granit H6s entr'eux par des crampons en fer. Le fond du lit parait aussi avoir etc* pave" , mais la majeure parlie des materiaux ont 6t6 enleves par les habitants pour servir a de nouvelles constructions , neanmoins on peut encore verifier la largeur de cet espece de canal , elle est de 8 m . d'une rive a l'autre dans un endroit ou les parois sont conservees des deux cotes. II est a remarquer que Javols est le seul lieu du depar- tement ou la riviere soit ainsi encaissGe, quoiqu'elle y ait jin parcours de ik kilometres et que beaucoup d'aulres rivieres plus importantes y prennent leur source et le traversent dans tous les sens. 222 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE, 8 A la simple inspection des murs de cet encaissement on ne peut leur attribuer qifune origine romaine. Parmi les monuments decouverts a Javols , je citerai un ANTIQUITES GALLO-ROMAINES DU GEVAUDAN. 223 eippe oil petit autel en granit de l m . 12 c . de hauteur , que Ton voit chez M. Blanquet, a Javols. Le temps l'a de'terior^ eten a rendu finscription tumulaire mi-fruste. Apresplu- sieurs interpretations on s'est arrete a la suivante : Diis manibus Albini scnatoris Domitia Lurandia, aux Dieux manes d'Albinus senator Domitia Lurandia. Evidemment c'est un monument de la piete" filiate ou de la tendresse conjugate , eleve" a la memoire d'Albinus senator ( secateur ou plutot decurion des Gabales par Do- mitia Lurandia, sa fille ou son epouse ) ; il fut de'couvert dans un defoncement de terrain , appartenant a M. Blan- quet. On trouva en meme temps deux chapiteaux d'^gale forme et dimension , d'ordre corinthien , de m . 30 c . de hauteur , d'un style pen correct , mais parfaitement con- serves ; ils sont en calcaire et devaient appartenir a des colonnes d'ornementation interieure. Les memes fouilles mirent a de'couvert des vases en terre , des fragments de poterie et de medailles romaines ; assur^ment tous ces objets ont la meme origine et ne peuvent etre refuses aux Romains. Parmi les poteries trouv^es par M. Blanquet, on remarque trois petit s vases d'une poterie bronzed, dont Tun parait avoir 6te destine a la table; on y lit au pourtour, en caracteres allonges et pedes en email blanc , le mot SITIO ; le second vase porte egalement au pourtour , en lettres pointillees , le mot AVIANA, nom du proprietaire m du potier; le troisieme, semblable aux precedents, est sans inscription , mais il a au pourtour des feuilles de roseau. Un quatrieme vase, provenantdes memes fouilles, fut donne a Mg r . de Gastellane , a cette poque eveque de Mende ; il portait Inscription : GARISSIME NATE. Je ne dirai rien de la signification ni de Tusage de ces objets n'ayant que des conjectures a presenter. 22& INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. Pres de Phabitalion de M. Blanquet existaient autrefois les restes d'une antique construction ; les deblais qui y furent execute's mirent a decouvert une surface de 8 m . de longueur sur 5 m . 50 c . de largeur. La premiere couche de Paire de ce b&timent eHait composed de pierres cassees de grosseur moyenne, recouvertes d'un enduit au-dessus duquel 6laient placets deux couches de briques dont les rebords 6laient superposes les uns aux autres de maniere a former des vides qui devaient servir a l'^coulement des eaux dans un aqueduc decouvert tout pres , sur la rive droite du Triboulin , destine , sans doute , a les conduire dans la riviere. Quelques restes de murs de cette salle , construits en moellons de petite dimension , e"taient e'galement recou- verts d'un enduit compose" de trois couches : la premiere , d'un mortier a gros sable terreux; la deuxieme, d'un mortier plus fin ; la troisieme , d'une couche de ciment d'une epaisseur tellement mince qu'elle n'a pu etre placee qu'au pinceau. La surface de cet enduit est remarquable en ce qu'elle est tellement dressed et unie qu'une regie pouvait s'appliquer exactement dessus, ce qui ferait supposer qu'on a du se servir du rouleau pour faire cette operation. Ces murs elaient colories dans certaines par- ties et representaient des baguettes ou bandes de divers dessins. If. Trocelier, ancien notaire a Longuesagne, avait trouve* dans ce village , dependant de Javols , un earned representant une tete en relief , d'un style peu correct et une piece de plomb portant l'empreinte de quelques m^dailles, petit module, qui avait du servir pour essai de coins. ANTIQUITES GALLO-ROMAINES DU GEVAUDAN. 225 Tels etaient les debris d'antiquites romaines connus a Javols , en 1813. L'extraction de pierres pour la restauration de l'eglise paroissiale de Javols , ancienne cathedrale des eveques du Gevaudan, faite, en 1828, dans un champ vis-a-vis le pont qui va a cette eglise , sur la rive droite du Triboulin, mit a d^couvert des murs en pierres calcaires, une en- ceinte circulaire, d'une assez grande etendue, apparem- ment une place publique ; un cirque , au milieu duquel on trouva une colonne , aussi en pierre calcaire , de* die*e par la cite" des Gabales a Postume qui , apres avoir et6 prefet des Gaules, prit la pourpre imperiale vers Tan 258 de notre ere. L'inscriplion que porte cette colonne s'explique ainsi : WVeralori Ccesari Marco GASSIANIO LATINIO POS- TUMO INVICTO Vio Felici MJGusto VOKFifwi MAXIMO Tribunitia Voles tateVatri Patrice COnsulillll GIVITAS GABaloi-am. A Vempereur Cesar Marcus Cassianius Latinius Postume , invincible , picux , hcureux , auguste , sou~ verain pontife par la puissance tribunitienne , pere de la patrie , consul pour la quatrienie fois , la cite des Gabales, La colonne dont il s'agit , haute d'environ 2 m . et de 60 c . de diametre , ne portant point de chiffre , devait elre le miUiare passum primum de Gabalum, c'est-a-dire la pierre de laquelle on partait pour compter les milles , qui s'appelait aussi le tapis milliaris, et qui dans ce cas 6tait le milliaire zero et sans numgro. Cette d^couverte importante fut portee a la connais- sance de M. le Prefet, par un rapport de M. Ignon , com- missaire pour la recherche des monuments antiques etdu 226 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. moyen-age. Ce magistrat, convaincu que desfouilles pour- raient amener des decouvertes tres-heureuses pour Pin- terSt historique du departement , prescript par un arrete des mesures pour la recherche des antiquites a Javols. Un premier travail amena la decouverte d'une table ou dessus d'autel avec rindication sur la tranche : PERE- GRINUS FECIT, de fragments de corniche , le tout en pierre calcaire ; d'une baigneuse en terre cuite blanche , de petits vases a pied , aussi en terre blanche , peints a raies horizontales rouges ; de quelques fragments de poterie, de plusieurs mcdailles, de clous de diverses dimensions, de styles, etc. Un deuxieme travail, autorise par arrete prefectoral en date du 22 avril 1830 , mit au jour , sur la rive gauche du Triboulin , les vestiges d'un edifice con- siderable. Les evenements politiques de cette ann6e empecherent de conduire les fouilles a bonne fin. Aussi les renseignements que Ton possede ne sont-ils pas complets, et ceux que je presente sont-ils peu de- tailles; le plan joint ci-apres ne doit sa conservation qu'a M. Boulet , ge"ometre , qui en a garde la minute. Les murs, deja decouverts quand on cessa les fouilles, avaient 7ZT. de long et 23 de cote" ; quelques pans de ces murs, a partir du rez-de-chaussee, avaient pres de 2 m . d'elevation ; outre la grande enceinte , apparemment un temple , il y avait de petits compar- tments, du cote du Nord , paves en granit, bien tailles et intacts ; les soubassements de ces pieces etaient revetus d'un enduit semblable a celui qui a ete decrit plus haut, peints a fresque en rouge ou en vert, d'une parfaite conservation. Dans les decombres qui couvraient ce batiment , on trouva des statuettes de dieux lares ANTIQUITES GALLO-ROMAINES DU GEVAUDAN. 227 ou penates , le fragment d'un Hercule , une tete de Jupiter , une Venus en terre cuite et quelques aulres figurines ou petits masques en terre cuite d'un blanc mat; un fragment d'aigle en terre cuite, un chapiteau antique en pierre calcaire, un vase en verre et une lampe en terre cuite ; trois orteils, en marbre blanc , de statue colossale, trois doigts de main, en bronze, d'une statue de grandeur naturelle; 228 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. Deux clefs , deux gonds , une clochette , un petit fleau de balance , de petits outils et ornements , des epingles de toilette et une agrafe de manteau ou de chlamyde , des coquilles pour etre fixers comme orne- ment , le tout en bronze ; Des styles en ivoire et en os ; Plusieurs petites pieces rondes en os , comme des moules de boutons ou de jetons de jeu, plates et unies en-dessous et a bords filers avec un point au milieu en-dessus; Des vases , des coupes , une lampe et des fragments de poterie commune et fine de diverses formes ; au fond de certains de ces vases , se trouvent des in- scriptions en relief, apparemment le nom du potier, et notamment celui de Natalis sur deux coupes, et celui de Pistilus a la base d'une statuette ; des tuiles a rebord , cannelees , rayees , et quelques fragments d'amphores ; Des fragments de verre blanc , dont quelques-uns de petits vases ; Des anneaux, des pentures et des clous de toule dimension, une clef, des lames de couteaux en fer oxyd^es, et bris^es en plusieurs pieces; Des fragments de mosa'ique grossiere , formes de petits cubes ; Et enfin quarante-sept medailles, dont une en argent de Seplime-Severe, au R. Restitnlor urbis. Les autres en grand , moyen et petit bronze , sont de la colonie de Mines , de Tibere , Claude , Domitien , Trajan , Antonin , Marc-Aurele , et de Claude le second , etc. En 1855, je recus de la Societe francaise, reunie au Pny, la somme de 100 fr. et fus charge de diriger ANTIQUITES GALLO-ROMAINES DU GEVAUDAN. 229 des fouilles a Javols. Je decouvris , dans un champ situe" sur la rive droite du Triboulin, une chambre de 5 m . de long sur 12 de large. Le pave" etait forme" d'une espece de beton fait de brique pilee et non pil6e, et recouvert d'un double carrelage superpose ; sur ees carreaux reposait une mosaiique grossiere de petits cubes en marbreblanc et noir, runis par un ciment tres-dur; malheureusement elle avait te atteinte par le soc de la charrue et gravement endommagee; le plus grand fragment qui ait ete recueilli n'a que m . 50. de long, sur m . ZiO. de large. Dans cette chambre on n'a trouve que deux objets : une medaille romaine moyen bronze, de Claude I". ; au revers, Minerve et une espece de spatule en l'er. Sur la rive gauche de la meme riviere , derriere l^glise, je trouvai , presque a fleur de terre, un mur de separation qui me conduisit au mur de face. En suivant celui du Nord, je reconnus 1' existence de qua- torze chambres de forme rectangulaire , elles n'avaient pas toules les memes dimensions; j'en fis deblayer trois d'entr'elles , les parois des murs portaient des indices de peintures a fresque, badigeonnages de cou- leurs rouge , jaune , verte , determinant des bandes irre- gulieres. Le pave de Tune d'elles 6tait un beton de m . Zi5 c . d'epaisseur, forme de pierres plates et de briques cass^es, et recouvert d'un enduit tres-mince; au-dessous etaient des gravois, parmi lesquels gisait un chapiteau antique ayant servi a des constructions an- terieures. Plus bas , il y avait encore un pave sem- blable au premier, qui recouvrait un canal de 16 c . de "profondeur et de 70 c . de largeur. Les dalles de cet aqueduc etaient du schiste que Ton trouve dans plusieurs endroits du departement. 230 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. Sa direction traversait les chambres parallelement au mur de face, et semblait rejoindre la riviere pour en recevoir les eaux. Dans les deblais, 6taient trois fragments de conduits en plomb ayant chacun m . 60 c . de longueur. En presence de cet ensemble d'objets, on se demande a quel usage etait leur destination ; mais comme tout Tedifice n'a pas ^t6 mis a decouvert , ii me semble prudent de ne pas s'aventurer dans des conjectures. Tel a ete le resultat des fouilles que j'ai dirigees, re"sultat incomplet a cause de Texiguite" des ressources mises a ma disposition, A peine ces fouilles etaient-elles terminees que M. de Rouville, maire de Javols , obtint de M. le Prefet une somme de 200 fr. pour faire des recherches aupres de Tedifice decouvert en 1828. II trouva un batiment de 80 m . de long sur 8 m . 50 c . de large. Ce batiment avait deux portes placees au Levant dont une, a deux battanls, avait 2 m . de large; quelques murs int6rieurs le divisaient en plusieurs compartiments , d'une egale grandeur. La serrure et la clef ont ete retrouvees. La premiere etait en tres-mauvais etat, la deuxieme etait mieux conserv6e. Dans les deblais on a remarque des ossements d'animaux et des ecailles d'huitres devant la porte principale , puis une colonne en pierre calcaire sans inscription ni signe , ni moulure, d'un diametre tel qu'un homme ne pourrait Tembrasser. Les medailles romaines trouvees a Javols et dans les environs seraienttroplongues a e'numerer, par consequent je n'en parlerai pas. On voit a Javols, sur le pont, une tombe romaine ANTIQUITES GALLO-ROMAINES DU GEVAUDAN. 231 trouvee dans un champ ; il y en a plusieurs autres dans le cimetiere. En resume, les monuments antiques de"couverts a Javols sonl : Le cippe d'Albinus ; Le cippe de St. -Laurent de Treves ; La colonne dediee par la cite des Gabales a Postume ; Une petite table ou dessus d'autel et six Edifices de tres-grande dimension. Leur reunion atteste, d'une maniere irrecusable, la cite la plus importante qu'aient possede" les Romains dans le pays des Gabales. NOTICE SUR LE DEDALE OU LABYRINTHE DE L'fiGLISE DE REIMS; Par II. Louis PARIS, Membre de la SoctetS frangaise d'arckologie. Nous n'avons rien de bien neuf a dire sur ce genre de monuments dans les e"glises du moyen-age. 11 parait constant que leur origine remonte au temps des croi- sades; que ces sinueux et multiples contours figuraient la difficult^ et les longueurs du voyage en Terre-Sainte. Geux qui ne pouvaient r^aliser le saint pelerinage Tentre- prenaient fictivement sur ce carrelage, agenouiltes et psalmodiant certaines prieres.- Les lignes a parcourir equivalaient g^neralement a la distance d'une lieue; et, dans diverses locality , on appelait ces labyrinthes la lieue, parce que, pour les parcourir a genoux, on mettait une heure a faire le chemin. On connaissait autrefois , dans les eglises de France , un certain nombre de labyrinthes. Celui de la cath^drale de Chartres existe encore, en bon etat de conservation , grace aux chaises qui le dissimulent et le sauvent des mutilations de la foule , du zele des archeologues et des restaurations des architectes. II est place vers le milieu de la longueur de la nef : sa forme est circulaire , sa ligne de parcours est beaucoup plus large que celle qui Taccompagne. On voit au milieu de la nef, ditM, Gilbert, un labyrinthe i- LE LABYRINTHE DE l'eGLISE DE REIMS. 233 execute en pierre bleue; les Chartrains Tappellent com- munement la lieae. Il a 668 pieds de d^veloppement depuis l'entree jusqu'au centre. Chez les Chretiens, les labyrinthes etaient considers comme Tembleme du temple de Jerusalem. A Tepoque des croisades, on y faisait des stations qui tenaient lieu du pelerinage de la Ter re-Sain te... Dans la cathedrale d' Amiens, on voyait au centre de la nef un labyrinthe de forme octogone, construit vers 1288; il avait traverse les siecles, brave les revolutions, les demolitions, les restaurations jusqu'en Panned 1825, epoque ou , sans autre raison que le besoin de refaire le carrelage, Messieurs de la fabrique ordonnerent son entiere destruction. Il etait cependant d'une haute curio- site* , comme on va en juger. Ce grand compartiment avait 41 m . 57 c . (128 pieds) de circonfe>ence. Au milieu de ce labyrinthe se voyait une plaque de cuivre qui indiquait le lever du soleil, et sur laquelle on avait grave" la representation de T6veque fivrard de Fouilloy et celle des trois architectes qui ont dirige la construction de cette 6glise. Autour de celte plaque etait gravee, sur une lame de cuivre, Tinscription suivante, qui, dit M. Gilbert, avait 6te incrustee, en 1288, dans ce labyrinthe, par Tarchitecte Renault de Cormont. MEMORE QDAND L'EUURE DE LEGLE , DE CIIEENS FU COMENCHIE ET FINE IL EST ESCRIPT EL MOILON DE LE MAISON DE DALUS En Van de grace mil IF. el XX, fu leuure de die ens 23k INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. premierement encomcnchie Adont ycrt de cticste evcsquie Eur art cucsque benis Et roy dc France Loys q' fu fdz Phelippe le Sage chil q' maistre yert de loeuure maistrc Robert estoit nomes Et dc Lusarchcs surnomes. maistre Thomas fu apres luy de Cormot et apres ses fds maistrc Regnault qui meitre fist achesl point chy ceste lettre que I'incarnacion valoit XIIF. ans. XII en fatoit C'est, sans doute, a cette curieuse inscription que nous devons de connaitre aujourd'hui les architectes par qui furent accomplis les travaux de Teglise d' Amiens. On y voit, en eflet, qu'ils furent commences, en 1220, sous l'^veque fivrard ; qu'ils] furent conduits par Robert de Lusarches , et par Thomas de Cormont , et termines par Regnault , fils de celui-ci , en 1288. Le labyrinthe de la cathedrale d' Arras , dit M. Vallet, existerait sans doute encore, sans la revolution. M. Vallet est bien bon d'en attribuer la destruction a la revolution ! II est est bien plus a parier qu'elle est le fait de MM. les Chanoines ou de MM. de la Fabrique, qui ont toujours eu un instinct merveilleux pour rembellissement des^glises! D'apres la notice sur cette ancienne cathedrale , publtee en 1829 , et d'apres divers renseignements pris sur les lieux , nous avons reconnu qu'il etait place un peu en avant de la nef ; qu'il etait aussi trace en octogone el LE LABYRINTHE DE l'eGLISE DE REIMS. 235 compost de carreaux jaimes et bleus, presentant la meme combinaison que ceux d'Amiens et de St.-Quentin. Mais ce que nous apprend de particulier cette notice , c'est qu'on suivait a genonx , comme c'6tait l'usage , la ligne de parcours en recitant les prieres ordinaires : on etait une heure a terminer ce pieux pelerinage. Aussi , ajoute M. Vallet , d'apres M. Gilbert , dans certaines localites appelle-t-on ces sortes de dedales la lieue.On voit encore aujourd'hui, a Tentr^e de l'eglise paroissiale de St.- Quentin , batie dans le XIP. siecle , un labyrinthe dont le parcours offre absolument la meme combinaison que celui d 1 Amiens, TunetTautre ne presentant qu'un guillochis octogonal simple et continu. Outre ceux de Chartres , de St.-Quentin, d' Amiens et d'Arras, on cite encore le labyrinthe de St.-Omer et celui de St.-Bertin. La Societe francaise d'archeologie dans ses publications , M. de Caumont dans son Bulletin monu- mental, M. Didron dans les Annales arckeologiques , en ont signale quelques autres. Ce dernier 6tait compose de carreaux blancs et jaunes et de carreaux noirs ou bleus. II etait inscrit dans un carre : son chernin de parcours pr6- sentait, comme tous ceux que nous connaissons, un guillochis simple , continu ; mais ce guillochis etait ici a angles droits. Ce pave 6tait compose de 1x9 carreaux de chaque cote ; par consequent sa superficie presentait un nombre de 2,401 carreaux. II existe encore des vieillards, dans le pays , qui ont souvenir du labyrinthe qui faisait partie du pave de Teglise et se trouvait place dans la nef transversale de droite : il arrivait que les enfants et les grangers qui le parcouraient, troublaient Toffice divin,ce qui a ete cause, nous a-t-on dit , qu'il fut detruit. Au bas du dessin de ce labyrinthe se lisait en ces mots : Entree 236 INST1TCT DES PROVINCES DE FRANCE. clu chemxn de Jerusalem , autrefois marque 1 sur le carreau dc I'eglise de SL-Bertin. Arrivons au dedale , ou labyririthe de Teglise de Reims. Plusieurs monographes de la cathedrale Tavaient deja fait connaitre. MM. Jacob Kolb , Geruzez , Povillon , Gilbert, Tarbe et quelques autres en ont pubiie la description , et plusieurs d'entr'eux meme la represen- tation. Nous sommes heureux d'arriver apres ces Messieurs, et ce , pour deux raisons toutes naturelles : e'est que nous avons le double plaisir de profiter de ce qu'ils ont dit de bon a ce sujet et de critiquer les erreurs qu'ils ont pu commettre dans leurs diverses appreciations. On a d'autant mieux l'air de savoir de prime-saut et de science certaine , que Ton critique davantage ceux que Ton depouille. (Test un usage gen^ralement adopte en maliere litteraire et archeologique. Nous pourrons bien nous conformer aux precedents. Le dedale de Teglise de Reims etait forme de com- partments en marbre noir et blanc , incrustes dans le pave. II occupait une surface telle que les bandes de pierre etaient espacees entr'elles d'un pied. Comme la plupart des autres monuments que nous avons de- crits plus haut, on designait celui-ci sous le nom de chemin de Jerusalem , et , par une pieuse reminis- cence , on en parcourait Tenceinte en recitant des prieres contenues en un livret imprime autrefois a Reims (nous n'en savons la date), sous le titre de : Stations au Chemin de Jerusalem , qui se voit en I'e'glise de Nolre-Damc de Reims. On supposait, a Reims, que Tidee de ce dedale avait ete donnee par Alberic de Humbert, sous la preiature LE LABYRINTHE DE l'eGLISE DE REIMS. 237 duquel fut reconstruite la cath^drale , et qui , parti pour la Palestine en 1218, i'avait fait dessiner a son re tour , en remembrance de son voyage et du temple de Jerusalem, dont on s'imaginait retrouver quelques traces dans la forme de ce monument. Opinion gratuite , et dont il est facile aujourd'hui de faire justice. Le trace* de ce labyrinthe que nous reproduisons avec cette notice, est tire du recueil de Jacques Cellier, artiste Re"mois au XVF. siecle, dont nous avons re- trouve" Fceuvre a la Bibliotheque royale, il y a plus de quinze ans. Ce trace*, fait a une 6poque ou le pave* de ce labyrinthe etait moins endommage , est done plus au- thentique que celui public anterieurement a cette notice. Il represente un polygone regulier, au centre duquel se trouvait la figure d'un personnage de grande di- mension, taillee en pierre bleue. Aux quatre coins de ce polygone, 6taient figures, tailtes de meme, quatre personnages de moindre dimension : e'etaient , comme au labyrinthe d'Amiens, la portraiture des architectes maitres des ouvrages qui dirigerent les travaux. Des signes caracteristjiques indiquaient d'ailleurs les attri- buts maconniques de chacun d'eux. Autour de la pre- miere, a droile en entrant, se lisaient ces mots : Cette image est en remembrance de maitre Ber- nard de Soissons , qui fut maitre de Ceglise de team,,., fist cinq voutes, Autour de la seconde , a main gauche : Gauthicr a Reims, qui fut maitre de Ve'giise de m ceans sept ans , et ouvra a voussures d'or Autour de la troisieme figure , a main droite au mi- lieu , se lisait : 238 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. Cctle image est en remembrance de maitrc Jean cCOrbais qui fut maitrc de Ceglise de ce'ans. Autour de la quatrieme , a main gauche : Jchan Lonps , qui fut maitrc de Vegtise de ceans , seize ans , et en commenca le portail. ^inscription de la principale figure, celle du milieu, n'est malheureusement pas arrivee jusqu'a nous. Quand les curieux, auxquels nous devons la conservation des indications que nous venons de transcrire , songerent a relever ces souvenirs si interessants pour l'histoire de Tart, cette inscription Ctait deja rendue illisible par le frottement des pieds. Jacques Gellier, l'auteur du dessin que nous avons reproduit, n'a songe a con- server aucune de ces lignes , dont Tune eut Ctabli la notorize" et les fonctions de ce celebre personnage. On remarquera que le norn de Robert de Coucy, auquel on attribue depuis long-temps, a Reims, le plan de Fexecution de Notre-Dame , ne se rencontre au bas d'aucune de ces lignes. M. Tarbe, qui est quelquefois tres-aventureux dans ses hypotheses , prend Tinitiative et dit: Sans doute, la figure du centre etait celle de Robert de Goucy : ce modeste monument serait le seul qu'on eut edge" a la memoire du grand architecte! Cette opinion n'est pas soutenable ; l'etude du laby- rinthe d'Amiens nous a donne le nom, ou du moins, le caractere du personnage en question. A Amiens, e'est en 1220 et sous Teveque l^vrard que fut exe'eutee la cath^drale, et e'est le portrait de ce prelat qui figurait au centre de son labyrinthe. A Reims, e'est en 1211 que fut commenced la r^e"dification de Notre-Dame, sous la prelature de Alberic de Humbert; et e'est, on ne peut guere en douter , le portrait de cet archeveque qui LE LABYRINTHE DE L'EGLISE DE REIMS. 239 figurait sur la pierre centrale du labyrinthe. D'ailleurs, je vous prie , quelle raison pour donner dans ce monu- ment la place d'honneur a Robert de Goucy ? Parce que , dira M. Tarb6, avec toute la ville de Reims , qui le repete depuis long-temps, Robert de Coucy est le grand artiste qui a donne les plans et qui a dirige les travaux de ce magnifique Edifice , Thonneur et la gloire de Tart catho- lique au moyen-age ! Encore un immense plagiat , une fausse attribution ! Robert de Coucy n'a pas plus donn6 le plan et dirige les premiers travaux de Notre-Dame de Reims , que M. Lassus n'a dirige les travaux de Notre- Dame de Paris, ou M. Debret donne le plan de l'eglise de St. -Denis. Anquetil, qui ne manque pas de dire (t. I, p. 352) que la nouvelle cathedrale fut batie, en 1211 , sur un dessin plus noble et plus regulier , donne par un architecte de Reims, nomme Robert de Goucy, et sous sa direction, se donne lui-meme la peine de nous apprendre (t. II, p. 67) que ce fameux architecte (auquel il attribue aussi la croix, le choeur et les chapelles de St.-Nicaise) etait enterre" dans le cloitre de St.- Denis, oil Ton voyait autrefois sa figure avec cette in- scription : Gy gist Robert de Goucy , maitre de Notre-Dame et de St.-Nicaise qui trepassa Can 1311. Or , nous le demandons : si Robert de Coucy est mort en 1311, comment a-t-il pu fournir, en 1211 , les plans de Notre-Dame de Reims? 11 aurait done vecu quelque 130 ans? La chose est peu probable. Eh bien! voila pourtant une opinion recue chez tons les 6crivains qui se stfnt occupes de notre cathe*drale ; et, malgre notre dire, il n'en restera pas moins etabli que Robert de Coucy en '21x0 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. est rimmortel auteur. Nous ne meltons pas en doute qu'il n'y ait travaille ; qu'il n'y ait 6te" Maitre des on- wages; mais il a tout au plus travaille a son achevement, et peut-etre meme n'a-t-il eu le titre de maitre de Nolre- Dame qu'en quality d'entreteneur de Tceuvre , comme a toutes les 6poques jusqu'a la Revolution , un architecte fut attache" a ce titre a PeWice; et comme pourraient, a bon droit, se dire encore aujourd'hui M. Arveuf, pour Notre-Dame de Reims , et M. Lassus , pour Notre-Dame de Paris. Quoi quMl en soit , le labyrinthe qui donne le nom des quatre premiers maitres de Notre-Dame : Gauthier de Reims , Bernard de Soissons , Jehan d'Orbais et Jehan Leloup , ne fait aucune mention de Robert de Coucy. II est vrai que, sur le dessin qu'ont, avant nous , publie du labyrinthe quelques auteurs, on trouve, outre les cinq figures ci-dessus mentionnees, deux autres toutes petites, placets a Tentr^e du polygone. Rien ne dit qu'aucune inscription leur ait jamais donne" un nom. Peut-&tre pourrait-on y voir le portrait de Robert de Coucy et de son neveu comme employes aux travaux d'achevement : mais rien que d'hypoth&ique a cet egard, et en tout cas Fexiguite des figures et leur apposition apres coup, indi- queraient un role assez minime a ceux dont elles sont le portrait ou la remembrance. Nous avons dit ailleurs qu'il y avait plus de vraisem- blance aregarder comme auteur du plan de la cathedrale, Hues Libergier, qui vivait reellement a cette epoque et qui excutait , quelques annes plus tard ( en 1229 ) , la belle eglise de St.-Nicaise. Nous devons avouer ici , que ce n'est non plus de notre part qu'une supposition, et toutes reflexions faites, nous croyonsqu'il serait vraiment LE LABYRINTHS DE i/EGLISE DE REIMS. 2&1 juste et raisonnable (Ten laisser exclusivement Phonneur aux artistes dont le labyrinthe a revele et proclaim les noms. Au surplus, beaucoup de decouvertes restent a faire pour la biographie des artistes du moyen-age. Nous sommes encore bien ignorantsdes noms de ceux auxquels Tart doit le plus. Dans ladeoouverte que nous avonsfaite, il y a une vingtaine d'annees (on nous permettra de revendiquer ici ce petit merite ) , de V Album de Villart de Honecort {album publiedepuis peu , en partie du moins, par M. Lassus ) , on trouve quatre ou cinq croquis de quelques-unes des notables parties de l'eglise de Reims. Honecort en explique la description et la raison d'etre. Honecort, qui s'attribue lui-meme Phonneur du chevet de l'eglise de Meaux et une participation dans quelques autres grands monuments du XIII*. siecle , pourrait sans temerite" etre lui-meme considere comme Tun des grands artistes qui executerent la cathedrale de Reims ; mais c'est a tort que MM. Lassus et Violet-le-Duc font de Honecort Tami de Robert de Goucy. II y a la un anachro- nisme dont nous avons suffisamment donne la preuve. Revenons au labyrinthe. En resume, ce monument, comme tous ceux du meme genre qui se trouvaient a Soissons , a Laon , a Chartres, a Amiens, a St.-Omer et ailleurs encore, avaient ete executes d'apres des modeles antiques et respectables : il avait une destination pieuse et recommandable , puisqu'ii etait un souvenir symbolique du temple de Jerusalem , et de plus un hommage rendu aux artistes dont il conservait les noms. Quel est le vandale coupable de sa destruction? Faut-il le nommer? Indubitablement quelqu'honorable chanoine. Hatons-nous d'ajouter que ce n'est pas Tabbe Godinot ( pieux iconoclaste du XVIIF. siecle ). Sa sollici- 11 242 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. tude pour le temple du Seigneur rTelait pas descendue si bas... dans la nef : il n'avait songe* a refaire du pave" que ce qui touche au sanctuaire. Mais le chanoine Godinot mort, d'autreschanoines, jaloux comme lui de Thonneur du saint lieu, devaient lui succeder : Primo avitlso , non deficit alter , et messire Jacquemart se trouva. Mais laissons parler ici M. TarbG, qui s'entend aussi a blasonner les gens : Il parait ( Reims, Essais historiques, p. 280 ) que les enfants et les oisifs s'amusaient a courir sur les lignes blanches et noires. Cet exercice e"tait peu convenable et le chanoine Jacquemart , en 1779 ( lisez 1778) , fit le sacrifice d'une somme quMl avait economised pour faire disparaitre le labyrinthe. Il eut le plaisir de voir ses* voeux satisfaits. Le vieux dcedalus aux historiques sou- venirs fut remplace par des dalles de pierres toutes neuves , toutes blanches , mais sans passe. Messire Jac- quemart put lire son breviaire sans distraction , mais il avait de'truit Tunique monument eleve" par la reconnais- sance de ses devanciers a la memoire des grands archi- tectes remois. Le clerge du XV IIP. siecle subissait fin- fluence des idees de son temps : il devait porter le premier coup a nos vieux edifices et donner fexemple des demolitions... Lesvandales de 1779 n'eurent pas meme le soin de relever les figures des architectes et de les incruster dans les murs d'une simple chapelle. Peut-etre leurs restes reposaient-ilssons cettemosai'que funebre!... Il nous semble qu'on peut fort bien rendre solidaires de la gloire que s'est acquise par cet acte le vene- rable et pieux Jacquemart, d'abord MM. les chanoines qui ont encourage l'oeuvre , et M. Lefevre , farchitecte du temps, qui fa consomme'e. Au surplus, voici un LE LABYRINTHE DE l'eGLISE DE REIMS. 2^3 document que nous ne nous contenterons pas d'indi- quer aux pieces justificatives, c'est le brevet d'immor- talite de ces Messieurs, il faut lui donner les honneurs du premier plan : Augustus 1778. Lectis litteris domini Jo. Jacquemart thes. quibus expositione facia multam ex labyrintho in navi hujus ecclesiae existente indecentiam oriri , eo quod freguens sit in eo deambulatio proponitque pro ejus eversione summam mille librarum et.... lapidum dictorum de Marzilly : capitulum cum memori animo accipiens propositiones dicti domini Jacquemart, com- mittit DD. Senescallos et dominum Fabr. officiarium ad grates referendas praefato domino ; rogatque dominum Fab. officiarium ut cum eo et D. Lefebvre architecto con- ferat de Labyrinthi eversione postea ad capitulum re* feret. Signavere : Fremyn , Lambert, Pommyer, Bour- gpngne , Regnault , Meusnier , de Remont , Cauvet , Parchappe, de Coucy , de Lattaignant, Batteux, Leblanc, Bergeat, Carbon, Lagoile , Mignet, Rutlidge, Bida. C'etaient ces memes ve'nerables chanoines qui , sui- vant le meme livre de leurs delibe'rations et conclu- sions , donnaient ce singulier pouvoir a Tun d'eux : Die Veneris 15 mai 1778. Datur potestas D. N. Ouda, Fab, vendcndi perg'amenas chartas provenientes e destructione veterum Ubrorum cantus. Le 17 decembre de la meme anne*e , sans doute pour temoigner a Messire Jacquemart toute leur gratitude de sa genereuse initiative , les memes chanoines lui de"cer- naient dans le choeur une stalle d'honneur : primum stallum de latere dextro in choro !! Tres-ve'nerables , que la terre vous soit le'gere ! 2Zl& INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. M. L. Paris donne ensuite un apercu de son travail sur la Monographic de la callwdralc dc Reims , auquel il met la derniere main ; et notamment de ses reeherches sur la Chapdlc de St.-Loict, dont il a depose* le splen- dide dessin et dont il enumere les transformations suc- cessives : a Pappui de son re'eit, l'auteur donne lecture a PAssemblee d'un devis de certains travaux de restaura- tion faits a cet autel Ce document , qui contient de curieux renseignements sur le prix de la main-d'eeuvre au XV e . siecle , sera lu avec plaisir. S'ensxtyt la despence qui a este faicte par II. Cadi chanoyne de Reims , pour faire'le hault pignon de la table d' 'autel de la chapelle du Saint Laict, en I'eglise de Reims, et pour la facon. En la presence de nous Odo Legoix presblre et Ge- rard Mouzon clerc notaire de la Court de Reims , com- parurent en leurs personnes, Antoine Bertbancourt et Guillaume Caillet massons dmt a Reims, lesquels out cogneu et confesse avoir et receu par les mains de mons. M c Hugues Cadi , chanoine de Reims , la somme de sept vingt tournois pour le principal marchie, et cinquante s. ts. pour aultre ouvraige par eux faict, non contenu aud. marchie , et ce pour leurs peines , salaires et vaccations , pour le contestable ou pignon , contre Tautel de la chapelle du Saint Laict de Teglise dudit Reims , de laquelle so e . de vn. xx l . et des dits l. s\ ts. les dits massons ont quitte et quittent led. Cadi et tous aultres tesmoing nos seings manuels cy mis Ian M. Vc. et XVI , le T jour de mars. En la presence de nous notaires subscripts comparut personnellement maistre Ge'rard Bailly, tailleur d'imaiges RECHERCHES SUR LA CHAPELLE DE S l .-LOIET. 2ft5 d:mt. a Reims, lequel recognut avoir eu et receu de venerable maistre Hugues Cadi, chanoine dud. Reims, pour avoir faict et taille quatre imaiges estantes en hault pignon de la chapelle du Saint Laict en l'eglise de Reims : c'est a savoir : de saincte Venice (Veronique), de S. Pierre, de S. Paul, et de Ste. Anne avecques les deux anges, la so e . de soixante et douze livres ts. es quelles imaiges sont este mis et employes iiil x *. seize pieds de pierre qui valient nuit livres trois sols ts. a huict francs et demy le cent , si come disoit led. M*. Gerard, ies avait employees somme toute mi". 1. in s 8 . t% Fait le dix neuf me . jour de mars Pan mil cinq cens seize. Item pour avoir contribue a aydier a mener la pierre de la saincte Venice, qui pesait bien cinq queux de van , come disoient les massons. . . . xxx s. t s . Sans ie vin que beurent les chartons qui i'amenerent a une taverne devant la maison dud. Gerard pour ce. ....... v s. t 8 . Item pour avoir estoffe et peindu lesd. quatre imaiges, c'est a scavoir saincte Ve- nice , sainct Pierre , sainct Paul et saincte Anne, a paye la somme de trente deux 1. I s . a Hugues Baril , peintre demeurant a Reims. Je Uuguet Baril peintre confesse avoir receu pour avoir peintes et estoffees les quatre dessus dites imaiges la somme de. xxxn 1. t . Nous Jacques Spifame et Ponce Wary, chanoines de Teglise de Reims , certifions avoir receu de Estienne Roze, marchand de pierres, en plusieurs fois six cent trente sept pieds de pierres a huitz I s . dix s, t\ le 2Zl6 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. cent , valant liiii liv. n s. I s . laquelle pierre a este mise et emploiee au hault pignon de la table d'autel de la chapelle du saint Laict qu'a faict faire Hugues Cadi, chanoine de ladite eglise ; tesmoings nos seings ma- nuels icy mis , le xx e jour de mars Fan v e . seize. Je Gerard Roze marchant demt. a Reims, confesse avoir eu et receu le jour saint Esloy, v e . et xmi, de ve- nerable homme maistre Hugue Cadi chanoine de Reims la somme de cinquante cinq sols t s . pour ung disner faict en mon hostel , ce d. jour , a cause du marchie faict par led. maistre Hugue avecq Guillaume Caillet et Anthoine Berthancourt massons dem. aud. Reims , pour faire le hault pignon de la chapelle du Sainct Laict en l'eglise de Reims , ou sont les ymaiges sainte Venice , saint Pierre , saint Paul , et sainte Anne : en quel estoient Mess rs . le chantre, le tresorier, maitre Jacques Spifame, et plusieurs aultres, jusques au nombre de douze et plus ; dont de la d e so e de lv. s. t*. je quicte led. Cadi , et tous autres , tesmoing mon seing manuel cy mis , Tan et jour dessus d. Et est a notter que led. s r . Guillaume et Anthoine marchans dud. marchie paierent la moictie" desd. vins montant a xxvn s. vi d. t s . Idco hie : xxvn s. vi d. t s . Item pour dix poinsons de chaulx a mi s. parisis le poinson c. s. t*. Item pour deux manouvriers qui ont porte la greve et les tierciens de croye ded. Teglise mi s. t". La greve , la Fabrique la paye. Ideo. nichil. Item pour faire amener les quatre grandes imaiges depuis la maison du Tailleur, Tune parmi l'autre. . . . x s. t*. RECHERCHES SUR LA CHAPELLE DE S*.-LOIET. 2&7 Pour deux cents de tierciens , pour ayder a remplir le meure , dix s. pa- nsis, valiant xxn s. vi d. t', Je ne conte pas beaucoup de pot de vin que je bailli au massons, ne de disner aussy. Item, plus ladite fabrique a livre xxxvi voitures de greve pour les grosses pierres, le plomb, les es- chaffaulx et les eordes : et peut le tout valoir environ xx liv. F. Somme totalle de la despence de ce present dit qua- terne , c'est a scavoir nr. xxxvin 1. mi s. t 8 . Lequel quaterne a este visite par nous Jehan Jeolfrin et Jehan Fafoureau, maislres priseurs de la Fabrique de 1'eglise de Reims, commis de par Messieurs du chapitre par lequel appert que pour faire ledit pignon pour quatre imaiges la Veronique , S\ Pierre , S*. Paul , et S te . Anne, pour pierres, croyes, chaulx, journees de ma- nouvriers : pour la facon dudit pignon et desd. quatre ymaiges , et pour peindre estoffer et asseoir icelles ymaiges , mons r . Cadi a expose de ses propres deniers la somme de iii c . xvm liv. mi s. t s . Et le reste montant a xx liv. t\ a este paye des deniers d'icelle fabrique. Visus fuit et examinatus presens quaternus per per- sonnatos provisores ad hoc, per capitulum deputatos, quorum .... relatione in capitulo facta , capitulum dictum quaternum per dictos provisores . . . notarum dicti capituli signari jussit. Actum in dicto capitulo , die Veneris quinta mensis junii, anno Dni 1516. Sign, J. DOCTRINELLL J. JOFFRIN. J. REGUS. RECHERCIIES CHIMIQITES SUR L'OIDIUM AURANTIACUM, MOISISSDRE ROUGE QUI SE DEYELOPPE SUR LE PAIN; Far M. Ill S\OI J, C.liirurgien en chef dc la marine, merabre de 1'Inslitul des provinces. Tout ce qui concerne ralimentation publique , l'hy- giene, je n'ose dire ici, Feconomie sociale, offre un interet si immense que celui-Ia me semblerait blamable de ne pas payer son tribut, quelque modeste qu'il soit, qui croit avoir pu soulever un minime coin du voile dans une des nombreuses et palpitantes questions qu'elles embrassent dans leur domaine. G'est a ce litre que je viens humblement soumettre au jugement de mes hono- rables collegues quelques observations pratiques que j'ai eu occasion de faire , Fete dernier , sur une production, cryptogamique qui , par bonhcur , ne s'est manifested que rarement; je dis par bonheur, parce que, si Ton s'en tenait aux etudes dont elle a ete Tobjet, il y a une quinzaine d'ann^es , et aux conclusions auxquelles ces travaux donnerent lieu , il y aurait a craindre de la voir se reproduire dans les amines de mauvaise recolte des grains, comme une consequence a bien dire ine*- vitable de leur alteration plus ou moins profonde. En eflet , les savants qui s'en sont occup^s , sont SUR l'oidium aurantiacum. 2^9 testes d'avis unanime que l'apparition de Yoidium au- rantiacum dans le pain aurait pour origine une sorte de maladie du grain, une degenerescence sans doute du froment , c'est-a-dire une cause encore analogue aux epiphyties de la pomme de terre , de la vigne. Les resultats de mes experiences me conduisent a une opinion diametralement opposee, et alors, au lieu de presenter la gravite que ferait craindre une maladie speciale du grain , la production de cette mucedinee me semble etre un fait purement accidentel de la pani- iication. L'apparition de 1'oidium se produirait sous T influence d'une fabrication laissant a desirer , si elle n'etait absolument vicieuse ; cette alteration du pain serait alors facile a conjurer, tandis que, dans Topi- nion d'une maladie du grain , il n'appartiendrait pas a riiomme de toujours s'en rendre maitre. Voici le travail , tel que je Tai depose : Depuis la fin de juillet 1855 , un certain nombre de boulangers de Cherbourg livrent a la consommation un pain qui, le plus souvent, au bout dequatre ou cinq jours de fabrication, se couvre d'une moisissure, blanche d'abord, filamenteuse, qui communique a cet aliment 1'aspect caillebotte ; bientot ces filaments deviennent le support d'une poussiere jaune-rougealre , analogue a la couleur du tripoli en poudre. Des reclamations leur sont adressees par leurs clients; du rejet d'une aussi juste demande de reprendre ce pain , surgissent bientot des plaintes serieuses et directes a l'autorite. Les boulangers, pour se justifier de leurs mefaits et se mettre a l'abri, repandent dans le public que cet accident fort grave , au point de vue de l'alimentation publique , ne provient pas 2oO INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. de leur negligence , de leur fait , mais bien qu'il doit elre uniquement attribue - aux farines qui leur ont ete vendues. L'autorite superieure, voyant le mat s'aggraver, s'emeut des consequences qui peuvent en decouler pour la tranquillite publique , et en effet , si les assertions des boulangers sont justes , ii faut saisir non-seulement les farines qui sont dans leur depot , mais encore toutes celles des vendeurs , et alors , comme la boulangerie de Cherbourg n'a point de reserve , et ne s'approvisionne qu'au jour le jour, a bien dire, cette saisie conduit a la suppression totale de la fabrication. Devant cette consequence affreuse et irreparable sur les lieux immediatement , M. le Sous-Prefet me prie d'examiner cette question complexe et dont la solution exige et du temps et des managements. Indiquee, en 1831 , cette alteration profonde de Tali- ment principal des masses , du pain , apparait sur une vaste echelle , en 18/i3 , a la manutention militaire de Paris ; elle donne lieu a des observations de la part de MM. Alphonse Guerard , Gauthier de Glaubry et devient Tobjet de Texamen d'une commission speciale , nommee par le Ministre de la guerre , commission qui compte au nombre de ses membres trois de nos plus illustres chimistes : MM. Dumas , Payen et Pelouze. Cette moisissure anormale excite encore les investi- gations de nos micrographes eminents, qui tous la classent dans les mucedinees , soit dans le genre Pe- nicilliiim , soit dans le genre Oiclium. Enfin , designee tour a tour sous les noms de Peniciliium josewn (Linck.), Peniciliium sitophilum (Montagne), elle est plus generalement connue sous la denomination sur lVidium aurantiacum. %\ d'oidium aurantiacum , admise par les membres cle la savante commission et conservee par tous les chimistes que je viens de nommer. En 18Z|7 , j'eus occasion egalement d'observer, a Brest, du pain de tres-belle apparence, qui me fut remis par un minotier, certain de la bonne qualite des farines qu'il avait livrees. Get accident ne se reproduisit pas et passa inapercu ; le boulanger cessa de suite ftincriminer les farines. Me rappelant parfaitement cette circonstance , je me suis senti quelque repugnance a accepter sans recherches nouvelles les opinions emises par M. Gauthier de Glaubry , etc. , a savoir que Yoidium derive directe- ment du grain , qui en serait lui-meme entache , d'oii il passerait dans la farine , puis dans le pain. Aussi laissant de cote la partie historique, me depouil- lant de toute opinion emise et preconcue, fai era devoir reprendre Texamen de cette question ab ovo et je me suis pose cette nombreuse s^rie de demandes : 1. Les farines qui me sont remises sont-elles pures ? 2. Est-ce aux farines qu'il faut rapporter la production de Toidium aurantiacum , ainsi que le disent les bou- langers ? 3. Est-ce au pain lui-meme qu'est due cette vegetation cryptogamique ? /i. Serait-ce a la nature des levains ? seraient-ils la cause unique ou une cause predisposante ? 5. Est-ce, au contraire, un vice de fabrication, un manque de manipulation , de fermentation , un accident de cuisson ? 6. LVidium, au lieu de provenir du grain, des ia- rines , d'oii il passerait dans le pain , ne serait-il pas , au contraire, un produit de Talteration panaire et non 252 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. pas de celle des dements primitifs et imm6diats de la fa rine? 7. Est-il possible, par une fabrication mieux entendue, de remedier a ce grave inconvenient ? Quels seraient les jnoyens? 8. Le pain atteint d'oidium , alors que la partie envahie en a ete separe'e , est-il salubre ou est-il insalubre ? 9. Peut-on , sans inconvenient , abstraction faite do degout qu'elle doit inspirer, consommer la partie alteree et couverte de moisissure rouge-orangee ? Je ne me dissimule pas en ce moment la haute portee de ces problemes, la difficulte de leur solution ; si j'en- cours de quelques-uns le reproche de trop de temerite , j'ose compter sur la bienveillance des gens de cceur et d'honneur , bienveillance que me devront meriter Fexac- titude de mes observations , leur varie'te et les efforts que j?aurai tenths sur une question encore neuve , je crois. J'arrive aux faits.. EXAMEN DES FARINES. Cet examen comporte deux genres de recherches. II y la a constater d'abord si elles sont pures de tout melange, quelle est leur qualite, leur richesse. Pour cela je les ai soumises isolement a tous les genres d'essais organoleptiques, microscopiques , chimiques , susceptiblesde denoter si elles sont de fabrication ancienne ou recente, si elles proviennent de grains germes, si elles sont acides ou alcalines , et je suis arrive a leur reconnaitre les caracteres qui suivent : Ces farines sont toutes d'un aspect satisfaisant , bien blanches , douces au toucher, de saveur agitable , nor- SUR L'OIDIUM AURANTIACUM. 253 male , sans arriere-gout acide ou savonneux ; d'odeur suave , sans arriere-odeur de moisi , de savonneux , de ferments. Gonverties en pates avec moitie de leur poids d'eau , ces pates sont de belle apparence , blanches , fermes , longues, elastiques, non collantes, sans odeur ni saveur qui trahissent une alteration quelconque , ni un melange de legumineux , etc. Soumises a la malaxation, elles laissent tres-aisement separer leur gluten qui se soude avec la plus grande facilite , est d'une belle couleur, tres-elastique , et, par la dessiccation complete, atteint environ le taux de 12 pour 100. Un bon microscope d'Oberhauser n'y peut faire decou- vrir aucune trace de cellulose des legumineux, ni de fecule de pommes de terre, de parties anguleuses de mai's, de riz, de sarrasin , ni de balles de seigle, d'orge , d'avoine, ivraie , ni de perisperme de graines de liseron , coquelourde, etc. L'essai chimique reste impuissant a y denoter soil le mais, soit la feverolle. II n'y a ni platre, ni sulfate de cuivre ou de ziac , ni alun , etc. ; Pincineration s'en opere avec la plus grande difficulte , m^me par deux additions d 1 acide azotique, et elle vient attester , sans replique , Texcellent nettoyage du grain. Ainsi deja , nous elablissons que ce ne peut etre au melange de farines etrangeres , de produits frauduleux , qu'il faudra rapporter la production de Voidium , dans les experiences qui vont suivre. w Du reste, je dois declarer ici qu'en 1846-47 , j'ai eu occasion, pour des affaires correctionnelles qui m'etaient confiees , de fabriquer des pains avec addition de feve- 25Zl INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. rolles, pois, haricots, lentilles, mais, seigle, orge, fecule de pommes de terre, comme types de mes recherches. Ges diverses sortes de pain , faites sous ma surveillance inccssantc, ont e'te' abandonnees a l'air libre pendant plus d'un mois, dans mon laboratoire, a une temperature souvent superieure a 25; elles ont donne la moisissure ordinaire, sans aucune trace d'o'idium aurantiacum que je connaissais fort bien a cette epoque. Existe-t-il dans les farines des sporules d'o'idium provenant du tegument du grain ou ayant , dans le tami- sage, accompagne la farine elle-meme? Quoique le microscope me prete journellement le concours le plus puissant pour l'analyse , je dois declarer qu'il m'a ete impossible de reconnaitre dans aucune des farines des traces evidentes d'oidium, et cependant je les ai examinees seches , simplement delayees a l'eau , puis delayees a Teau potassee a 2 et k 12 pour 100 , a Teau iodee; je n'ai pu apercevoir aucun corpuscule arrondi transparent, simulant une sporule d'o'idium. Bien plus, il m'a fallu y ajouter une grande quantite de sporules ( jusqu'a nuance rosatre ) pour les pouvoir retrouver apres le traitement a l'eau potassee a 12 pour 100 , sans que j'ose encore affirmer que e'etaient bien les sporules o'idiques qui restaient indissoutes. Jl m'a done fallu recourir a d'autres moyens pour savoir si les farines sont ou non oidiferes. Pour atteindre ce but, voici l'experience. qui fut faite, "en 1843, par l'un des explorateurs pittites. Le grain fut lave , l'eau recueillie ; puis cette eau de lavage servit a humeeter du pain que Ton abandonna dans un endroit convenablement chaud et humide. Cette aspersion suffit pour developper de Mdium. Nous avons du rep^ter cette sur lVidium AURANTIACtlM. 255 experience, mais avec de Ceau distillee pure : nous avons egalement reproduit de l'oidium; aussi, r^servons- nous a plus tard d'examiner si l'observateur de 1843 etait absolument en droit de conclure que la production de l'oidium etait due a des sporules d'o'idium separees par le lavage de la pellicule du ble. Partant, au contraire, de ce point de vue que, si les farines contiennent des sporules oidiques , il suffira d'une temperature moderee, d'une humidite convenable pour que le developpement de ces sporules s'effectue, et ensuite se transmette par envahissement plus ou moins prompt, j'ai fait les experiences qui suivent : 1. J'ai place isolement des echantillons de huit sortes de farines, suspectees ou non suspectees d'oidium, dans des capsules de papier dispose" es sur une planche enbois ; je les ai abandonnees pres de deux mois dans mon labo- ratoire, ou regne une humidite constante, assez grande, par la presence des robinets d'eau de la laverie , des refrigerants d'alambics, et de la vapeur des preparations qui s'y font avec le concours de ce liquide. La tempe- rature moyenne a ete , d'apres mes observations jour- nalises, de 20 a 30 pour fair exterieur , plus haute parfois dans le laboratoire , oil elle n'est pas deseendue au-dessous de 17. c. pendant la nuit. Au bout de ce temps, il n'a point apparu d'o'idium. 2. La seconde experience ne differe qu'en ce que les farines ont ete placees sous des cloches , avec un vase rempli d'eau pour maintenir un summum d'humidite. Au bout du meme temps, sous la meme temperature, pas d'oidium apres un mois et plus. 3. Meme experience , mais apres avoir humecte les farines jusqu'a ce que la pression les reunisse en masse ; 266 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. rien encore, pas d'oidium dans les memes circon- stances. U. Des pates sans levain , ou avec levain de pate , de biere , ont ete concurremment abandonees aux memes influences; pas encore d'oidium apres un mois. 5. Le gluten provenant de l'essai de leur richesse en ce principe, soumis aux memes actions atmospheriques , n'a point non plus donne' d'oidium au bout d'un mois. 6. Enfin , ces farines ont eH6 delayers avec un exces d'eau; l'eau , surnageant au bout de quelques jours, a donne* la moisissure habituelle, mais pas encore d'oidium apres plus d'un mois d'exposition a Fair. De toute cette serie d'experiences concordantes, n'est- il pas logique d'induire qu'il n'existe dans ces farines a ucunes sporules d'oidium, a moins d'admettre qu'elles ne peuvent les developper, lesnourrir? En ce cas, les farines ne seraient pas oldigenes. C'est ce que je vais tacher de demontrer d'une facon plus nette et plus con- cluante. Pour cela, j'ai encore a reiater un nombre egal d'ex- periences faites dans les m&mes conditions de duree , d'humidite, de temperature : 1. A des echantillons nouveaux des farines ci-dessus. j'ai m&le* des sporules d'oidium en notable quantite, apres un mois d'exposition a Pair libre dans le meme laboratoire, pas encore d'oidium. 2. Meme experience avec farines melees d'oidium et placees sous cloche avec un vase d'eau ; pas d'oidium apres le meme temps. 3. Avec les farines humectees comme dans la troi- sieme experience correspondante , 1'addition des sporules d'oidium n'a pas encore reproduit la vegetation orangee. STJR l'oidium aurantiacum. 257 U. Des pates sans levain , avec levain de pate , de biere et sporules d'oidium, pas de d6veloppement d'oidium au bout d'un mois. 5. Le gluten de ces farines, egalement additionne de sporules ; pas d'oidium apres un mois. 6r Enfin, delayees dans un exces d'eau et additionnees de sporules , le contact de quelques jours a suffi pour y faire naitre une enorme moisissure vert fonce , mais non pas d'oidium. Une harmonie aussi grande de ces resultats dans cette nouvelle serie d'experiences , qui se concilient avec les essais precedents , ne vient-elle pas corroborer avec force et d'une facon p6remptoire la premiere , ainsi que nous aurons plus tard Toccasion de le demontrer en produisant le phenomene cherchd avec les memes elements, mais confondus par la fermentation et la cuisson , et aussi avec d'autres elements amidonn^s ou sucres, plus ou moins analogues? II nous semble done permis de deduire que si, dans le premier cas, les farines ne contiennent pas d'oidium a l'etat de sporules , bien plus encore les elements constitutifs des farines et par consequent du grain d'oii elles derivent, ne saurait developper d'oidium. Ces farines ne sont done ni oidiferes ni oi'digenes ; d'ou nous arrivons a devoir conclure que : 1. Les farines dont il s'agit ici ne contiennent pas ou du moins ne semblent pas contenir de sporules d'oidium visibles au microscope ; 2. Les reactions chimiques sont impuissantes a les y.deceler dans l'etat actuel de la science ; 3. Les elements constituants des farines ne peuvent developper l'oidium par eux-memes. V 258 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. 4. Ces elements ne peuvent, sans transformation, servir d'aliment a la reprodution , a revolution des sporules de Toiidium. 5. II devient done logique d'induire , a priori, que e'est le pain lui-meme qui d^veloppe et nourrit Toidium et par suite que Toidium ne serait qu'une moisissure du pain , s'operant peut-etre dans des circonstances exceptionnelles ou jusqu'a ce jour peu remarqu^es. C'est ce qu'il s'agit ici d'elucider. EXAMEN DES CAUSES DE LA PRESENCE DE l'OIDIUM DANS LE PAIN. Serait-ce a la combinaison in lime de tous les Elements de la farine tels qu'ils se trouvent transformed et con- fondus dans le pain qu'ii faut laisser la charge d'une influence si desastreuse sur cet aliment de premiere ne'eessite' , de la production de Toidium ? C'est en ce moment que la question devient palpitante d'interet. La minoterie sort de cause et la boulangerie parait a la barre. Cette corporation argue de la presence de 1'oidium ou de la cause generatrice de Toidium dans les farines , dans la quality inferieure du grain , pou- vant provenir d'une recolte faile dans de mauvaises conditions , plus encore que du grain mai conserve , ayant germe. Les boulangers n'apportent a Tappui aucune preuve, et la pratique leur permet parfaitement de juger suffisamment au gout, a Todeur, a l'essai par la pate, de leur bonne ou mauvaise qualite , de leur fabrication ancienne ou recente , de la mauvaise conservation du grain , qui contracte , surtout s'il a et6 germe , le gout de moisi. sur l'oidium aurantiacum. 259 Nous venons , du reste , (Ten faire justice. Le pain est-il l'element generateur de 1'oidium ? Est-ce a la nature des levains qu'il faut en attribuer le d^veloppement ? La proportion d'eau dans la pate et par suite dans le pain est-elle un cause pre'disposante , si elle n'est une cause n^cessaire ? Une mauvaise cuisson peut-elle apporter sa contingente part dans cette alte- ration profonde? Pour resoudre ces questions, j'ai du faire de nom- breux essais comparatifs sur des farines de toute pro- venance , sur les deux sortes de levain employees jour- nellement, sur des levures de biere de deux e"tablisse- ments en concurrence ; puis enfin operer dans les circonstances ou donn^es d'une bonne et loyale fabri- cation et dans des conditions de rendement plus avan- tageuses aux boulangers que celles adoptees comme base par la municipalite pour eHablir la taxe du pain. Je me suis efforce d'arriver egalement a produire Toidium au bout de quelques jours, en tentant une fabrication imparfaite, avec exces d'eau dans le pain, et surtout reprochable sous le rapport de la cuisson. Premiere experience. Elle se compose de quatre essais comparatifs, faits avec deux sortes de farines et deux sortes de levains. Le premier essai est fait avec la farine d'un boulanger qui declare qu'elle lui donne de Toidium , et avec un levain de bierre ayant ilx heures d'appret. .Le deuxieme est fait avec la meme farine et du levain de pate. Le troisieme a pour base une farine d'autre pro- 260 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. venance , n'ayant pas donne lieu a observer ro'idium chez plusieurs boulangers qui la consomment. La fer- mentation , comme dans le premier cas , s'obtient au levain de biere de ill heures d'appret. Le quatrieme , pour correspondre au deuxieme , a pour base encore cette seconde sorte de farine, et un levain de p&te. Les proportions employees sont , pour les deux fa- brications a la levure de biere : Farine 5kil. Levure de biere lit. 20 Eau pour le levain lit. 1x0 ) } pour le petrissage. ... 2 50 Sel ordinaire kil 30 Cette masse de pate est divisee en deux parties egales , qui sont laiss^es au four pendant une heure quinze minutes. Le poids du pain obtenu est de 6 kil. 500 gr. pour chaque essai comparatif, ce qui donne un rendement de 130 pour 100, et la taxe municipale est caiculee sur 126. Le pain au levain de pate est prepare avec les memes proportions, et comme suit : Farine 5 kil. Sel 30 ,j 2 90 La pate est egalement divisee en deux parties egales, qui sont laissees dans le m6me four le meme temps, et jusqu'a ce que le poids des pains soit le meme et donne ainsi un rendement de 130 pour 100, comme pour rexperience au levain de biere. Eau pour le levain 1 lit. pour le petrissage. ... 1 90 j SUR l'oidium aurantiacum. 261 Cette fabrication est operee le 2k aout au matin. Les huit pains sont coupes en deux le l cr . septembre apres midi , et quoiqu'il se soit ecoule plus de huit jours, il ne s'est manifeste aucune trace de l'appa- rition de l'oidium. Ainsi coupes , les pains sont disposes sur une planche dans mon laboratoire , dans les conditions de tempe- rature et d'humidite deja relatees pour les farines. Ce n'est que le 2, a midi, qu'apparaissent les premieres traces d'o'idium dans les deux sortes de pain au ie- vain de biere. Ces pains presentaient , comme cela a presque toujours lieu pour les pains a la levure de biere, en outre des alveoles tres-larges, des cavernes assez volumineuses, dans lesquelles se d^veloppe toujours en premier lieu l'oidium. Le lx septembre , c'est-a-dire apres I'expiration dn onzieme jour de la fabrication , Tinvasion a fait de grands progres et Ton voit alors se manifester la moi- sissure ordinaire. Au contraire, les pains au levain de pMe , dont les alveoles sont plus nombreuses, presque regulieres, beaucoup plus petites , annoncent une fermentation moins avancee , moins complete , et de"notent une fa- brication meilleure ; ces pains de deux sortes , dans les memes circonstances ne donnent aucune trace d'oidium et ils ne subissent la premiere atteinte de la moisissure ordinaire qu'apres le dix-huitieme jour re"volu. Cette serie d'essais semblerait etablir que la production de l'oidium serait due a la nature du levain , a la levure de biere. G'est ce que nous verrons plus tard ; mais si c'est a la levure de biere qu'il faut attribuer cette in- fluence de decomposition des elements du pain , toutes 262 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. les levures auront-elles cette action, ou bien est-elle speciale a la levure employee dans ce moment ? Seconde experience. Pour arriver a r^soudre cette nouvelle question , j'ai de nouvean fait confectionner du pain avec les deux memes sortes de farines , mais avec deux levures de pro- venance diffe"rente , Tune de Cherbourg , sur laquelle on rejette Taccident dont il s'agit , Tautre provenant d'une brasserie de Valognes , ou il n'existe pas dans la consom- mation de pain oidifere. Les quatre sortes de pain ont ete fabriquees encore simultanement , avec les memes doses que precedem- ment ; la fermentation a ete conduite de la meme ma- nure; la cuisson a ete ope're'e dans des conditions aussi analogues que possible ; enfin Ton a pris toutes les dis- positions necessaires pour obtenir une parite* de r^sultats absolue, ou bien une dissemblance, si c'est a la nature spciale de la levure de Cherbourg qu'il faut attribuer Tinfluence oidifere. Apres le septieme jour , les pains ont ele coupes en deux; bien qu'en ge'ne'ral ils m'aient semble laisser a desirer sous le rapport de Tensemble de la fabrication , de la cuisson elle-meme , qui avait 6te un peu trop vive , il n'y avait pas encore au bout de ce temps d'oidium et cen'est que le onzi erne jour que cette alteration s'est dessin^e nettement; puis bientot alors, la moisissure ordinaire s'est developpe"e. Il est vrai de dire que la temperature moyenne avait 6te un peu inferieure a celle des derniers jours d'aout et des premiers de septembre. De ces nouveaux essais, quelle conclusion tirer? S'il sur l'oIdium aurantiacum. 263 nous est permis de supposer que la levure de biere soit pour quelque chose dans Pobtention du pain qui deviendra oidifere, s'ensuit-il bien r6ellement, sans replique, que ce soit a elle seule quMl faille rapporter cette production ? Nous serions presqu'en droit de Tadmettre , puisqu'avec le pain au levain de pate , nous n'en avons pas obtenu. Mais nous ne croyons pas que ce soit la la vraie cause; que ce soit la levure qui soit incriminable ; nous avons tout lieu de penser que c'est plutot a un exces d'humidite', ou mieux a un vice de cuisson ; car alors tous les bou- langers , qui ont employe* ou emploient encore les memes farines , la meme levure de Cherbourg , auraient du tous obtenir du pain de meme nature , egalement oidifere. C'est ce qui n'a pas eu lieu, et disons-le, c'est le petit nombre qui a livre' du pain entache d'oidium. J'aurais pu faire une nouvelle experience en ce sens; mais tenant a ne pas aggraver la defense, j'ai cru devoir m'en dispenser en me servant de Texperience propre d'un de nos boulangers, qui e"tait Tun des plus ardents a rejeter sur la levure de Cherbourg Taccident qu'on lui reprochait. En effet , voulant demontrer son innocence , d'un cote", et sa capacite reelle comme boulanger , de Tautre , avec des farines qui lui donnaient de l'oidium , il a fait des echantillons de pain qui m'ont 6te remis. lis etaient a alveoles regulieres , sans cavernes , a croute fine , doree , bien fondue avec la mie , et par un sort malencentreux pour son mode de defense , les deux echantillons , que je de'clarai de suite irreprochables comme blancheur, bon gout, bonne fabrication, sont devenus ses accusateurs les plus terribles en ne donnant pas d'oidium. Ce serait done a bon droit que nous avons emis Topinion que ce n'est pas a la nature des levains qu'il fandrait "26k INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. reporter le deWeloppement de l'oiidium , mais plutot a un exces d'eau dans le petrissage et surtout a une cuisson imparfaite , mal conduite ; c'est ce que je vais tacher de prouver par la troisieme experience qui va suivre. Des essais posterieurs, deux fois reputes, sunt venus justifier l'opinion que je viens d'emettre et prouver d'une maniere e'clatante la reserve que j'avais du garder. J'ai, en effet , obtenu deux fois du pain au levain de pate , qui m'a donne de l'o'idium au bout du quatorzieme jour, et cela concurremment avec la moisissure vert-grisatre habituelle. Troisieme experience* Le 6 septembre , j'ai fait un essai dans le but d'obtenir une pate pousse'e a la fermentation avec le smnmum d'eau qu'elle puissc contenir. La cuisson a ete operee dans le but d'obtenir promptement une croute brun fonce, resistante , semblant epaisse , et de saisir ainsi la masse avant qu'elle puisse retomber. L'operation a parfaitement reussi et avec les appa- renccs d'un pain tres-cuit , avec une croute brune, epaisse , cassante, j'ai obtenu cette fois , avec des doses que j'ai deja relatees et de la levure de biere, j'ai obtenu, dis-je, quatre pains dont le rendement , au lieu de 130 comme precedemment, a ete eleve" a 137 pour 100, soit 11 pour 100 de plus que le taux calcule pour etablir le prix de la taxe. Ce pain a ete expose aux memes influences de tem- perature, d'humidite, dans le meme laboratoire. Des le quatrieme jour, je l'ai ouvert; il 6tait gonfle, la mie 6tait separee de la croute supeneure par de fortes crevasses ; sur l'oidium aurantiacum. 265 elle semblait plus humide, et n'etait point matte. Des le quatritme jour Venvahissemcnt par I'oidium etait complet, et le centre, clevenu tout rouge le lendemain, avait p7*is tous tes caracteres physiques des pains detestables et decomposes qui ont etc portes aiu autorites locales ; Cinterieur du pain etait chaud a teldegre qu'apres le kuiti erne jour , la fermentation etait encore a ce point qu'il existait au centre du pain une temperature qui surpassait de 1/f c. celle cxte- rieare de la croute et de I 9 air ambiant. Cet experience a done repondu a mon attente , en me donnant un produit tellement semblable au pain defec- tueux dont il s'agit , qu'il ne me devrait rester aucun doute sur la cause vraie et seule serieuse de Talteration aussi grave que repoussante que j'ai ete appele a con- stater un nombre de fois assez considerable. J'ai du aller encore plus loin et, pour assurer mes essais par Tautorite" de la pratique journaliere , au lieu de faire moi-meme un nouvel essai, je me suis enquis pres de boulangers jouissant d'une bonne reputation, qui em- ployaient des farines des memes minoteries , de meme qualite , les memes levures. lis n 1 ont point eu d'oidium. Jamais ils n'en ont vu ni entendu parler. J'ai ensuite fait faire, par l'un d'eux, avec memes farines, meme levure, une nouvelle dose de pain, dont la cuisson a ete bien faite, bien conduite ; je n'ai pas obtenu d'oidium ; mais la pate aussi avait de la fermete' et le rendement etait normal. J'ai de plus expose aux memes influences et concur- remmentdes morceaux de pains de diverses provenances et fabriqu^s avec les memes elements; ils n'ont pas donne" d'oidium. 12 266 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. D'un autre cote , des echantillons des divers pains que j'ai fabriqu^s ont (He" conserves dans la paneterie de la marine ou Fair est renouvele" , la temperature fraiche. Aucun des pains obtenus dans les conditions premieres d'une bonne fabrication n'a donne" dVidium. II n'y avait pas et garde du pain saisi au four et provenant de Texp^rience ad hoc , faite le 6 septembre. Nul doute cependant qu'il n'eut donne" d'oidium, tant sa decomposition a ete rapide dans mon laboratoire. D'autres observations journalieres de notre pain d'hopital, livr6 actuellement par la boulangerie eivile , de notre pain d'equipage, sont venues confirmer les resultats qui precedent et corroborer mon opinion. C'est done avec une conviction profonde que je crois pouvoir conclure que : 1*. Ce n'est pas a la nature speciale des levures de Mere que, sericusement , Ton peut attribuer le deve- loppement de Mdium. 2. II est possible qu'en raisoh de la matiere sucree et extractive que contient notre levure liquide , elle puisse conserver au pain plus d'humidite , soit par elle-meme , soit en determinant par une fermentation plus active une transformation saccharine plus complete. 3. Le pain au levain de pate , etant a cellules plus petites, atteste une fermentation plus reguliere, moins avancee peut-etre. Aussi, s'il semble generalement ne pas subir Talteration o'idique , il est encore moins sujet a une moisissure prompte et ordinaire. U. Tout concourt done a prouver (ju'un exces d'eau dans la pate , une culsson trop rapide dans un four trop chanffe afin de saisi?' le pain el d'y main- tenir , par la formation prompte d'ane c route pro- SUR l'oidium aurantiacum. 267 tectrice , cet execs d'eau , pour clever le rendemcnl , sont tcs causes , sinon absolucs , au nwins les plus actives du developpemcnt de l'oidium. 5. La conservation du pain peu cuit doit avoir lieu dans un endroit frais, aere, non humide, afin d'eviter ainsi , non-seulement la production de Foidium , mais aussi celle des moisissnres habituelles. Pour prouver, sans replique , que ce n'est pas a la le- vure qu'il faut rapporter l'oidium , j'ai enfin du tenter de le produire dans le pain sans levain. Pour cela, j'ai fait confectionner avec les farines ci-dessus du bis- cuit par le procede habituel de la manutention mari- time. La euisson en a ete parfaite , apres son refroi- dissement , je l'ai place* dans les conditions meteoro- logiques ordinaires de mon laboratoire ; apres l'avoir ouvert et fendu en deux , soit que j'aie laisse les parties s^parees , soit que je les aie rapprochees pour les recouvrir rexiproquement, c'est en vain que j'ai attendu l'apparition de Toidium. Cela se concoit, si Ton r^- flechit que le biscuit ne contient presque pas d'eau , bien moins que les farines elles-memes , puisqu'il est cuit de telle sorte que 100 kilog. de farine rendent au plus 91 kilog. de galettes. Comme il manquait alors un des e^l^ments essentiels, constitutifs du pain, qui, sec, ne saurait produire d'o'idium , comme nous le ferons voir plus tard , j'ai alors humecte la partie centrale , j'ai remis les mor- ceaux separes a leur place , puis je l'ai abandonnee , ainsi humide en dedans , aux influences ordinaires de Ttitmosphere : des le troisieme jour, j'ai vu surgir de 1'oidiuin , tandis que le meme biscuit, non mouille, n'en a pas donne depuis plus de deux mois. 268 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. Des pains de toutes sortes de provenances, fails avec toutes especes de levains, n'ayant pas donne" d'o'idium apres un mois ^exposition a Fair , ont 6te mouilles comme le biscuit, puis recouverts d'une cloche; tous m'ont donne au bout de quelques jours de roidium. Que dcvicnt a tors i experience de V inoculation de roidium par I'eau de lavage du grain, sur laquelle est fondee l y opinion qu'il prend son origine dans le grain ? N'ai-je pas eu le droit de dire que la conclu- sion qui en avait ete tiree me semblait hasardee, sinon toute gratuite ? N'est-il pas plus raisonnable de penser que c'est a un vice de fabrication , a une cuisson de- fectueuse, a un exces d'humidite, maintenu dans un desir de lucre, que se rattachent reellement les causes de la production du cryplogame parasite du pain, tout en pouvant penser qtfen' raison de sa constitution chi- mique, la levure liquide , au moment ou die vtent de s'ecouler des futs en fermentation, puisse operer une transformation plus complete des elements feculents et sucres des farines , rendre le pain un peu plus hygro- metrique? Mais je me hate de le declarer, cette in- fluence ne saurait etre qu'un bien faible auxiliaire. INOCULATION I>E l'OIDIUM. Je viens de montrer quelle est la vraie cause de la production de roidium dans le pain; j'ai aussi 6tabli anterieurement que les farines ne pouvaient pas lui donner naissance , ni les elements qui les composent lui servir d'element de reproduction. II me reste done encore a examiner si le pain qui ne donne pas spontanement dVidium , est susceptible sur l'oidium aurantiacum. 269 de le contracter par une sorle d'inoculation , par semis de sporules, et par la prouver que c'est sous forme de pain que les elements de la farine le developpent et le nourrissent. Pour cela , j'ai encore fait des essais repetes et assez nombreux sur diverses sortes de pain , sur le biscuit ou pain non fermente, ce qui m'a conduit aux obser- vations qui suivent : 1. Place dans mon laboratoire a toutes les causes d'alteration , et d'atteinte spontanee de Toidium , du biscuit a ete ouvert, puis saupoudre de sporules oran- gees d'oiidium ; plus de six semaines se sont ecoulees et il ne s'est produit aucun changement , il ne s'est pas produit d'oi'dium. 2. Ce meme biscuit a te moderement humecte, j'y ai inocule quelques sporules d'oiidium , puis l'ai re- couvert pour empecher la dessiccation ; des le second jour, il etait enchevetre de nombreux filaments d'oiidium blancs, qui ont donne d'enormes proportions es- sants de M. Baltet , sur la culture de certains arbres r^sineux dans le departement de l'Aube; sur les insectes qui attaquent les cer^ales, et sur l'emploi compart des gros et des petits tubercules pour la plantation des pommes de terre. Nous n'avons garde d'oublier un excellent rapport de M. de Villeinereuil , president de la Society , sur le con- cours uuiversel agricole , qui a eu lieu a Paris pendant Fexposition. Le merite des instruments et des animaux exposes y est discute avec une rare sagacite. Enfin , la SocieHe a prouve Tinteret quelle porte a la sylviculture, en encourageant les travaux de reboisement sur plusieurs points, et en recompensant , par une me- daille d'or, un brigadier forestier, qui a replante 26 hectares de la foret confine a sa surveillance. La section des sciences a apporte son contingent aux efforts faits pour triompher de la rarete des subsistances, en suivant et en continuant avec soin les essais de panification , suivant le systeme Durupt, faits a la maison TRAVAUX DES ACADEMIES EN 1855. 291 centrale de Clairvaux, par les ordres du ministre de l'interieur. Le rapport de M. Dosseur sur ces experiences ne laisse rien a desirer. Un jeune naturaliste , deja honore de la confiance du monde savant , M. Drouet , a fait un m^moire sur la repartition g^ologique des mollusques vivant dans le departement de TAube. Ce travail est complete par une carte g^ologique qui y est jointe. Cette seule publication suffirait pour donner au volume de memoires ou elle se trouve une importance capitale. La section des arts a continue son inventaire des richesses archeologiques du departement. Ses travaux s'ouvrent par une notice, de M. Aufauvre, sur un tres- curieux vitrail de realise St.-Laurent, a Nogent-sur- Seine ; ils se continuent par des observations critiques de M. Coutant sur un pretendu atelier monetaire trouve a Lantages , pres Chaource. Un tableau de Tecole du Giotto, de"couvert par M. Ftechey, et decrit par un artiste distingue, M. Schilz ; les archives de la famille de Brienne, sauvees en partie de la destruction par Tinitiative de la Society ; un monu- ment a saint Loup , un autre au grand pontife Urbain IV, provoqu^s par la Societe" , et en voie d'ex^cution sous ses auspices, avec le concours de l'illustre sculpteur troyen , M. Simart ; un travail , avec planches , sur les armoiries des communautes religieuses de Troyes et des environs ; enfin , un rapport sur les decouvertes archeologiques dans le departement, en 1854, par M. Corrard de Br6ban : tel est le contingent apporte par la section des arts aux travaux de la Society academique de l'Aube. Nous ajou- terons qu'une commission de cinq membres a ete nominee par cette Gompagnie , pour surveiller les travaux n6ces- 292 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. sites pour la construction du chemin de fer de Mulhouse, et pour reeueillir les objets curieux que ces immenses fouilles pourront mettre a decouvert. La section des belles-lettres n'a pas ete moins labo- rieuse ni moins feconde. On lui doit une notice histo- rique sur Fabbaye de Mores, fondle par saint Bernard, pres de Bar-sur-Seine ; et deux notices, Tune sur Fancien chateau de Villacerf, bati par Edouard Colbert; Fautre concernant Charles de Choiseul , marquis de Praslin et de Chaource, grand horn me de guerre, dont la statue fut recueillie par les soins de la Societe de FAube et placed au musee. On doit encore a la section des lettres d'avoir retrouve et imprime deux documents de nature bien differente , mais tous deux interessant Fhistoire ; Fun est la copie litterale de Facte de Finhumation de Voltaire a Fabbaye de Scellieres; Fautre,une bulle incon- nue jusqu'ici, du pape Urbain IV. Une notice biographique sur le regrettable M. Gauthier, architecte, membre de Flnstitut , temoigne du respect de la Soctete de FAube pour la memoire des homines de talent qui ont honore la ville de Troyes. Les travaux afferents a la section des lettres contien- nent encore un memoire de M. Fabbe George , sur Hasting , chef des Normands , de 820 a 890 , ne dans un village du diocese de Troyes. 3W, Fabbe CofFinet , chanoine, archeologue distingue, a largement paye son tribut par des recherches histo- riques sur Forigine des parcelles de la vraie croix, conservees dans la cathedrale de Troyes, et par un rapport sur les travaux d'un jeune sculpteur en bois, M. Charton , qui , par la seule impulsion de son genie , sans maitre et sans modele, a monte, dans le village TRAVAUX DES ACADEMIES EN 1855. 293 de Dampierre, un modeste atelier d'ou sortent de veri- ties chefs-d'oeuvre. Un autre ecclesiastique, membre de l'lnstitut des pro- vinces, M. Tabbe Tridon, a donne quelques pages, inti- tules : Influence de la literature sur la societe 3 et Mission de la femme chretienne dans la societe. Ces pages sont empreintes d'un profond sentiment religieux, philosophique et moral. Nous citerons encore, parmi les travaux de la section des lettres , une notice biographique , par M. Clement- Mullet , sur le celebre rabbin Salomon Raschi , ne & Troyes, en 10&0; un rapport sur les poesies de M. Clovis Michaux , par M. Harmand ; une note , du plus haut interet, sur la navigation de la Seine et de Tun de ses affluents, la Barse, aux XIV e ., XV C . et XVP. siecles, par M. Boutiot; une analyse des travaux des Societes de Lille, Nancy, Dijon et Toulouse, et des stances inti- tulees : Le depart, par M. le baron Doyen. Enfin, les Memoires de la Societe de l'Aube se terminent par un document historique de longue haleine, intitule : Troyes et le departement de VAube pendant les soixante der- nieres annees. Tout le drame de la revolution de 89 , de TEmpire et des invasions de 181Zi et de 1815 , se deroule dans ces pages eloquentes qui, pour etre restreintes aux faits de la localite , n'en sont pas moins palpitantes dMnteret. G'est M. Gue"rin, des Riceys, qui est Tauteur de ce beau travail. Bouches-du-Rhone. M. le marquis de Bausset-Roquefort, qui devait repre- senter au Congres la Societe" de statistique de Marseille, 29ft INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. et qui n'a pu assister a ces seances , a envoys la note qui suit , sur les travaux de cette Society : Des sa fondation, en 1827 , la Society de statistiquc de Marseille n'a cess6 de justifier, par une activite infa- tigable, la reputation de societe laborieuse. Elle s'est fait un devoir de repondre a la plupart des congres de sciences, de bienfaisance , de statistique, etc., et les rapports de ses repre'sentants ont donne la mesure de ses progres , en raison directe de ses travaux. Nous ne parlerons iciquedeses actes, en 1855, et cela sommairement pour nous conformer a Tappel fait aux dele'gues des Societes savantes. La Societe* s'etait propose de continuer ses recherches statistiques sur les Bouches-du-Rhone , d'apres des vues nouvelles , et en se creant des correspondants sp^ciaux dans chaque commune de ce departement ou , du moins, dans celles d'une certaine importance. Mais, ayant voulu profiter des travaux des commissions cantonales insti- tutes par le gouvernement , et faire concorder ces tra- vaux avec ceux auxquels elle se livre , elle a du renvoyer Texecution de son projet jusqu'a ce que Texperience eut dissipe tous ses doutes sur les avantages que les statisti- ciens cantonaux pourraient lui offrir. Elle pense que l^poque n'est pas tres-eloignee ou elle sera mise a mme de fonctionner comme elle l'a concu. En attendant, elle a procede* suivant ses anciens erre- ments, et elle a produit, en 1855 , des memoires, des rapports int^ressants sur la g^ologie, la zoologie, Tagri- culture, Tetat civil, les consommations , la population, certaines industries , le commerce , Tarcheologie , la numismatique, divers etablissements de bienfaisance, les hospices de Marseille , les societes de secours , etc. TKAVAUX DES ACADEMIES EN 1855. 295 Elle s'est occupee de quelques statistiques sp^ciales , soil locales, soit universelles; -elle a recueilli, en un mot, beaucoup plus de materiaux qu'il n'en faut pour un volume de 600 pages in-8. , avec tableaux , que depuis dix-huit ans , elle publie chaque annee. Ses relations avec tous les minisleres, notamment avec celui de rinstruction publique, avec les society savantes, ont te plus suivies; des rapports remarqua- bles lui ont ete fails sur les congres de statistique, la reunion internationale de charity , les assises scienti- fiques du Sud-Est, les Congres d'archiologie , le Congres scientifique de France , etc. , etc. Elle devait tenir, en decembre dernier, une seance publique , dans laquelle les noms de bien des laure'ats auraient e"te proclames; elle a du ajourner cetle solen- nite", parce qu'un concours extraordinaire, ouvert par elle sur la statistique du cholera a Marseille , en 185/i, n'a ete, le jour fixe cpmme terme du concours, suivi d'aucun resultat ; ce qui peut etre attribue" a ce que le temps donne aux concurrents, pour faire les recherches que reclame la solution d'un si grand probleme , avait ete" trop court et devait etre prolonge par cela meme. Toutefois, la Societe se promet d'etre en mesure de tenir sa stance solennelle, en avril ou, au plus tard, en mai de cette annee. Le proces-verbal de cette seance fera connaitre plus particulierement les travaux de la Compagnie, en 1855; il montrera combien elle tient a ce que Topinion emise par son secretaire perpetuel , et qu'elle partage entierement, sur Futility d'une so- ciety de statistique par departement, fixe Patten lion du pouvoir dans Tinteret general. II serait opportun d'exprimer un vo3u a eet egard. 296 INSTITUT DES PROVINCES DE FRANCE. <( Outre le concours sur le cholera, la SocieHe, qui s'applique constamment a Tetude de la statistique des Bouches-du-llhone , avait prorais differents prix aux au- leurs des meilleurs m6moires, ou sur la statistique complete des arrondissements, des cantons, des com- munes de ce departement, ou sur des statistiques spe- cials, arche^ologiques , m^dicales, judiciaires, agricoles, industrielles, commercialese etc. , etc. , concernant le meme departement. Six memoires sont parvenus a la Societe, qui les a livres a Tappreciation d'une commission ad hoc. On connaitra bientot le resultat de ce concours. Nous dirons seulement qu'il a ete assez fructueux pour engager la Gompagnie a reproduire le meme concours chaque annee , et cela , comme Tun des bons moyens de faire obtenir a lalongueles documents qu'exige la statistique la plus consciencieuse de tout le departement. La Societe a aussi annonce qu'elle decernerait des recompenses, non-seulement a ses membres honoraires et correspon- dants qui lui auraient fait des communications impor- tantes sur tels ou tels sujets de statistique, mais encore a des personnes , ne lui appartenant point , qui auraient soumis a son jugement de remarqnables travaux de statistique locale ou universelle. Enfin, nous ajouterons que la Societe ne se borne pas a constater ce qui a ete , ce qui est et ce qui devrait etre; mais elle excite Femulation de ceux qui peuvent concourir aux ameliorations publiques. G'est ainsi que , s'6tant constituee Societe d'encouragement pour rindustrie dans les Bouches-du-Rhone , elle accorde des medailles aux industriels qui ont introduit dans ce departement, ou y ont perfectionne, des procedes utiles a Tagriculture, aux manufactures , au commerce , a la navigation , etc. , etc. TRAVAUX DES ACADEMIES EN 1855. 297 8 Des medailles seront distributes publiquement , en 1856, pour des inventions ou des perfectionnements que la Societe" a eu a constater en 1855. En resume, de toutes les associations d'hommes voues au bien general , il n'en est pas qui rendent plus de services que celles qui, a l'exemple de la Societe de statistique de Marseille , s'attachent a recueillir le plus possible de faits physiques et moraux, et a en faire tournei les deductions au profit du pays. Calvados. Le departement du Calvados se fait remarquer, entre tous, par le nombre de ses Socieles savantes etpar Tin- teret qui s'attache a leurs publications. L'exemple de Tactivite et du zele, que deploie sous leurs yeux Tinfati- gable Directeur de Flnstitut des provinces, n'est sans doute pas etranger aux resultats que vous avez deja plu- sieurs fois apprecies." L'Acade"raie des sciences arts et belles-lettres de Caen vous a fait parvenir, dans la note suivante , le resume de ses travaux : UAnnnaire de Flnstitut des provinces a imprime la note que nous avions envoyee, Tannee derniere , sur les travaux deTAcademie des sciences, arts et belles-lettres de Caen. Nous regardons comme un devoir de completer aujourd'hui cette communication. Nous annoncions que cette compagnie avait sous presse un volume. Ce volume a paru en juillet 1855 , -et il se compose d'une seance publique, dans laquelle a ete couronnee la Notice biographique et litteraire sw\ les deux Porde , par M. Alleaume, Puis viennent 298 PUBLICATIONS ACADEMIQUES EN 1855. des Recherches experimcntales sur le poids spdcifique des coiys solides, el sur les variations qa'eproiive cette propricte , dans les corps solides, par la trcmpc ou par le remit, par M. Is. Pierre, professeur de chimie a la Faculte des sciences ; Notes sur les solutions sin- gulieres des equations differ cntic lies , par M. Girault, professeur de mathematiques transcendaates a la meme Faculte* ; Decouvcrte du Reseda alba en Normandie , le 2k aoul 1853, par M. Chauvin, professeur de bota- nique a la meme Faculte ; Notice biographique sur M me . Limard , par le Meme ; Notice sur I'abbe" Massieu (ne a Caen) ; par M. Tliery, recteur ; Caffceum carmen, auctore Guillelmo Massieu, et traduction en vers francais, par M. Thery; Introduction a un cours de philosophic populaire , theorique et pratique , par M. Le Cerf, professeur honoraire a la Faculte* de droit; Huet, eve^que